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Nos députés ne savent pas faire de la politique

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    Pour leur dernière semaine avant leur congé annuel, nos députés ont brillé la semaine dernière par leur bêtise et leur populisme à deux balles. Pas un bloc parlementaire n’y a échappé. Les faits.

    Une proposition de loi controversée est passée en milieu de semaine. Plusieurs députés s’en sont félicités la présentant comme un grand acquis révolutionnaire, alors que cette loi est fort dangereuse pour l’équilibre budgétaire du pays. Il s’agit de cette loi permettant aux chômeurs de plus de dix ans de trouver un emploi dans la fonction publique. Dans sa chronique hebdomadaire, Marouen Achouri a présenté la loi et ses dangers en long et en large. Peu importe que cette loi crée un déséquilibre dans le budget, peu importe que des personnes diplômées et qualifiées ne trouvent pas d’emploi juste parce qu’ils n’ont pas eu 10 ans d’expérience en chômage, peu importent les milliers de citoyens qui passent des concours d’entrée à la fonction publique, l’essentiel est que les députés marquent des points. Et ils en ont marqué quand on voit les fans d’Al Karama, de Ridha Jaouadi ou d’Ennahdha applaudir ce canular national. Car, voyez-vous, nos députés se moquent bien des gens avec cette loi.  On a ainsi des ministres appartenant au parti du bloc national de Tahya Tounes et d’Ennahdha qui sont contre cette loi, alors que leurs députés ont tout fait pour qu’elle passe.

    On a un article dans cette loi qui renvoie son application à un décret gouvernemental qui ne verra jamais le jour. La raison ? L’Etat n’a pas les moyens pour de tels recrutements et il s’est engagé avec les instances internationales à bloquer tout recrutement dans la fonction publique. Le député Nabil Hajji a bien averti que cette loi est illusoire et mensongère, mais il était inaudible. Comme toujours, les voix de la sagesse sont inaudibles. Pourquoi alors des députés pondent-ils des lois qui ne seront jamais appliquées ? Du populisme à n’en plus finir. De la vente d’espoir factice à une population crédule. D’ailleurs (et excusez-moi ce racisme passager) on ne devrait pas avoir un fort QI quand on reste dix ans en chômage. Le pays regorge d’offres d’emploi et manque de compétences. N’importe quel chef d’entreprise vous le confirmera. Si vous ne trouvez pas d’emploi après un, deux, trois, quatre ans de chômage, c’est que le mal est en vous. Là est un autre sujet, revenons à nos moutons.

     

    Le deuxième gag du bêtisier parlementaire de la semaine est cette motion de censure contre Rached Ghannouchi. Là, on a bien rigolé. On a tenu en haleine les gradins de « je pleure ma Tunisie » en les convaincant qu’il y a des chances que le président islamiste de l’Assemblée puisse partir et que l’on peut récolter les 109 voix nécessaires à son départ. Et comme cela a été impossible (la motion n’ayant récolté que 97 voix), les attaques cinglantes ont ciblé les députés de Qalb Tounes, coupables de traîtrise.

    La vérité est plus complexe, car Qalb Tounes (quoiqu’on en dise) n’a pas été un mauvais calculateur dans l’histoire. Comment cela ?

    Quand on présente une motion de censure (ou une loi), on se doit de faire le lobbying nécessaire pour la faire passer. Et ce lobbyng a une règle immuable, valable partout dans le monde et elle est arithmétique.

    Il se trouve qu’Attayar, dépositaire de la motion, n’a pas fait ce lobbying pour récolter les 109 voix. Il est resté dans sa tour d’ivoire en train de fredonner son refrain usé et démodé : « On est les plus intègres, on est les plus propres ». Un refrain décrédibilisé quand on voit leur complicité avec les différents présumés « corrompus » du gouvernement. Si Attayar tenait vraiment à faire passer la motion de censure, il aurait invité Qalb Tounes à s’asseoir autour d’une table pour négocier un pacte. Il n’aurait pas craché sur le PDL qui a accepté de faire table rase du passé et de signer une paix de circonstance. Cela s’appellera « pacte avec le diable », certes, mais c’était le prix à payer si Attayar tenait à déloger Ghannouchi du perchoir.

     

    Dans le lobbying, et suivant la même règle arithmétique immuable, il y a la contre-offensive.

    Il se trouve que Rached Ghannouchi, objet de la motion, a su faire le lobbying pour ne pas avoir 109 voix contre lui. Il est allé voir Qalb Tounes pour signer un pacte de paix. Il lui a offert un poste de vice-président au perchoir et la promesse d’en finir avec ses déboires judiciaires.

    Mettons-nous à la place de Nabil Karoui trente secondes et répondons sincèrement ce qu’on aurait fait à sa place. D’un côté, il a un parti Attayar qui l’accuse d’être corrompu et qui refuse de s’asseoir avec lui pour boire un café et un parti Tahya Tounes qui l’a mis en prison et les deux le snobent. De l’autre côté, il a un parti islamiste Ennahdha qui lui tend la main et lui demande de tourner la page, et un parti Al Karama qui le courtise jusqu’au volant de sa voiture. Snobé par les uns, courtisé par les autres, le choix est vite fait pour lui. Quant à l’accusation de traitrise, il est certain que les électeurs ont la mémoire courte et que ceux qui l’insultent aujourd’hui viendront le courtiser demain. Nabil Karoui, depuis sa case prison, a appris une chose : ne plus se faire d’ennemis gratuitement. 

    Voilà la grosse différence entre les partis dits modernistes, progressistes et blablaïstes : ils ne savent pas faire de la politique, contrairement aux islamistes les seuls à savoir en faire. Les médias et les analystes politiques ont dit et répété cela depuis des années, mais rien à faire, on continue encore à espérer un résultat différent en usant des mêmes recettes.

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