Cet article a été publié le 24 septembre. Nous le republions aujourd’hui dans l’espoir d’attirer l’attention de la présidence du gouvernement sur la nécessité de mettre en place une stratégie de communication pour sensibiliser le grand public sur les dangers du covid-19. Les médecins tirent ces derniers jours de plus en plus la sonnette d’alarme. Les appels pour trouver un lit de réanimation deviennent incessants. Faute de suffisamment de lits disponibles dans nos hôpitaux et nos cliniques, on craint fort que l’on arrive bientôt à choisir qui a droit à un lit (et à la vie) et qui n’en a pas.
Ça parait comme une blague, mais ce n’en est pas une hélas et elle devrait faire réfléchir les autorités sur leur stratégie de communication défaillante.
C’est l’histoire d’un chauffeur de taxi qui dit à son client que la cigarette est bonne pour contrer le covid-19. Interloqué, le client lui dit, où avez-vous vu ça ? Et le chauffeur de répondre, c’est à la radio, ils ont dit que l’on doit « netkayfou maâ el wadh3 » (on doit s’adapter à la situation). Sauf que voilà, cette phrase en langue arabe littéraire, si on la traduit en tunisien dialectal, devient : « on doit fumer pour contrer la situation ». Le chauffeur de taxi, à qui on ne peut pas demander de maîtriser l’arabe, a compris ce qu’il voulait bien comprendre des phrases prononcées par nos différents responsables politiques, et certains de nos médias, qui préfèrent l’arabe au dialectal.
« Voilà pourquoi il faut impliquer des professionnels de la communication institutionnelle, publique, dans l\’élaboration des stratégies », a réagi non sans colère l’activiste Ahlem Hachicha Chaker. Elle poursuit : « Voilà ce que ça donne de ne pas choisir les bons mots pour la bonne cible.
Recruter des agences de communication qui font de la communication commerciale et de la publicité pour réaliser un spot radio, ce n\’est pas de la communication publique.
La gestion de crise c\’est décider d\’une stratégie, arrêter un plan d\’action, choisir les argumentaires, mettre les mots dessus, diffuser le message à la cible mais également aux agents relais (médias, communicants, porte-paroles, responsables, etc).
Vous croyez qu\’il est le seul qui va « enfumer » le virus ? ».

A vrai dire, les équipes d’Elyes Fakhfakh et de Abdellatif Mekki ont pensé stratégie de communication et ont élaboré une campagne de sensibilisation publique, à l’instar de ce qui se pratique dans le monde. Plusieurs médias (dont Business News) ont fait preuve d’esprit civique et ont diffusé gratuitement la campagne. Fakhfakh a promis de programmer une seconde campagne de sensibilisation et, celle-ci, devait être payante. Une manière d’aider les médias en difficulté d’un côté et de toucher une cible plus large du public pour le sensibiliser sur les dangers du covid-19 et la nécessité de respecter les gestes barrière et la distanciation sociale. Que s’est-il passé alors pour que la seconde campagne ne voie jamais le jour ? L’éclatement du scandale Fakhfakh, bien relayé par les médias. Visiblement fâché de ne pas être soutenu par ces médias, il a décidé donc d’annuler la campagne et de priver ces « insolents » des revenus publicitaires de cette campagne. Mieux (ou pire), il a réduit les quotas d’abonnements de certains titres, toujours dans l’esprit de vengeance, d’après les témoignages des directeurs de ces titres et d’après un communiqué officiel de la Fédération tunisienne des directeurs de journaux.
Pour éviter les malentendus, et pour mieux sensibiliser le public, une nouvelle campagne touchant le grand public élaborée par des agences de communication professionnelles s’impose si on veut lutter sérieusement contre le covid-19. C’est comme cela que cela se passe partout dans le monde et il n’y a pas de raison que l’on ne fasse pas de même en Tunisie. Pourvu que la nouvelle équipe de Hichem Mechichi le comprenne !
R.B.H










