Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Face au Covid-19 : un optimisme prudent en Tunisie

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

     

     

    La situation épidémiologique est sous contrôle. On a dépassé la phase de danger. La gestion de la crise a été efficace. Les responsables tunisiens n’ont pas manqué de se féliciter, même timidement, même en préconisant la prudence face à l’inéluctabilité d’une deuxième vague. Il faut dire que les chiffres sont parlants. Pour la première fois depuis le début de l’épidémie, la Tunisie a enregistré un seul cas de contamination au Covid-19 et 600 rétablissements. En comparaison avec d’autres pays, la Tunisie tire son épingle du jeu. Faudra-t-il pour autant s’empresser à crier victoire ?

     

    « Si on continue de la sorte, la vie reviendra à la normale et on passera une bonne saison estivale ». Le chef du gouvernement Elyes Fakhfakh faisait montre, jeudi, d’un optimisme prudent. Quand il évoque une bonne saison estivale, il pense sûrement à la situation sanitaire, parce que sur le plan social et économique la crise ne fait que commencer.  

    Il se donne tout de même la latitude de se féliciter de tout le travail qui a été fait : « L’Histoire retiendra les efforts de la Tunisie dans la lutte contre le Covid-19. On maîtrise la situation du point de vue scientifique et organisationnel. On a réussi le test avec les moyens dont on dispose, reste à compter sur la responsabilité des citoyens pour qu’on s’en sorte ».

    La courbe des contaminations n’a cessé de décliner. Le nombre de cas graves admis en réanimation est assez stable. Aucun débordement des services hospitaliers. Les décès (44 au 7 mai), n’ont pas connu de pics horrifiques comme observé dans d’autres pays. Après la psychose du début de l’épidémie, les Tunisiens sont quelque peu rassurés, voire un peu trop. Si on pointe le nez dehors, on peut constater un relâchement général du respect des mesures de confinement.  

     

     


    Le ministre de la Santé Abdellatif Mekki ainsi que les membres des équipes scientifiques en première ligne face au Covid-19, nous confirment que la Tunisie a évité 1000 décès et 25 mille contaminations. Ils se basent en cela sur une étude scientifique à laquelle a participé l’Institut pasteur de Tunis. Un modèle mathématique qui a démontré l’efficacité des mesures de confinement durant le mois d’avril.

     

    Qu’est ce qui fait que la Tunisie ait été relativement épargnée par la première vague pandémique ? Plusieurs pistes sont à l’étude. Dans les semaines et les mois à venir, on y verra un peu plus clair, surtout qu’on ne peut, à l’heure actuelle, dire avec certitude qu’on ne connaitra pas un contrecoup.

    Chercheurs et médecins tunisiens avancent des pistes. Le directeur de l’Institut Pasteur a tenu à valoriser l’expérience tunisienne, déclarant aujourd’hui : « Depuis le début, on a constaté que les Tunisiens sont épargnés. On ne peut pas dire que c’est à 100% grâce aux mesures de confinement total mais en partie. On se penche sur plusieurs thèses et pistes sérieuses mais c’est encore trop tôt de trancher ».

    Le premier cas de Covid-19 officiellement confirmé a été recensé le 2 mars. Dès lors les autorités tunisiennes ont mis en place une stratégie de riposte. Le 9 mars, on décide la limitation des dessertes avec l’Italie et la suspension des cours dans tous les établissements scolaires et universitaires à partir du 12 mars. Le 13 mars, Elyes Fakhfakh annonce une batterie de mesure dont la fermeture des cafés, restaurants, bars et discothèques à partir de 16h, la suspension des prières collectives, l’annulation des manifestations culturelles, l’interruption des liaisons avec l’Italie et leur limitation pour plusieurs autres pays. L’isolement des personnes arrivant sur le territoire entre en vigueur. Trois jours après, le chef du gouvernement décide des mesures supplémentaires, effectives à partir du 18 mars. Les frontières tunisiennes sont fermées, les rassemblements sont interdits et les employés travaillent désormais en séance unique. Le 17 mars, le président de la République décrète un couvre-feu sur tout le territoire de 18h à 6h et le 20 mars, il annonce le confinement total et l’interdiction de tous les déplacements entre les régions.

    D’après les autorités, même si le confinement général n’a pas été respecté à la lettre, il a quand même permis de freiner la propagation du virus. Les scientifiques abondent dans ce sens, mais rappellent toutefois que dans plusieurs autres pays, le confinement a été mieux respecté qu’en Tunisie alors que les cas ont continué à exploser.

    C’est tout le continent africain qui semble épargné par la crise du coronavirus. De par le monde, on commence à avancer plusieurs thèses, dont le très peu nombre de tests de dépistage effectués ou leur absence. Mais ceci n’explique pas, dans le cas de la Tunisie du moins, que les services hospitaliers n’aient pas été débordés. Les chercheurs avancent qu’étant donné que la population du continent africain est la plus jeune au monde, cela amoindrit l’effet de virulence du Covid-19. La maladie, il faut le dire, a été très virulente dans les pays vieillissants. Il y a aussi la piste d’une population plus immunisée face aux pathogènes parce que plus exposée. En Tunisie, la thèse du vaccin BCG contre la tuberculose fait son chemin.

    Le directeur de l’Institut Pasteur n’exclut d’ailleurs pas cette piste qu’il considère sérieuse. D’ailleurs, plusieurs équipes de recherches à travers le monde mènent des essais cliniques pour le prouver. L’objectif est de déterminer définitivement si ce vaccin réduit le nombre de personnes infectées et rend les symptômes moins sévères. Une récente étude publiée dans la revue The Scientist, révèle que les pays où la vaccination contre la tuberculose est très répandue recensent moins de morts du Covid-19, alors que les pays où la vaccination n’est pas obligatoire comme l’Italie ou les Etats-Unis, ont été durement touchés.

    Tous ces facteurs peuvent avoir contribué à ce que la Tunisie soit épargnée. Toutefois, la prudence reste de mise, parce qu’à l’approche du déconfinement général, le risque d’une deuxième vague plus virulente est à craindre. Le représentant de l’Organisation mondiale de la Santé en Tunisie, Yves Souteyrand n’exclut pas une deuxième vague de l’épidémie dans le pays suite déconfinement.

     

    Alors, prudence pendant cette période. Distanciation, mesures d’hygiène, port du masque accompagneront les Tunisiens, et toute l’humanité, jusqu’à ce qu’un remède soit trouvé. Si la Tunisie a tiré son épingle du jeu sur le plan sanitaire, jusque-là, on ne peut pas dire de même pour ce qui est du volet social et économique. Les répercussions de la crise se font déjà ressentir.  

     

     

    Ikhlas Latif

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *