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Ce n’est pas le Covid-19 qui tue les femmes, mais leurs agresseurs !

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    Le grand écrivain Khalil Gibran disait : « Nous sommes comme les noix, nous devons être brisés pour être découverts ». Cette épidémie de Covid-19 nous brise en tant que société et en tant qu’individus. Par conséquent, elle nous découvre, et ce qu’on voit n’est pas toujours joli.

    Nous avons d’abord découvert que notre pays regorge de compétences médicales et scientifiques. Aussitôt cette crise déclarée, nous nous sommes réfugiés auprès de ces compétences scientifiques et nous avons fait appel à nos experts et à nos savants. Nous ne nous sommes pas allés nous réfugier dans les bras de telle ou telle croyance en essayant de chercher un réconfort qui n’existe pas.

    Nous avons découvert des personnes comme Nissaf Ben Alaya, Chokri Hammouda et autres. Des compétences médicales mais aussi statistiques qui s’occupent de modélisation, des jeunes qui fabriquent du matériel médical à partir de rien et de grands cœurs qui mobilisent des efforts surhumains pour venir en aide aux nécessiteux. Nous avons aussi découvert l’énorme potentiel de nos blouses blanches qui se battent chaque jour contre une maladie dévastatrice.  

     

    Cette crise sanitaire a aussi révélé le pire, le lâche et le dégueulasse. Le confinement imposé par la situation sanitaire a eu, entres autres effets, de quintupler les signalements de violences contre les femmes. Des milliers de femmes se font battre tous les jours par des conjoints ou des membres de leurs familles car ces énergumènes ne peuvent plus aller au bar ou au café. Et donc, ils se défoulent sur ce qu’ils considèrent comme une espèce de propriété. Les femmes qui sont victimes de violences appartiennent à toutes les classes sociales. Elles sont parfois des femmes fortes que l’on n’imaginerait pas victimes de violences. Et pourtant, même si cela a été dit et répété, mais la violence contre les femmes est un phénomène réellement transversal qui touche de larges pans de cette société malade. Les numéros verts et la création de de brigades spéciales pour faire face à la violence contre les femmes n’y ont rien changé. Il y a un sentiment d’impunité chez les énergumènes qui battent leurs femmes, qui leur parlent mal et qui les humilient.

     

    Nous sommes capables de tant d’hypocrisie. Nous saluons et remercions la femme médecin, la femme scientifique, la femme enseignante, chercheuse ou gestionnaire. On se caresse dans le sens du poil en exposant les réalisations de la femme et tout l’arsenal juridique consacré aux droits de la femme et à sa protection. Et en même temps, cette société est d’une violence inouïe à l’égard de la femme. Marcher dans la rue est un calvaire pour une femme, prendre les transports en commun, porter une robe, s’assurer de son avancement professionnel, ne pas être réduite à son sexe, tout cela est le pain quotidien des femmes en Tunisie et ailleurs. Même son foyer est une menace, puisqu’on se défoule sur elles…

     

    L’existence de violences contre la femme n’est pas l’apanage de la Tunisie, mais cela n’est pas une excuse pour toute cette impunité. Les agresseurs n’ont pas peur d’agresser même verbalement. Nous avons vu le triste exemple de cet enseignant de tennis à Sfax qui avait justifié, sur un réseau social, le viol par le fait qu’on laisse les femmes et les filles s’habiller comme elles veulent et sortir librement. Ce genre de propos est largement partagé aussi bien sur les réseaux sociaux que dans les discussions quotidiennes, et rien n’est fait pour arrêter cela.

     

    La violence exercée contre les femmes est l’une des tares de notre société. Une tare qui nous explose à la gueule en ces temps de crise. Une femme violentée aura le choix entre subir les agressions physiques, sexuelles et morales et aller se jeter dans les bras d’un système qui ne la rattrapera pas. Elle pourra aussi compter sur les efforts d’associations de la société civile dont les maigres moyens ne peuvent pas contenir toute la misère dont sont victimes ces femmes. La crise du Covid-19 ne doit pas occulter la misère de ces femmes et ne doit pas nous détourner de la nécessité de les protéger. La violence à l’égard des femmes est une des ramifications culturelles contre lesquelles il faut se battre, surtout en temps de crise. Cette crise, justement, nous élèvera ou nous abaissera, tous autant que nous sommes.    

     

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