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Parlons des flics, tant qu’on peut encore le faire !

 

Les policiers, les douaniers et les forces armées tunisiennes sont apparemment en danger. Un danger si imminent et si présent qu’il faille leur concocter une loi sur-mesure pour les protéger contre les agressions. Un danger qui ne se contre pas par les armes, ni par la violence légitime ni même par les mesures légales en vigueur. Apparemment le code pénal et la loi anti-terroriste ne suffisent pas à protéger les forces armées tunisiennes et les choses sont présentées comme si l’on pouvait, impunément, s’en prendre à un policier et s’en tirer. Evidemment, c’est faux.

Si la loi de protection des forces armées est adoptée telle quelle, il faudra faire attention à ne pas heurter les sentiments des policiers et veiller à sauvegarder leur moral. Donc, les filles faites un effort quand un policier vous arrête sur la route uniquement pour vous draguer. Il a des sentiments quand même ce policier. Quand on se prend des coups de matraque, comme hier devant l’ARP, il ne faut pas proférer des mots qui pourraient porter atteinte à la sensibilité des policiers, ces frêles et fragiles créatures. Si jamais des policiers se mettaient à violer une fille, comme Mariem, la moindre des choses est qu’elle ne se débatte pas. C’est que les forces de l’ordre en Tunisie font face à des dangers qui n’existent nulle part ailleurs dans le monde, donc il leur faut une loi spéciale. Ce n’est pas comme si faire face au danger au nom de la nation et du peuple était la nature même de leur travail.

 

Cette loi scélérate est d’un ridicule sans nom et consacre un Etat policier au-dessus des principes et des fondements même des libertés individuelles. Cette loi ne prévoit rien concernant la situation économique et sociale de ceux qu’elle est censée protéger. Si un policier meurt ou est blessé en service, cette loi ne lui apportera pas un dinar de plus. Sa famille se retrouvera toute seule, comme avant cette loi. Le membre de l’USGN ou de la BNIR qui intervient contre le terrorisme ne gagne absolument rien à travers cette loi, il ne sera ni mieux payé, ni mieux protégé. Par contre, tout ce beau monde risque de perdre beaucoup si cette loi est adoptée.

Les policiers, les douaniers et autres seront encore plus détestés par la population puisqu’on estime qu’il leur faut une protection spéciale contre cette même population. Ils ont une « plume sur la tête » apparemment et le vote d’une telle loi renforcera le corporatisme. Pourquoi pas une loi pour protéger les contrôleurs des marchés de fruits et légumes ? Une autre pour protéger les médecins et les infirmiers qui se font agresser dans les hôpitaux et une troisième pour la protection des gardes forestiers. C’est vous les policiers qui êtes censés nous protéger, pas vous protéger de nous !

 

On doit énormément à nos forces armées dans leur ensemble. Des soldats et des policiers sont morts dans le combat contre le terrorisme, pour que nous puissions dormir tranquilles. L’Etat tunisien leur doit bien plus qu’une loi liberticide et honteuse. L’Etat tunisien doit fournir à ses agents la formation nécessaire pour mieux comprendre la nature de leur travail et pour acquérir le savoir-faire nécessaire pour exercer leur métier au mieux. L’Etat tunisien doit leur fournir un équipement de protection respectable et des moyens pour pouvoir faire leur travail, aussi bien au niveau des véhicules que des sièges. L’Etat tunisien doit mieux payer ses protecteurs et augmenter sensiblement leurs salaires, vous seriez surpris de savoir combien est payé un soldat en Tunisie. Tout cela est bien plus important et bien plus prioritaire qu’une loi qui ne fera que permettre aux mauvais flics d’être encore plus mauvais et d’échapper à toute forme de contrôle. Et par conséquent, de porter encore plus préjudice aux milliers de policiers, d’agents de la Garde nationale et de soldats qui font honnêtement leur travail et qui s’exposent réellement au danger.

 

Mais ce projet de loi a quand même un bienfait, et pas des moindres. Un bienfait politique puisqu’il trace une ligne de démarcation claire entre ceux qui croient réellement aux libertés et aux droits de l’Homme et les autres. Il sera amusant de constater que finalement les islamistes, les opportunistes et aficionados de l’ancien régime vont se retrouver d’accord, malgré tout, sur la promotion de la répression et de l’atteinte aux droits. Ennahdha et le PDL auront beau prétendre être différents, ils se retrouveront d’accord pour l’adoption de cette mauvaise loi. Ce projet de loi si controversé aura tout de même le mérite de faire ressortir les vraies convictions de chaque partie politique, au-delà des mots, des discours et des escroqueries. Ceux qui voteront en faveur de ce projet de loi n’auront plus la légitimité nécessaire pour évoquer le sujet des libertés et des droits de l’Homme et ne pourront plus en faire un fonds de commerce.

Le pire dans tout cela, c’est que cette loi permettra à l’Etat de se défiler devant ses responsabilités envers les sécuritaires de tout type. Cette loi, censée les protéger, va les isoler encore plus et nourrir une animosité enfouie envers les forces de l’ordre. Cette loi permettra des abus et légitimera des atteintes aux libertés, au seul gré de l’agent ou du policier qui se dira victime. Cette loi ne doit pas passer !

 

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