Toutes les personnes saines d’esprit sont unanimes à espérer la maitrise de la pandémie du Covid-19, le déconfinement progressif et le retour à un rythme normal, ou presque, de la vie sociale et économique. Seulement, pour atteindre cet objectif, tous doivent tirer dans le même sens, éviter les petits calculs et mettre en sourdine leurs égos. Au vu de ce qui se passe dans le pays ces derniers jours, il y a lieu d’émettre quelques doutes hélas. C’est bien beau de marteler à longueur de journée que nous sommes en guerre contre ce fléau et que nous allons inéluctablement gagner cette guerre. Mais pour ce faire, il faut unir réellement toutes les forces de la nation, concentrer tous les moyens et tous les efforts pour gagner cette guerre et surtout adopter une seule et unique démarche dans le cadre d’une stratégie unique de combat.
Le ministère des Affaires culturelles vient d’annoncer qu’il accorderait une autorisation de reprise des tournages des feuilletons qui seront diffusés au cours du mois de ramadan prochain sur les chaînes privées et publiques tunisiennes. Selon la ministre, ces dérogations ne présentent pas de risque pour la santé des participants aux tournages puisque des règles strictes au niveau de la distanciation sociale et le confinement collectif seront exigées. L’autre argument principal de la ministre en faveur de la reprise des tournages est l’attachement des Tunisiens à leurs feuilletons du ramadan. Ne pas déroger à cette règle permettrait donc au Tunisien de mieux supporter le confinement et contribue de ce fait à son bien-être.
Personnellement, je suis bien disposé à accepter les raisons invoquées et d’écarter d’un simple revers de main l’hypothèse de l’interférence des lobbys des producteurs et des annonceurs dans cette décision. Il reste que la question de l’harmonie de l’action gouvernementale se pose. On se souvient tous qu’en annonçant le confinement général, le gouvernement a accordé des dérogations pour quelques secteurs liés pour l’essentiel à la santé et à l’alimentation des citoyens. Les fictions du ramadan ne figuraient pas parmi les secteurs concernés par ces dérogations.
Au même moment, le ministre de l’Intérieur annonce que 100 à 150 tunisiens sont interpellés tous les jours pour infractions aux mesures du confinement général, que 2500 véhicules ont été saisis et plus de 60 000 permis de conduire et cartes grises ont été confisqués. C’est à se demander si les Tunisiens sont tous égaux face aux lois de la République.
Au même moment, toujours dans le cadre de la mobilisation de toutes les ressources et de toutes les compétences dans la guerre contre le Covid-19, le ministre de la Santé annonce que la mise à l’écart du Dr Chokri Hammouda est en fait une promotion qui vise le bon fonctionnement des différents départements du ministère de la Santé. Dr Chokri Hammouda est l’un de ceux qui ont mis en place tout le dispositif actuel de lutte contre la pandémie, qui connait sur le bout des doigts aussi bien les problèmes que les moyens disponibles.
Se priver de l’un de nos atouts majeurs en pleine guerre, et mettre à l’écart l’une de nos compétences médicales les plus confirmées sous prétexte de le faire monter en grade administratif, n’est pas un comportement sain et une manœuvre ancienne comme l’administration : quand on veut écarter un fonctionnaire récalcitrant de son poste, on lui accorde une promotion. En plus, cette décision apporte un argument supplémentaire à ceux qui soupçonnent le ministre de la Santé de régler ses comptes avec ceux qui lui font de l’ombre.
Faut-il s’attendre que le premier groupe de médecins qui ont composé la commission de la lutte contre le coronavirus comme Dr Nissaf Ben Alya, Rim Abdelmlak et autres, soit lui aussi promu « dans l’intérêt du travail » ?










