« Comme une mère, une ville natale ne se remplace pas ». Cet énoncé, nous le devons à l’écrivain franco-tunisien Albert Memmi qui a tiré sa révérence dans la nuit du vendredi 22 mai 2020. Il aura fallu que l’ambassadeur de France à Tunis lui rende hommage dimanche, pour que les Tunisiens apprennent le départ de celui qui n’a cessé de porter la Tunisie dans son cœur.
Toute son œuvre est marquée par cette Tunisie qui l’a vu naître en 1920 dans le quartier juif de la Hara de Tunis. Une œuvre majeure dans l’histoire de la littérature francophone. Sa Statue de Sel, son Portrait du colonisé et tant d’autres ouvrages sont habités par le souvenir de sa terre natale. A Paris, le « nomade immobile », s’est créé un bureau-sanctuaire, un morceau de la Tunisie, comme en témoignent ceux qui lui rendaient visite.
Mais son pays natal, hormis quelques intellectuels et quelques journaux, n’a pas daigné lui rendre hommage. La Tunisie officielle boude ce monstre sacré de la littérature. L’étonnement, voire l’indignation, sont de mise. Notre ministre des Affaires culturelles a fait l’impasse sur cette perte. Avec Albert Memmi disparait tout un pan de la culture tunisienne. Cette figure de la pensée anticoloniale, cette figure qui a soutenu le mouvement nationaliste et l’indépendance tunisienne, n’a pas trouvé grâce aux yeux des officiels tunisiens. C’est à se demander les motivations d’un tel silence. Est-ce par ignorance ? Ou est-ce mu par un antisémitisme qui ne dit pas son nom ? Un Etat qui ne valorise pas sa culture, dans sa diversité, ses intellectuels, quelle que soit leur appartenance, est un Etat qui sape la mémoire de tout un peuple.
I.L.










