Le gouvernement de la dernière chance a été annoncé hier soir, lundi 24 août, quelques minutes avant minuit. L’appellation du « gouvernement de minuit », que nous avons inventée aujourd’hui, fera son petit bout de chemin. Il s’agit du gouvernement de la nuit, de toutes les peurs et de toutes les angoisses.
Hichem Mechichi aurait pu profiter de ce mois pour penser son gouvernement et le poncer afin qu’il colle à l’idée qu’il veut donner, afin qu’il puisse contenir les compétences qu’il a annoncées et qu’il a si fort clamées. Est-ce vraiment ce qui s’est passé ?
Il aura fallu que les constitutionnalistes et les journalistes rabâchent « le détail » des délais constitutionnels afin que l’équipe Mechichi se presse et ponde, dans l’urgence la plus totale, une équipe qui aurait pu être annoncée, dans le calme et l’organisation, à la fin de la semaine dernière. Comme promis quoi…
Mais pourquoi être organisé lorsqu’on peut foutre un bordel monstre – pardonnez-moi l’expression – et obliger l’opinion publique à rivaliser de railleries en attendant le gouvernement de la 90ème minute, remis au chef de l’Etat à peine une heure avant la deadline et annoncé à l’opinion publique dans un mépris total des convenances. Ah ces journalistes, il aura fallu qu’ils déterrent ces inconstitutionnalités enfouies (pas tant que ça) pour qu’un gouvernement daigne être annoncé. Tout comme il a fallu qu’ils déterrent un scandale pour qu’un autre tombe avec fracas.
Mais une mauvaise lecture des textes constitutionnels aurait pu embourber ce gouvernement bien plus qu’il ne l’est déjà. Alors que l’accueil qui lui est réservé est déjà des plus froids, un cafouillage constitutionnel n’arrangerait nullement les choses, surtout en l’absence d’une cour constitutionnelle apte à trancher ce genre de litige. Il vaudrait donc mieux annoncer ce gouvernement à minuit moins une que de tenter le diable…car le diable est aux aguets.
Comment ce gouvernement sera-t-il accueilli le décisif 1er septembre devant la horde de loups qui seront là, dents aiguisées, à l’attendre ? A l’heure actuelle, encore une fois, et sans grande surprise, la balle est dans le camp d’Ennahdha. Le parti qui s’est clairement dit contre une équipe apolitique se trouve aujourd’hui pied au mur. Votera-t-il pour un gouvernement qui a superbement choisi de l’exclure ou prendra-t-il le risque de perdre sa place et de voir les équilibres politiques qui l’avantagent totalement chamboulés ?
On en saura plus le 1er septembre et seulement le 1er septembre. Le parti islamiste, tel qu’il nous a habitués, fera son cinéma habituel avant d’annoncer sa décision finale au dernier moment avec l’éternel argument de « l’intérêt national », entendez par là, ses propres petits intérêts, mais je ne vous apprends rien.
Dans tous les cas, il n’est clairement pas dans l’intérêt du parti de Rached Ghannouchi de voter contre ce gouvernement. Pourquoi ça ? Car les différents scénarios qui se présentent ne sont pas du tout à l’avantage du parti « fort » du pays. Celui du maintien du gouvernement Fakhfakh, contre lequel aucune motion de censure ne sera possible. Ou celui de la dissolution du Parlement et des élections législatives anticipées dont il ne sortira sans doute pas gagnant. Il est temps aujourd’hui que le parti se remette en question et repense son leadership. Par leadership, on parle bien évidemment de Rached Ghannouchi pardi ! Qui d’autre ? Des voix au sein du mouvement appellent à tuer le père. Des voix timorées certes, mais des voix de plus en plus nombreuses. Et rien que ceci est indicateur de la fragilité de ce colosse aux pieds d’argile.
Qu’offre finalement ce gouvernement Mechichi que celui de Fakhfakh, obligé de quitter par la plus petite des portes, n’aura pu offrir ? Une présence féminine moins timide, la présence d’un ministre malvoyant et celle d’un ministre de couleur ? On attendra un peu avant d’applaudir. Ceci reste évidemment en-deçà des attentes (pauvres naïfs que nous sommes).
Mais si Elyes Fakhfakh était clairement le choix de Kaïs Saïed, c’est le gouvernement Mechichi qui l’est aujourd’hui. Du moins, en grande partie. L’empreinte du locataire de Carthage est, en effet, plus que visible avec des noms qui lui sont proches, d’autres qu’il cautionne et d’autres encore qui ont clairement fait partie de sa campagne pour la présidentielle. Quel taquin ce Kaïs Saïed ! Avec cette équipe, le chef de l\’Etat peut bomber la poitrine et se pavaner en disant à qui veut l’entendre que c’est lui qui mène la danse et qu’il n’est qu’à quelques pas de son projet politique, celui d’enterrer ce modèle qui ne fonctionne plus et qui n’a que trop duré. Heureusement pour lui, les escarmouches politiques et autres tiraillements puérils lui ont laissé le champ totalement libre pour s’y engouffrer comme bon lui semble.
Quoi qu’il en soit, des jours sombres attendent Hichem Mechichi et son gouvernement. Crise sanitaire, chaos politique et marasme économique. Tous les gouvernements qui se sont succédé ces derniers mois se sont cassé les dents et ont laissé bien plus que des plumes. Quel avenir sera réservé au gouvernement Mechichi…si toutefois, il arrive à passer le premier test du Parlement…










