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Démons intérieurs

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    Confinement jour 34. Nous sommes des hamsters dans une roue, des prisonniers dans une cage. Prisonniers de notre propre monde, de nos propres habitudes et de nos propres travers.

    Nous tournons en rond et attendons patiemment que quelqu’un ouvre enfin nos cages pour que nous puissions sortir. Nous dégourdir les jambes, respirer ce grand air pollué et reprendre nos bonnes vieilles (mauvaises) habitudes.

     

    Toutes ces bonnes résolutions, tous ces rendez-vous que nous avons fixés, toutes ces personnes à qui nous avons promis un café, cette quête de l’essentiel, du vivre simplement et tous ces serments que nous nous sommes faits à nous-mêmes. Nous trouverons des excuses pour ne pas boire ce café « demain, promis, sans faute », nous créerons des prétextes pour ne pas tenir cette bonne résolution et nous sombrerons à nouveau dans la procrastination et la paresse intellectuelle et spirituelle. Non, nous ne deviendrons pas de meilleures personnes et nous ne dirons pas adieu à nos vices et à nos petits travers. Nous ne faisons que retarder l’échéance et nous complaire dans cette pause du monde, cette parenthèse sociale, ces moments hors du temps, le souffle coupé.

     

    Toute la psychose collective, tous nos sentiments négatifs, tous nos travers d’humains et nos démons enfouis ont simplement changé de place. Ils ne sont plus étalés au grand jour dans les rues, dans nos comportements inciviques, dans notre agressivité de chauffards et dans notre hostilité les uns envers les autres. Ils sont aujourd’hui bien confinés avec nous. Notre rancœur, nos frustrations, nos angoisses, nos phobies et nos peurs les plus profondes nous accompagnent à l’intérieur de notre foyer. Elles partagent notre café du matin ou notre dîner du soir. Elles sont là quand nous prenons notre douche. Elles sont nichées sous notre oreiller pour nous empêcher de dormir le soir, ou collées à notre miroir pour nous hanter dès le matin.

     

    Comme si tous ces sentiments qui auparavant circulaient librement dans la rue, toutes ces émotions, toutes ces angoisses, couraient aujourd’hui dans nos canalisations, glissaient sous le plancher, collées contre nos fenêtres et tapies sous notre linge. Elles animent et font vibrer nos foyers et nos prisons de confinés. Elles sont dans les hurlements hystériques de la voisine contre son mari et contre les voisins du dessous. Elles se manifestent dans les insultes du voisin contre son fils qui l’empêche de dormir le soir. Elles exultent dans les veillées nocturnes de cet autre voisin qui a choisi comme exutoire à sa mélancolie sa guitare et ses nombreux instruments de musique.

     

    Nous sortirons un jour de ce confinement, mais nous n’en sortirons pas tous grandis et métamorphosés. Nous aurons surmonté une épreuve de plus, vécu une expérience supplémentaire et auront, indéniablement, quelque chose à raconter à nos enfants et petits-enfants. Mais nous sommes beaucoup trop occupés à compter les jours qui nous séparent de la délivrance pour retenir la véritable leçon. Nous sommes beaucoup trop impatients à attendre. Un jour nous sortirons, mais nous ne sortirons pas seuls. Tous nos démons sortiront avec nous….

     

     

     

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