Dans les moments de crise, dans tous les pays du monde, du moins dans ceux qui essaient d’y croire, les droits humains sont souvent mis à rude épreuve, bafoués par les pouvoirs en place bien entendu, mais souvent aussi par des individus qui ne croient pas aux valeurs universelles et inclusives des droits humains. Parfois même, ces droits sont bafoués par des individus que rien ne prédispose à être les ennemis des droits humains et des libertés fondamentales, sauf la bêtise, l’ignorance et l’individualisme. C’est malheureusement le cas de la jeune bloggeuse Emna Chergui et du comédien Lotfi Abdelli.
Samedi, la jeune bloggeuse Emna Chergui a annoncé avoir quitté définitivement la Tunisie pour s’installer en Allemagne, un pays qui respecte la liberté d’expression et la liberté de conscience et où elle pourrait continuer à s’exprimer librement sans risquer de se retrouver en prison. Elle a affirmé qu’elle ne voulait pas être ni une championne, ni un héros, si le prix à payer est sa liberté et un séjour en prison. Elle a ajouté qu’en définitive, c’est la Tunisie qui a perdu Emna Chergui et non le contraire.
Pour rappel, la jeune bloggeuse avait été traduite en justice pour avoir partagé sur les réseaux sociaux, au début du mois de mai, un texte sur le corona virus ayant l’apparence d’un texte coranique. Elle a écopé, le 14 juillet dernier, en première instance, d’une peine d’emprisonnement de six mois et d’une lourde amende. Certains parmi ceux qui l’avaient soutenue et défendu son droit à l’expression libre se sentent un peu floués aujourd’hui et choqués par son individualisme et sa mégalomanie. Ils n’ont pas à s’en faire. Ils n’ont pas défendu la personne mais la valeur fondatrice de la liberté d’expression. Comme lot de consolation, on citera à leur adresse l’exemple de beaucoup de militants des droits de l’Homme, qui ont passé le plus clair de leur temps sous le régime de Ben Ali à défendre les islamistes avec lesquels ils n’ont aucune affinité. Même avec les dégâts causés par les islamistes durant toute une décennie au pouvoir, si c’était à refaire, ces grands militants auraient gardé la même attitude parce qu’ils ont gardé les mêmes convictions.
Depuis quelques jours, le comédien Lotfi Abdelli, dans un one-man-show a créé la polémique en consacrant une dizaine de minutes de son spectacle à la lingerie fine de la présidente du PDL, Abir Moussi. Sans entrer dans les considérations politiques, morales ou même esthétiques, ce dernier dérapage, il n’est pas le seul, de Lotfi Abdelli, compromet gravement sa carrière d’humoriste.
Dans le monde des humoristes, il existe plusieurs profils. Il y a l’humoriste engagé comme Guy Bedos qui a affiché ses convictions politiques durant plus de cinquante ans sans jamais faillir à son métier de faire rire les gens, même et surtout ceux qui ne partagent pas ses idées politiques. Visiblement Lotfi Abdelli n’est pas de cette trempe. Il y a aussi l’humoriste politique comme Anne Romanoff. Mais elle détient, avant d’entrer dans le monde du spectacle, un diplôme universitaire en sciences politiques, ce qui n’est pas le cas de Lotfi Abdelli. Il y a d’un autre côté, l’humoriste vulgaire qui fait rire les gens par le flot de vulgarités qu’il dose avec tact et parcimonie dans ses spectacles, comme c’est le cas de Jean-Marie Bigard. Mais contrairement à Lotfi Abdelli, Bigard n’est jamais méchant. Il n’est jamais dans l’invective, ce qui fait de lui l’un des humoristes les plus aimés des Français. Dans ce monde des humoristes, Lotfi Abdelli s’apparenterait à Dieudonné. Dommage, car il est par ailleurs un bon acteur s’il trouve un bon scénario et se trouve entre les mains d’un bon réalisateur.
En conclusion, Emna Chergui et Lotfi Abdelli ne seront sûrement pas les derniers à tourner le dos aux valeurs qui ont fait d’eux ce qu’ils sont. D’autres certainement viendront les suppléer, éprouver et tester l’attachement des militants aux valeurs des droits humains dans leur globalité et leur universalité. Comme Sisyphe, ces militants des droits humains ne doivent pas se décourager. Ils doivent continuer à défendre leur idéal et se concentrer sur les valeurs de la liberté, jamais sur les comportements de ceux qui se réclament de ces valeurs.










