Une campagne de dénigrement à grande échelle vise ces derniers jours les médias tunisiens. Plusieurs personnes, dont principalement les députés Al Karama, se livrent à une cabale contre les médias tunisiens prétextant que des aides étatiques ne devraient pas être accordées aux « riches » propriétaires de médias en Tunisie, avec en ligne de mire les propriétaires de télévision.
Les députés Al Karama, qui avaient proposé notamment d’exempter d’autorisation les chaînes satellitaires, font preuve de leur ignorance totale du secteur. Car partout ailleurs dans le monde, les Etats se mobilisent pour sauver les entreprises et notamment les entreprises médiatiques car il ne peut y avoir de démocratie sans médias libres et indépendants.
En Italie, pays sinistré par le Covid-19 aux niveaux humain et économique, l’Etat n’a pas négligé les médias. Le gouvernement a mis en place un modèle de crédit d’impôt prévoyant 50% sur la période 2020-2022. Tout investissement publicitaire dans les médias, tous types confondus, est éligible à cette mesure mise en place par l’Etat. On permet également aux annonceurs d’augmenter leurs dépenses publicitaires en relevant le plafond de 40 à 60 millions d’euros.
En Tunisie, le gouvernement d’Elyes Fakhfakh a préféré aller vers une formule d’aide indirecte en faveur des médias. L’Etat va prendre des abonnements et réduire de 50% les charges de l’ONT que doivent payer les médias audiovisuels. 5 millions de dinars seront alloués au fonds de digitalisation des médias, un vieux projet soumis par les patrons de médias qui retrouve une nouvelle vie. Des mesures louables mais sans commune mesure, faute de moyens, avec ce que les pays développés ont mis à la disposition de leurs médias. A titre d’exemple, la ville d’Ottawa a mis sur la table 595 millions de dollars canadiens en guise de mesures fiscales pour leur venir en aide.
La mesure de crédit d’impôt décidée en Italie est en train d’être étudiée en France. Le ministre français de la Culture, Franck Riester, a affirmé devant le Sénat que le gouvernement prépare des aides accélérées à la presse, un plan de chômage partiel pour les pigistes et même un projet de loi pour l’audiovisuel. L’objectif est de donner, le plus rapidement possible, de la trésorerie aux entreprises médiatiques pour éloigner le spectre de la faillite. Même les pigistes n’ont pas été oubliés. “Les entreprises ayant recours à des pigistes pourront bénéficier des dispositifs de chômage partiel à partir du moment où les pigistes auront fait 3 piges dans l’année et deux dans les quatre derniers mois”, a déclaré le ministre.
Les mesures prises par les démocraties mondiales en faveur de leurs médias ne souffrent d’aucune contestation. Tout du moins sur leur nécessité. Un débat existe entre les dirigeants de médias et leurs gouvernements sur les modalités de ces aides mais aucunement sur le principe. En Tunisie, il en est autrement puisque plusieurs voix s’élèvent pour encourager l’asphyxie des médias audiovisuels et écrits. Dans un élan de populisme exacerbé, les élus Al Karama estiment que les médias tunisiens, souvent critiques à leur encontre, ne méritent pas l’aide de l’Etat. Plusieurs d’entre eux disent que « l’argent des pauvres ne doit pas profiter aux riches ». Ils oublient par la même que leurs salaires de députés proviennent des mêmes fonds et qu’il n’y a aucune comparaison possible entre le rôle joué par les médias et celui des députés, pendant la crise du coronavirus.
L’homme d’Etat et ancien président et père fondateur de l’Etat américain Thomas Jefferson disait : « Notre liberté dépend de la liberté de la presse, et elle ne saurait être limitée sans être perdue ». En 2020, la liberté de la presse reste une des pierres angulaires de tout édifice démocratique, et cette liberté est désormais et avant tout financière. Les élus Al Karama ne semblent pas au courant de ces évidences, et n’ont pas encore rejoint le monde au 21ème siècle.
Marouen Achouri










