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Amies prostituées…

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    Confinement, jour 31. Jusqu’à quand vais-je continuer à écrire ce journal ? Jusqu’à quand les (quelques rares) personnes qui lisent et suivent presque quotidiennement continueront à le faire ?

     

    Amis lecteurs, je vous comprends. Ce « romantisme de la claustra », du recueillement récréatif et de la pause sociale a de quoi exaspérer. Il m’exaspère moi aussi, petite privilégiée de la vie, confinée avec mon travail, mon ordinateur et mon salaire chaudement versé. Faut-il avoir honte d’être un privilégié ? Evidemment que non. Certains le voudraient bien pourtant. Mais non, nous ne tomberons pas dans des pièges aussi grossiers…

     

    Alors que nous philosophons sur le sens de la vie, sur les sueurs froides que nous donne notre télétravail et sur le grand désarroi de notre vie sociale réduite à néant, d’autres n’ont pas cette chance. A quand les journaux de confinement de ceux qui sont dehors à travailler pendant qu’on se recueille sur le triste monde qui nous entoure ? A quand les journaux de confinement de ceux qui sont isolés seuls avec personne à qui parler ? A quand celui de ceux qui sont isolés à six dans un petit appartement trop exigu pour eux et qui ont peur de ne pas avoir de quoi manger demain ?

     

    A quand le journal de confinement des travailleurs journaliers, des chômeurs, des serveurs de café et des travailleurs du sexe ? Oui des prostituées (ce sont des femmes en majorité), celles qui font le plus vieux métier du monde doivent être réellement à sec ces jours-ci, et dans tous les sens du terme. Excusez l’expression, la vulgarité est de mise ces jours-ci. Elle l’est encore plus dans l’enceinte de notre Parlement, proférée à la vue de tous par les dignes et vaillants élus du peuple. Mais pas seulement… 

     

    Ceux qui pensent encore que qualifier une femme de prostituée est une insulte peuvent se rhabiller tout de suite. C’est quoi une prostituée ? N’est-ce pas une travailleuse comme une autre, qui trime dur pour nourrir sa famille et pour être financièrement indépendante ? Si un député du peuple qualifie une femme de prostituée, ignore-t-il que cette activité est parfaitement légale et qu’elle est réglementée par l’Etat ? Si un homme qualifie une femme de « pute », croyant l’insulter en faisant référence au plus vieux métier du monde, que devra-t-il dire de tous ces hommes qui se paient ses services ?

     

    On continue de croire qu’on insulte les femmes en les traitant de prostituées alors que ceci renvoie vers la relation que les hommes ont avec eux-mêmes.  Croire que les femmes qui s’offrent à eux ne méritent pas leur respect ou que celles qui le font pour l’argent n’ont pas de respect pour elles-mêmes. Croire qu’on peut acheter l’affection d’une femme avant de la dénigrer et croire qu’une femme qui assume sa sexualité ne devrait pas avoir sa place. Croire qu’il vaut mieux être hypocrite, se cacher, mentir et faire semblant plutôt que d’assumer le sexe comme métier.

     

    On continue de s’égosiller, dans les grands cercles, en prétendant que la femme est l’égale de l’homme, qu’elle peut s’assoir à la même table que lui et débattre des mêmes sujets sérieux que lui. Mais attention, à la moindre contrariété, au moindre désaccord, il n’hésitera pas à la qualifier de « pute » et de prostituée, ne laissant plus aucune place à un dialogue entre « adultes civilisés ». Les filles de joie mettent à nu toute l’hypocrisie qui caractérise les choses simples de la vie, le plus vieux métier du monde, et le rapport des hommes à leur sexualité.

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