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Minables petits scribouillards

Confinement. Jour 365 moins des poussières. Je tiens le coup, je vous promets. Je reste vivante et en pleine possession du peu de facultés mentales dont Dame Nature m’a pourvue. Je rassemble mes forces et mes esprits pour continuer à alimenter – en servile servante – la grande et puissante machine capitaliste.

 

Entre deux tartines de caviar (oui, je fais partie de l’élite gâtée, pourrie et nourrie aux noix de Saint Jacques), je déguste ma coupe de champagne devant mon ordinateur hors de prix (acheté aux frais de l’entreprise) et je travaille.

Je ne suis qu’une journaliste après tout, j’exerce ce beau métier si méconnu et si dénigré. Je suis maquillée, j’ai mis du vernis à ongles et mon parfum, hors de prix, que je garde pour les grandes occasions (à quoi bon ? Nous allons tous mourir…un jour) et je tapote sur mon ordinateur des mots incompréhensibles pour le commun des mortels…surtout pour les gens sains d’esprit.

Oui, car j’ai le luxe, le loisir, et la grande oisiveté, d’exercer ce métier dans lequel on peut se permettre de jongler avec les mots, de faire des jeux de mots (à la con), et de parler de sujets qu’on ne maitrise pas en gloussant et en les enrobant de jolis mots savants, pompeux et grandiloquents (j’adore ce mot). Peu importe le nombre d’heures que vous aurez passées à vous documenter sur un sujet, le nombre de personnes que vous aurez appelées, le nombre d\’entretiens que vous aurez eus, la quantité d’informations que vous aurez passées au tamis pour n’en sortir que la crème, vous resterez un minable petit scribouillard noircissant les pages d’un « torchon journalistique à la noix ».

 

Qui sommes-nous au juste ? Sommes-nous les gardiens de la langue, même si nous faisons des fautes d’orthographe que nous n’aurons ni le temps, ni l’énergie de corriger ? Sommes-nous les porteurs de la voix du peuple et ses informateurs, même si nous ne sommes pas diplômés bac+32 dans tous les sujets que nous abordons ? Sommes-nous de minables petits nègres trop prétentieux pour nous rendre compte de notre propre bêtise ? Ou peut-être sommes-nous tout ça à la fois ?

 

Il n’est pas aisé d’être journaliste par ces temps de crise et de paranoïa générale. Il n’est pas aisé de l’être tout court. Tous ceux qui ont choisi ce métier sont soit des fous à lier qu’on devrait enchaîner sur des lits d’hôpitaux et dont on devrait calmer les angoisses à coup de morphine et de lithium. Soit de pauvres petits idéalistes qui croient encore en l’utopie (ô combien idiote) qu’on peut vivre d’art et de passion et qu’il suffit de faire ce que l’on aime dans la vie pour être heureux. Celui qui a dit qu’il fallait aimer son métier pour ne pas avoir à travailler un jour est un gros con. Respects !

 

Quant à moi, je vous dis à demain, avant que la démence ne m’emporte dans les tréfonds d’un monde fait d’idéalisme et de désillusions….

 

N.B. Cette histoire est tirée de faits réels. Les personnages n\’ont pas tous été changés.

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