L’expert en économie et vice-président du Club des dirigeants de banques et établissements de crédits africains, Habib Karaouli est revenu, ce mercredi 15 avril 2020, lors de son passage sur les ondes d’Express Fm sur la dette tunisienne et la démarche à adopter par le gouvernement tunisien en cette situation de crise liée au Covid-19
Dans un premier temps, Habib Karaouli a indiqué que l’annulation de la dette n’est pas la meilleure des solutions, soulignant qu’il ne faut y avoir recours que dans des cas extrêmes. Il a, également, ajouté que cette démarche n’a pas été adoptée pour la première fois. Dans ce contexte, il a rappelé les multiples programmes d’aide aux pays africains très pauvres. « Depuis les années 90, plusieurs pays en ont profité, comme la République du Congo. Mais quelques années plus tard, ces pays se sont retrouvés dans la même configuration d’endettement. Ainsi, il faut compter sur soi et mettre en place un modèle économique solide et robuste ».
Par ailleurs, Habib Karaouli a indiqué : « la France comme les institutions multipartites ou les créanciers de manière générale, ont compris que la situation en Afrique, plus précisément, dans les 76 pays fixés par le G20, nécessite une intervention urgente. En effet, il y a une menace directe au niveau de la sécurité nationale et de la stabilité pouvant engendrer une grande vague d’immigration vers le Nord. Pour avoir une idée, le volume d’endettement au niveau de toute l’Afrique est de 350 milliards de dollars jusqu’à 2018, ce qui constitue 60% du PIB. Pour comparer, la moyenne d’endettement par habitant est de 1060 dollars contre 2600 dollars en Tunisie. La situation de la Tunisie est donc en-dessus de la moyenne. Cela dit, depuis une dizaine d’années, on constate l’entrée en force de la Chine. Elle détient 40% de la totalité de la dette en Afrique, soit 145 milliards de dollars. Il en ressort que la Chine a un rôle central dans le traitement de l’endettement en Afrique. Selon des déclarations de hauts responsables chinois, la Chine est disposée à revoir cette dette ou à l’alléger ».
L’expert en économie a, cependant, affirmé: « bien que l’annulation de la dette ne soit pas la meilleure des solutions, il serait mieux de mettre en place des modèles de développement performants, d’améliorer la gouvernance, d’accorder une attention aux plus démunis, d’impulser l’investissement, la situation actuelle requiert une intervention exceptionnelle, aussi contre-productive soit-elle. D’ailleurs le FMI a décidé un allégement du service de la dette pour 25 pays, dont 19 africains, sous forme de dons. Si la Tunisie n’est pas concernée par l’allégement de sa dette et ne figure pas parmi ces pays, c’est cause du critère des revenus. La Tunisie est considérée comme étant un pays à revenus intermédiaires, et non faibles, comme les pays fixés par le FMI. Cela dit, le fonds monétaire ne ferme pas la porte aux pays revendiquant cette mesure ».
Dans ce contexte, M. Karaouli a indiqué : « il est étonnant que la Tunisie ne présente pas un dossier pour appeler à l’allégement de sa dette, d’autant plus que nous vivons une situation exceptionnelle. Je peux comprendre que la partie officielle tunisienne estime que cette demande soit peut-être consécutive d’un défaut de paiement. Mais nous ne sommes pas dans ce cas-là. Nous sommes dans une crise vitale qui nécessite une vision différente. Cela ne va pas poser un problème si nous allons sortir sur les marchés internationaux, même si je doute fort que nous allons le faire. Entre 46 et 50% de la dette extérieure est contractée auprès des institutions multipartites, qui sont prêtes à revoir toutes les modalités de paiement. Tous les décideurs n’ont pas beaucoup de choix, soit ils vont s’endetter davantage, or nous sommes arrivés au point d’insoutenabilité, ou ils vont augmenter la pression fiscale, qui est déjà arrivée à un point irrationnel. L’unique solution qui reste est de créer de l’espace budgétaire, qui ne peut être possible qu’à travers ce genre d’intervention, comme le report du paiement des échéances, afin d’avoir les ressources permettant le financement de la stratégie du sauvetage de l’économie nationale annoncée par le gouvernement. Dans ce contexte, le gouvernement prévoit 2 milliards de dinars, qui est à mon sens très insuffisant. Cette espèce de dogmatisme ne résoudra pas le problème, et la solution de faire pression sur les entreprises n’est pas la bonne démarche à suivre. Il faut absolument procéder à un reprofilage de la dette extérieure ».
La Tunisie est en confinement général depuis le 22 mars 2020.
Tous nos articles sur le Coronavirus (Covid-19) en Tunisie
S.H










