Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Emna, Mariem et les autres n’ont plus confiance

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

     
    Que serait le monde sans confiance ? Certainement un endroit où il ne ferait pas bon vivre, un endroit insupportable où il faudrait faire attention à tout, prendre ses précautions et se méfier. Un monde sans confiance ferait de nous des bêtes sauvages, ce qui ne serait pas plus mal au vu de la situation.
     
    Une professeure de philosophie punie à cause d’un simple rouge à lèvres va découvrir avec stupeur qu’elle ne peut avoir confiance dans son administration pour rétablir le tort dont elle a été victime. Elle a certainement déjà croisé des énergumènes qui jugent son apparence et qui essayent de briser ses élans de liberté. Mais le contrat social et civilisationnel de la Tunisie devrait lui garantir cette liberté en punissant ceux qui oseraient y porter atteinte. Cela n’est pas arrivé et la confiance de Mariem Bouzid en son pays, en son Etat et en son administration s’en trouve brisée à jamais. 
     
    Emna Chargui aussi avait confiance en le climat de liberté et d’ouverture de son pays. Un climat qui lui aurait garanti le droit de poster ce qu’elle veut sur les réseaux sociaux sans risque. Emna est tout à fait prête à affronter les commentaires et les critiques de personnes dérangées par sa publication. Elle assumait parfaitement la publication d’une parodie du Coran. Mais les faits lui ont montré qu’elle n’aurait pas dû avoir confiance en un Etat qui s’est acharné à la poursuivre en justice et par un juge qui a fini par lui infliger une peine de 6 mois de prison assortie d’une amende. La confiance qu’elle aurait pu avoir en son pays, en l’avenir d’un pays tolérant et libre, s’est brisée en mille morceaux par les mots du juge qui l’a condamnée. Elle ne peut plus avoir confiance en son pays, elle ne peut plus avoir confiance en un avenir dans son pays. 
     
    Cette histoire de confiance se retrouve aussi dans des endroits inattendus, comme les hôpitaux. Les médecins hospitalo-universitaires de Tunisie sont aujourd’hui en grève. Le ministère de la Santé refuse, à ce jour, de leur donner satisfaction pour qu’ils puissent travailler dans de meilleures conditions. Les droits de « l’armée blanche », tellement vantée pendant la crise sanitaire, sont encore bafoués et les médecins ont été obligés d’opter pour le plus douloureux des choix, celui de la grève. Ces médecins ne peuvent pas avoir confiance en un Etat qui les néglige et ne les écoute pas. Le danger de voir une Tunisie privée de son système de santé est bien plus proche que nous pourrions le penser, mais personne n’y prête attention. On ne peut avoir confiance en des gouvernants si inconscients. 
     
    La confiance est aussi une monnaie d’échange et de pression en politique. Vu les derniers développements entre Ennahdha et Elyes Fakhfakh, la confiance se retire, se vote, se donne et se reprend. Plusieurs blocs parlementaires veulent retirer leur confiance à Rached Ghannouchi pour le virer de la présidence du Parlement. Ennahdha veut retirer la confiance à Elyes Fakhfakh pour le punir de tenter de mettre le parti islamiste sur la touche. Les partis et les politiciens monnayent leur confiance, soit pour la donner que pour la reprendre. Il ne reste que nous, pauvre peuple, dont la confiance ne vaut pas un kopeck dans ce marché indécent et dégueulasse. Car le peuple, du moins ceux qui ont voté, ont donné par cette voix leur confiance à un parti ou à une personne. Cette confiance, nous ne pouvons pas la reprendre, par contre eux, les politiciens, peuvent en faire ce qu’ils veulent. Chacun d’eux arrive sur la scène politique auréolé de la confiance d’une partie des votants et en fait allégrement commerce pour, finalement, servir ses propres intérêts.
     
    La vraie question est : comment peut-on espérer progresser sans avoir confiance en nos institutions ? Il est impossible qu’un investisseur s’installe s’il n’a pas confiance en la police et en la justice. Il est impossible de travailler pour l’Etat quand on n’a pas confiance en ce même Etat. On ne peut être de bons contribuables quand on voit ce que l’Etat fait de tout cet argent. On ne peut être de bons citoyens quand on voit le niveau de la classe politique qui gouverne la Tunisie. Sans un minimum de confiance, la rupture est consommée. C’est ce qui est en train de se passer en Tunisie entre le peuple et ses gouvernants, politiciens et autres. Il ne faudra pas, plus tard, s’étonner des conséquences.  

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *