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Un nouveau monde s’écrit en confinant l’ancien

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    Nous avons beau insulter les gens qui s’agglutinent devant les bureaux de poste, fustiger leur inconscience, leur manque de civisme et de jugeote, le danger qu’ils peuvent représenter pour eux et pour tout le peuple, nous sommes à côté de la plaque, carrément ! En bonnes personnes cultivées que nous sommes, nous déclamons que l’enfer, c’est les autres et les autres sont ceux qui ne se décident toujours pas à entamer leur huis clos.  

     

    Ces gens-là ont faim, leurs enfants crèvent la dalle et je n’exagère en rien. Ils s’agglutinent devant les bureaux de poste espérant empocher, le plus rapidement possible, l’aide promise par l’Etat, espérant que le soir venu, ils feront enfin bouillir la marmite. 200 dinars. Ils s’exposent au risque de la maladie pour 200 dinars. Ils préfèrent mourir du Covid-19 que de voir leur famille dépérir lentement entre quatre murs.

    Leur logique nous parait absurde, nous les gens civilisés qui respectons à la lettre le confinement, parce que nous pouvons nous le permettre, parce qu’on continue à toucher nos salaires, qu’on profite de ce moment de répit pour philosopher sur le sens profond de notre existence et essayer les recettes de fricassé et de yoyo de belle-maman. Nos frigos, ils sont remplis à ras bord, nous avons eu tout le temps de nous approvisionner et les moyens de le faire. A la télé, nous avons le choix entre des centaines de bouquets ou Netflix. Nous avons l’internet, nos smartphones, nos tablettes, nos livres, nos Xbox ou Ps4 pour passer le temps. Nous pouvons mettre nos baskets et partir faire une petite marche dans notre quartier calme où tout le monde est à cheval sur l’hygiène. Il ne s’agit pas de se sentir honteux d’avoir tout le confort possible, au contraire, mais un peu d’humilité ne nous ferait pas de mal. Alors baissons d’un ton et halte aux insultes, ça en devient gênant. Voilà qui est dit. Maintenant philosophons sur le devenir du monde…

     

    En zappant avant-hier, avachie sur ma méridienne en déprimant ferme, un commentaire accompagnant un reportage sur la pandémie mondiale, a réussi à me sortir de ma torpeur. Ça dit à peu près : « Voilà comment le monde s’est fermé en quelques jours. Son nouveau roi est un virus qui porte une couronne. Il donne ses ordres sur nos écrans, sur notre quotidien, sur notre vie d’humains. Il écrit un nouveau monde en confinant l’ancien ».

    Difficile pour l’Homme d’accepter le changement et on nous dit qu’il y aura un avant et un après Covid-19. Si nous restons vivants, parce qu’on nous dit aussi que nous allons tous mourir. La psychose prend une tournure endémique. Difficile de se changer en anticonsumériste, en écologiste convaincu, en être plus en phase avec la nature et la planète à moitié détruite, si ce n’est plus. Mais on dit aussi que les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise.

     

    Alors on se met à réfléchir, déjà, au monde d’après. On prophétise l’effondrement du modèle actuel. On remet en question le fonctionnement de notre société et de notre économie globalisée. Ces questionnements sont d’autant plus légitimes que ce système en place montre depuis un bon moment ses limites. La crise due à la pandémie n’est qu’un élément catalyseur d’une réflexion entamée depuis des décennies. Jacques Attali disait que « ce qu\’on nomme la crise n\’est que la longue et difficile réécriture qui sépare deux formes provisoires du monde ».

    Maintenant, il nous reste à savoir si l’humain reconstruira le modèle existant ou s’il ira jusqu’à le réinventer. Indéniablement, il y aura basculement. Mais vers quoi ? Il est fort à parier que l’hypercapitalisme mondial saura retomber sur ses pieds, profiter de la crise et prospérer sous de nouvelles formes.

     

    Pour l’heure, partout dans le monde, c\’est le silence qui se remarque le plus. Le silence des rues, pas celui des oiseaux, la nature reprend son droit. Le répit sera de courte durée.

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