Les résultats de l’enquête quantitative de perception de la corruption en Tunisie, commandée par l\’Instance nationale de lutte contre la corruption (Inlucc) au cabinet de sondage et marketing BJKA et DR, ont été présentés lors de l’émission Studio Nazaha sur la Radio Nazaha.
Il s’agit d’une enquête quantitative, réalisée entre mi-septembre et mi-octobre 2019 pour un échantillon représentatif de 1.003 ménages, avec des techniques aléatoires à la proportionnelle, pour savoir comment les Tunisiens perçoivent la corruption aujourd’hui et mieux comprendre l’évolution du fléau de la corruption après la révolution.
Etaient présents sur le plateau le président de l’Inlucc Chawki Tabib, l’ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne Andreas Reinicke, le gérant du cabinet de sondage et marketing BJKA et DR Samy Kallel et la coordinatrice du cluster gouvernance et développement décentralisé à la GIZ Stefanie Harter.
S’agissant de la définition de la corruption, pour 38,5% c’est donner un pot de vin «donner quelque chose pour recevoir une contrepartie » et pour ¼ c’est donner de l’argent pour régler un problème dans l’administration «donner de l’argent à un fonctionnaire pour un passe-droit», a indiqué M. Kallel au micro Amel Jerbi.
Selon cette étude, la perception de la corruption a augmenté par rapport à la révolution. 87,9% des Tunisiens pensent que la corruption s’est accrue depuis 2011, que ce n’est pas bien mais c’est un mal nécessaire et qu’ils étaient obligés de le faire. 93,5% considèrent que c’est contraire aux valeurs morales de la société, 90% que c’est un fléau qui ronge l’administration, 88% que c’est une infraction, 87% que c’est le système et ça existe surtout dans le secteur public et 70% que c’est une nécessité.
Ceci dit, 85% des sondés sont contre, contre 15% qui sont pour, majoritairement des jeunes et les plus aisées.
30% des interrogés ont entendu parler d’un cas réel : 58,2% pour la police et 32,5% pour l’administration.
S’agissant de savoir si eux même ont donné un pot de vin, seulement 17% des répondants disent oui pour avoir un service en contrepartie : 62% étaient destinés à la police et 27,7% à l’administration. 10,4% des Tunisiens ont commis entre un à cinq actes de corruption sur un an.
S’agissant des secteurs les plus corrompus selon leur perception, 58,2% des interrogés pensent spontanément à la sécurité et la police, 49,6% à la douane, 41,9% à la santé et 40,5% aux administrations globalement.
En listant les secteurs, ceux qui ressortent sont la sécurité à 90,4%, les partis politiques et les politiciens à 99,8% (depuis 2014).
Entre 70 et 80% des Tunisiens disent que ce n’est pas acceptable de verser des pots de vin mais qu’ils sont obligés et tous les Tunisiens sont conscients des effets négatifs sur tout (le pays, valeur de travail, recrutement, diplômes, cohésion sociale, crédibilité de l’administration, les finances de l’Etat, etc.). Mais seulement 1/3 des Tunisiens est prêt à dénoncer cette corruption à cause de la banalisation de ces pratiques.
Chawki Tabib estime que les résultats confirment la réalité et les tendances. Pour lui, il y a un aspect positif: la corruption reste une pratique négative et un fléau qui ronge administration.
La corruption est un système qu’on a hérité : 87% pensent que ça fait partie du système. L’enquête réconforte l’instance dans son diagnostic et les 4 secteurs prioritaires visés par sa stratégie (Police, douane, santé et collectivités locales) et dans lesquels elle a engagé un programme de réformes.
Ceci dit, M. Tabib ne partage pas certains points notamment sur l’image de l’Inlucc où l’étude fait ressortir que seulement 45,9% ont confiance dans l’instance.
I.N










