L’espoir de voir le taux de change du dinar reprendre du poil de la bête après la dégringolade enregistrée en 2016, 2017 et 2018 est en train de s’estomper au regard de la parité de notre monnaie vis-à-vis des principales devises étrangères et particulièrement de l’euro. Le dinar a perdu environ 3% de sa valeur depuis le début de l’année. Cette dépréciation s’est accélérée depuis le 3e trimestre 2020.
Le redressement du taux de change observé à partir du mois d’avril 2019 au cours duquel l’euro s’échangeait à 3,410 DT pour atteindre son plus bas niveau en février dernier avec un euro à 3,118 DT, n’aura duré en fait qu’un an. Depuis, le cours de l’euro a repris le chemin de la hausse pour atteindre, au 15 septembre 2020, la valeur de 3,258 DT.
Qu’est-ce qui a bien pu pousser la Banque centrale de Tunisie (BCT) à laisser glisser le dinar sur le marché de change alors que la plupart des indicateurs macroéconomiques, hormis bien entendu le taux de croissance, affichent des résultats qui, comparativement aux années précédentes, ne pouvaient contribuer à une telle trajectoire. A la fin du 1er semestre 2020, le solde de la balance commerciale accuse certes un déficit significatif. Cependant, il est sans commune mesure avec ce qu’on avait l’habitude d’observer les années précédentes. Plus encore, le taux de couverture des importations par les exportations affiche son meilleur résultat depuis cinq ans. Cela n’a pas provoqué de tension sur la balance des paiements courants comme on pouvait le redouter. Le solde des paiements courants par rapport au PIB affichait à la fin du premier semestre 2020 un taux de seulement 4% alors que celui-ci affichait 5,3% durant la même période en 2019, 5,2% en 2018 et 6,1% en 2017.
Serait-ce alors l’inflation qui ferait des siennes ? Là aussi, il est permis d’avoir des doutes dans la mesure où notre différentiel d’inflation avec les pays partenaires et concurrents s’est réduit en faveur de la décélération du rythme de la hausse des prix depuis le début de l’année : 5,8% durant le premier semestre 2020 contre 6,8% en 2019 et 7,7% en 2018, pour la même période. La BCT estime d’ailleurs que le taux d’inflation ne serait que de 5,7% pour toute l’année 2020. Un ajustement du taux de change nominal tenant compte du différentiel d’inflation ne peut atteindre une telle proportion en si peu de temps. Alors ? Serai-ce le volume des avoirs en devises qui serait la cause ? Visiblement, il n’en est rien puisque le stock de devises détenues par l’institut d’émission n’a pas connu un niveau aussi haut depuis 5 ans avec l’équivalent de 133 jours d’importation à la fin du 1er trimestre 2020 et l’égal de 141 jours d’importation au 15 septembre 2020, contre seulement 73 jours et 72 jours respectivement en 2019 et 2018, pour la même période.
Visiblement, les données statistiques ne permettent pas objectivement de fournir une raison solide à une dépréciation du dinar qui va lui faire perdre tout ce qu’il a grignoté comme marge entre février 2019 et février 2020 vis-à-vis des principales devises de règlement du pays.
Il semble qu’il faille chercher ailleurs qu’au niveau factuel la décision de l’autorité monétaire de laisser le dinar se déprécier de la sorte. Ce sont les perspectives économiques du pays en 2021 qui préoccuperaient le plus la BCT et plus particulièrement les perspectives budgétaires. La récession économique de cette année aura un impact sans précédent sur les ressources budgétaires de l’Etat qui, à l’inverse, va avoir des besoins de financement considérable pour répondre aux attentes des citoyens et des entreprises et aux exigences des échéances à venir.
D’ores et déjà, un indicateur semble affoler la banque des banques. C’est le coefficient du service de la dette par rapport aux recettes courantes. Autrement dit, c’est la part du total des revenus provenant des opérations avec l’extérieur (exportations, recettes touristiques, transferts des revenus du travail, investissements étrangers, etc.) qui servirait à rembourser les dettes venues à échéance. A la fin du 1er semestre 2020, le coefficient du service de la dette affiche déjà 19,4% alors que ce ratio tourne autour de 10%-12% en moyenne à pareille période de l’année. Il faut remonter à janvier 2016 pour retrouver pire ratio. Sauf qu’à la fin de 2016, ce ratio est retombé 10,9%. Ce qui ne serait probablement pas le cas pour cette année 2020.
Ainsi, la BCT prendrait-elle les devants face à l’hypothèse d’une plus importante détérioration de cet indicateur en 2020, et surtout en 2021 ; année qui va enregistrer un pic de remboursement de dettes. Partant, il est logique que la BCT cherche à préserver, voire à renforcer davantage, le matelas de devises qu’elle détient et plus encore ; même au prix d’un glissement du dinar qui serait susceptible de relancer les tensions inflationnistes, alors que le pays vit dans un climat de récession économique sans précédent.
On n’est pas loin de la quadrature du cercle. A tout le moins, on n’est pas sorti de l’auberge…de la crise.










