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Kaïs Saïed continue sa course à l’échalote

Le 25 juillet 2020 Kaïs Saïed désignait – envers et contre tous – Hichem Mechichi (ministre de l’Intérieur sous le gouvernement Fakhfakh) pour former un nouveau gouvernement en succession à Elyes Fakhfakh, alors démissionnaire et entaché de soupçons de conflit d’intérêts. Un choix que le président de la République a imposé pour ensuite le lâcher comme un pet sur une toile cirée.

A peine un mois plus tard, au moment où Hichem Mechichi présentait son équipe, Eris a glissé sa pomme de discorde et Kaïs Saïed – comme pris d’une envie soudaine de mettre flamberge au vent – a décidé de laisser tomber son vassal. Et pas de la manière la plus subtile. Finie l’époque amis comme cochons !

L’épisode inaugural de cette guerre a été lancé en 24 août avec, au menu, des divergences sur le nom du ministre de l’Equipement, et comme invitée d’honneur la conseillère à la présidence de la République ; Nadia Akacha.

Kaïs Saïed a, ensuite, jeté son dévolu sur le ministre des Affaires culturelles. Il a fallu que le malheureux manifeste une réticence quant à la mission qui venait de lui être assignée pour que le président de la République se saisisse de l’occasion imposant à Hichem Mechichi de le maintenir. Peu avant, le chef du gouvernement avait déjà signifié à Walid Zidi que la Kasbah n’accepterait pas de soupe au lait dans ses rangs.

Quelques temps plus tard, alors que les députés des partis politiques se préparaient à la plénière du vote de confiance et que les rumeurs fusaient de toute part sur une éventuelle chute du gouvernement Mechichi, le fondateur de Qalb Tounes, Nabil Karoui, s’est précipité à jeter de l’huile sur le feu assurant que Kaïs Saïed avait demandé à Ennahdha (52 sièges) et Qalb Tounes (27 sièges) de ne pas voter pour le gouvernement de son poulain. En contrepartie, le locataire de Carthage aurait promis de ne pas frapper de son trident la coupole de l’Assemblée, comme il avait menacé de le faire en février face à la crise politique qui a éclaté après la chute du gouvernement Jamli poussant ainsi les députés à voter en faveur du gouvernement Fakhfakh.

Ces allégations ont vite été démenties et le gouvernement de Mechichi est passé. Le 1er septembre, l’Assemblée a voté en faveur de l’équipe d’indépendants largement contestée. Une victoire de Hichem Mechichi qui, semble-t-il, n’a pas été du goût du président de la République.

Celui-ci est, d’ailleurs, vite revenu à la charge avec comme devise : l’élève ne peut pas dépasser le maître. Mais c’est comme un éléphant dans un magasin de porcelaine qu’il continue sa course à l’échalote. Le 23 septembre, le locataire de Carthage s’est intéressé aux nominations que le chef du gouvernement comptait faire pour étoffer son équipe de conseiller. Lors d’une rencontre au palais de Carthage, Kaïs Saïed – voulant tenir la dragée haute – s’est attardé sur deux noms en particulier : Taoufik Baccar et Mongi Safra, respectivement ancien gouverneur de la Banque centrale de Tunisie et ancien conseiller de Ben Ali. Deux compétentes en qui Kaïs Saïed n’a pu voir que deux anciens sbires de Ben Ali. Evoquant les poursuites judiciaires dont les deux hommes font l’objet depuis une dizaine d’années maintenant, le président de la République a tracé un sermonnaire truffé d’arguments et de jugements alors que la justice, elle-même, n’a pas encore rendu de verdict les concernant.

Nous noterons que pour formuler ses critiques, le président de la République s’est basé sur ce qu’ « il avait entendu dire », selon le conseiller du chef du gouvernent chargé des Affaires sociales, Slim Tissaoui. S’exprimant à ce sujet, il a expliqué, jeudi 24 septembre, que rien n’était encore officiel. Aucune publication dans le Jort n’a, en effet, confirmé ces nominations.

Et comme « le style » de Kaïs Saïed ne suffisait pas, le service de communication de la présidence de la République est venu envenimer la situation davantage. Le montage réalisé en résumé de la rencontre entre Kaïs Saïed et Hichem Mechichi met en scène un monologue du Président auquel le chef du gouvernement ne réagit pas.

Cette goutte a fait déborder le vase et a provoqué une réaction du côté de la nouvelle Kasbah, jusque là silencieuse et posée. Il ne faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages, après tout !

Une source proche de la présidence du gouvernement a assuré, à Business News, que cette «violation du protocole » et « offense faite à l’image de l’Etat » ne resterait pas sans réponse.

« Dans un souci de préserver des relations de travail saines entre les institutions de l’Etat, et afin de répondre aux sollicitations du chef de l’Etat pour échanger sur les impératifs de la situation actuelle et les problématiques concernant le peuple tunisien, Hichem Mechichi refusera dorénavant que toute rencontre avec Kaïs Saïed soit filmée et manipulée de manière à porter atteinte à l’Etat et aux institutions du pouvoir », nous a indiqué la même source.

Serait-ce un début de révolte ?

Nadya Jennene 

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