Deux jours après avoir reçu le chef du gouvernement, la polémique autour de Kaïs Saïed continue à enflammer les réseaux sociaux. Pendant six minutes, on voyait le président de la République tancer sévèrement le chef du gouvernement, sans que celui-ci ne dise un mot. La vidéo a été montée par la présidence de la République de telle sorte que l’on censure les réponses de Hichem Mechichi.
« Un comportement d’influenceur ou rappeur qui cherche le clash, pas celui d’un président de la République respectable », a ironisé le député Yassine Ayari qui lui rappelle que sa propre cheffe de cabinet Nadia Akacha a une affaire pendante devant la justice et qu’elle est mise en examen.
« On fait quoi de ces députés bel et bien condamnés à deux, trois et quatre ans de prison ?», s’est interrogée la communicatrice Rania Barrak épinglant la politique des deux poids deux mesures.

Dans une vidéo de près d’une demi-heure, la députée Abir Moussi trouve que Kaïs Saïed a violé la constitution. Elle épingle sa triche en déclarant « Dans un souci de transparence, la présidence de la République aurait dû publier les réponses de Hichem Mechichi. Ce monologue ou cette forme de procès public ne sert en rien l’image du président. »
« C’est surréaliste » s’est exclamé le dirigeant politique Hichem Skik qui rappelle, lui aussi, le comportement anticonstitutionnel du président de la République. « Ni les attributions constitutionnelles du président de la République, ni la simple décence et un minimum de respect pour la fonction de chef du gouvernement et pour l\’Etat ne l\’autorisent à se conduire de cette façon à son égard ! Avec ça, avec le comportement des députés, etc…., comment s\’étonner que le simple citoyen n\’ait plus beaucoup de respect pour l\’État et ses représentants ? »

« N’était-il pas mieux, pour l’intérêt de l’Etat, que le président de la République adresse ses critiques en off et loin de la polémique », a suggéré le journaliste Zied El Héni qui rappelle, lui aussi, le dépassement de prérogatives de Kaïs Saïed. « N’est-il pas injuste que l’opinion publique n’écoute pas la réponse du chef du gouvernement ? ».

Le blogueur Hédi Oueslati a rappelé, pour sa part, l’historique de Kaïs Saïed qui, lui aussi, a travaillé avec l’ancien régime. « Pourquoi ne se juge-t-il pas lui-même avant de juger les autres ? » a indiqué M. Oueslati tout en s’interrogeant, avec ironie, s’il ne faudrait pas aller chercher des conseillers économiques parmi les grévistes du Kamour.

Le député Iyadh Elloumi estime que la position politique de Kaïs Saïed est populiste. Le président est un mauvais perdant. Il n’arrive pas à digérer le fait que le gouvernement de Mechichi soit devenu un gouvernement politique.
« Ce qu’a fait Kaïs Saïed ne s’est jamais fait dans l’Histoire de la Tunisie moderne. Cela porte un grave préjudice pour la Tunisie et ses compétences », a indiqué pour sa part l’économiste Moez Joudi qui épingle la triche et l’ingérence du président. Il épingle aussi les graves accusations portées contre de hauts fonctionnaires, alors que la justice les a déjà blanchis. « Monsieur le président, vous n’avez pas le droit de lancer des accusations fallacieuses comme celles-ci et d’humilier ainsi des hommes. Il y a un Etat, un prestige et des coutumes et une manière de parler. Les vrais criminels sont ceux qui bloquent la machine économique et la production nationale et nuisent aux intérêts de l’Etat, ceux-là mêmes avec qui vous dialoguez, à qui vous donnez raison et avec qui vous n’avez trouvé aucune solution pour que la production nationale revienne à son niveau précédent », a indiqué M. Joudi.

Mercredi 23 septembre, le président de la République s’est adressé au chef du gouvernement critiquant sévèrement la nomination de certains conseillers. Les remontrances du président ont été filmées et diffusées publiquement sans la réponse du chef du gouvernement.
Hichem Mechichi avait précédemment désigné un nombre de conseillers pour consolider son équipe, à savoir, Taoufik Baccar, Mongi Safra et Slim Tissaoui. Des compétences nationales ayant servi durant la période de Ben Ali. Certains d’entre eux ont été poursuivis en justice après 2011, mais aucun d’entre eux n’a été condamné jusqu’à présent.
R.B.H










