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Faut-il se méfier du Produit Intérieur Brut (PIB) brun?

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    Le Produit Intérieur Brut (PIB), est un indicateur comptable de mesure du revenu des pays. Le PIB renvoie à la valeur annuelle (ou trimestrielle) des biens et services produits sur un territoire donné. Initié par Kuznets dans les années 1930 aux Etats-Unis, le PIB s’est ensuite diffusé à l’ensemble des pays du monde. Par son usage, le PIB demeure un indicateur universellement reconnu. En tant que mesure des flux économiques et de la croissance économique, le PIB présente pourtant des limites lorsqu’il s’agit de mesurer le bien-être des populations.
     
     
    Premièrement, le PIB n’intègre pas la valeur relative aux services rendus par les activités domestiques ou bénévoles. Il ne tient pas compte non plus des services gratuits rendus par la nature.
    Secondement, le PIB n’incorpore pas les activités informelles qui se réalisent en marge de législation pénale, sociale et fiscale et qui échappent à la Comptabilité Nationale. Le secteur informel regroupe les activités qui échappent à la politique économique et sociale, et donc à toute régulation de l\’Etat. Paradoxalement, ce secteur censé se soustraire au contrôle de l\’Etat fonctionne allègrement au vu et au su de tous.
     
     
    Troisièmement, de nombreuses publications font référence au coût social et écologique du PIB mentionnent le principal paradoxe de cette mesure à partir de l’exemple de l’ouragan Katrina (Etats Unis). Suite à son passage, les travaux de reconstruction ont permis de dépasser les 3,8 points de croissance escomptés sur l’année 2005. Les désastres humains, naturels ou écologiques (comme les marées noires par exemple) contribuent à la croissance du PIB mais les coûts sociaux et environnementaux qui leurs sont inhérents sont parfaitement ignorés.
     
     
    Quatrièmement, se pose la question de savoir si le PIB est vraiment une mesure fiable de la croissance économique. Pour l’économiste Jean Gadrey, co-auteur avec Florence Jany-Catrice de l’ouvrage « Des nouveaux indicateurs de richesse » et membre de la Commission Stiglitz, « utiliser un thermomètre pour indiquer la température, c’est très bien. Comme indice de bonne santé c’est une faute. C’est pour cela qu’il faut encourager, à côté du PIB, la construction d’autres indicateurs qui visent à mieux cerner la progression ou la régression du bien-être ou ce qu’on appelle aussi le développement humain, le développement durable ou d’autres notions de ce type qui ne sont pas des notions strictement économiques ».
     
     
    Au total, force est constater que le PIB n’est pas un indicateur de bien-être et encore moins de durabilité. Toutefois, il reste un chiffre très parlant pour la grande majorité de la population mondiale puisqu’il sert notamment au classement des économies à l’échelle mondiale et qu’il est régulièrement asséné par les dirigeants politiques pour témoigner de l’état de santé de leurs économies respectives.
     
     
    En Tunisie et selon l’INS, au deuxième trimestre 2020, le PIB, au prix de l’année précédente, diminue drastiquement de 21.6 % (-21.6%) par rapport au même trimestre de 2019 et de 20.4% (-20.4%) par rapport au premier trimestre de 2020. Sur cette base, l’économie Tunisienne s’est contractée de 11.9% (-11.9%) durant le premier semestre de 2020 par rapport au premier semestre de 2019. Que peut-on dire :
     
     
    Economiquement : (-21.6% ou -20,4%) n’est ni choquant, ni inquiétant, il est’’ ininterprétable’’ dans une économie où le secteur informel apporte un PIB conséquent à la Tunisie, de l’ordre de 54%. Le PIB noir est largement supérieur au PIB blanc (je n’ai pas évoqué le PIB vert non calculé en Tunisie). Donc (-21.6% ou -20,4%) est un taux qui ne reflète dans aucun la véritable performance de l’économie tunisienne. On peut dire que c’est une décroissance sans précédent de l’économie brune (la croissance d’abord, nettoyage plus tard). Pour certains, cette décroissance est bonne car elle est bénéfique pour l’environnement en diminuant sa dégradation ; pour d’autres elle est catastrophique car elle augmente le chômage, diminue le pouvoir d’achat et attise les tensions sociales.
     
     
    Par ailleurs, le coronavirus, a accentué la contraction de l\’activité économique. Une telle contraction ne ressemble que très partiellement à celles que nous avons connues parce qu’elle mêle un choc sur l’offre et un autre sur la demande. C\’est cette simultanéité des chocs d\’offre et de demande qui rend la situation présente si exceptionnelle et si dangereuse.
     
     
    Politiquement, la décroissance économique ou encore la récession traduit l’échec des politiques économiques menées depuis 2011. Ce qui met en cause la légitimité des partis politiques au pouvoir et par là la perte de leur électorat. Celui-ci n’est pas insensible à la négativité du PIB. L’électeur médian donne beaucoup d’importance aux performances économiques, l’hors des élections. Les partis politiques sont alors prisonniers de la moyenne de la distribution des préférences de l’électorat en matière de croissance économique.
     
     
    Pour pallier aux insuffisances manifestes du PIB en tant qu’un indicateur, les économistes utilisent des indicateurs composites ou encore des indices synthétiques regroupant plusieurs indicateurs individuels, qui permettent de comparer et classer les pays à l’aune de leurs performances. Les indicateurs composites présentent l’avantage de pouvoir intégrer de grandes quantités d’informations sous une forme facile à comprendre pour le grand public. Ils permettent de limiter le nombre de statistiques présentées et se prêtent à une comparaison rapide des performances nationales. Ceci explique que l’utilisation des indicateurs composites en tant qu’outils de communication et d’analyse se généralise. Mais, cela mérite peut être une autre publication….

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