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J’ai regardé pour vous le chef du gouvernement

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    49 jours. 49 jours depuis le vote de confiance au gouvernement. Ça a pris 49 jours au chef du gouvernement pour trouver le temps d’accorder une interview à un média tunisien.

     

    Sur la forme, la Kasbah n’arrive toujours pas à se renouveler. Ces éternels fauteuils faussement stylés, ces éternelles breloques dorées, ces bibelots qu’on pose au hasard ici et là, cette porte en bois qui écrase la scène dont on ne sait ni si c’est l’issue à nos problèmes ou pas, ce hall qui ne représente rien en termes d’image…… Cette ambiance de causerie de salon ne correspond pas au moment politique du pays.

     

    Sur le fond, le chef du gouvernement tunisien s’adresse à la Nation, d’abord dans sa langue. Le tunisien n’étant pas très orthodoxe en termes linguistiques, quelques mots en français sont admis mais pas les bienvenus. Mais cet abus de la langue française dans les réponses de Mechichi n’était pas un choix heureux. Il exclut ainsi une large frange de la population de ses propos.

    J’ose espérer qu’il ne s’agissait pas là d’un choix fait sciemment pour se démarquer du langage guindé du président de la République. Ça serait bien puéril.

     

    Le chef du gouvernement utilise beaucoup le pronom « Je ». On lui a probablement dit que c’est une façon d’affirmer sa personnalité, d’exprimer un engagement, de se mettre au cœur du débat. Oui mais non. Nous sommes dans un moment de crise collective. Nous avons fait des choix irrévocables depuis une décennie pour ne plus être dans la sphère du « Je » en politique. Nous sommes dans la dynamique commune. Donc, ce n’est pas M. Mechichi qui parlait hier à la télé. C’était le gouvernement de la République tunisienne. Alors, on adopte le « Nous » pour parler des temps durs que nous traversons, et le « Nous » pour parler de l’œuvre du gouvernement pour y faire face. Le « Je » est réservé aux moments forts, avec des annonces où le chef du gouvernement engage sa responsabilité personnelle, ou lorsqu’il exprime un sentiment ou une émotion. Or, il n’y a rien eu de tout cela. Ni annonce, ni émotion, ni engagement. A aucun moment, le chef du gouvernement n’a parlé comme chef d’équipe n’a cité ses ministres, sauf pour se moquer d’un ministre démis. Pas très élégant.

     

    Sur le contenu, je n’en retiens rien. Sauf des cajoleries appuyées à l’UGTT. Il ne fâche personne, il ne s’engage à rien, il n’est contre personne, il n’annonce rien. Il ménage les fonctionnaires, les policiers, les syndicalistes, les mouvements sociaux, les bailleurs de fonds, ….

    Sur le dossier de la santé, nous n’avons rien appris. Des efforts, la bureaucratie, le soutien moral aux équipes médicales, bla-bla-bla. Est-ce que le gouvernement a un plan, chiffré, avec des étapes, des paliers, des mécanismes de déclenchement de telles ou telles procédures ? Non. Quelle est la stratégie de testing, de traçage, de soins, de gestion des ressources, de coordination nationale, régionale ? Quels sont les moyens à disposition des régions ? Quel est le rôle de l’administration ?

     

    L’Etat va payer les frais médicaux auprès des cliniques privées ?  Comment ça ? Il y a eu un accord sur un package de prestations avec un tarif convenu ? Le gouvernement va réquisitionner les cliniques privées ? A partir de quand ? Comment ? A quel prix ? Sur quelles bases légales ? Et d’abord, quel est le principe de la réquisition ? Est-ce que les cliniques ont refusé de fournir des prestations, ou de collaborer avec les autorités de santé publique pour qu’on parle de réquisition ? Ou alors, le mot est parti comme ça, à chaud, parce que ça faisait bien? Bonne chance aux équipes juridiques pour gérer cet imbroglio maintenant.

     

    L’orthodoxie économique c’est bien ? En 2020 ? Dans la même phrase où on parle de la Banque centrale Européenne et de la FED qui mettent de côté tous les principes prudentiels pour libérer des liquidités massives ? Brabbi ? Et à part les généralités et l’information que le chef du gouvernement a rencontré le gouverneur de la Banque centrale, on a quoi comme données ? On va relancer l’économie à l’eau bénite ?

     

    Tout comme sur le thème de l’économie parallèle. Le diagnostic est le bon. Les gens sont forcés vers le secteur parallèle en grande partie en raison de la complexité des procédures et des barrières à l’entrée. Et donc? La simplification, nous annonce M. Mechichi. Oui mais encore ? Dans quel sens ? Que compte-t-il faire ? Quelle approche sera adoptée pour cette simplification des procédures ? Est-elle traduite dans le projet de loi de finances soumis à l’ARP ? On n’en saura rien.

     

    Mais on sait que Monsieur veut s’amuser. Il veut que les artistes, les gens de la culture amuse la galerie, comme les bouffons de la cour. Triste vision de la définition de la culture.

     

    On notera au passage qu’il parle de la famille tunisienne qu’il faut distraire. Les individus n’existent donc que dans le noyau familial. Et pour consommer du divertissement. Triste vision de la définition du citoyen.

     

    Sur les dossiers sociaux, il a été au mieux évasif. Tout le monde a raison. L’UGTT a raison. Le gouvernement a raison. Les manifestants ont raison. Les sittineurs ont raison. Les bailleurs de fonds ont raison. L’administration a raison. Mais alors qui a tort? Parce qu’il est clair que quelqu’un a tort, sinon nous n’en serions pas là. Sûrement les seuls qu’il n’a pas mentionnés une seule fois. Nous. 

     

    Le chef du gouvernement a donné une interview hier. A un journaliste. Il semblait croire que c’était le journaliste qui avait besoin de connaître ses réponses aux questions posées. Il s’adressait à lui, exclusivement. A aucun moment, il ne s’est rendu compte que ce n’était pas le cas. Pour répondre à un journaliste, on ne passe pas à la télé. On passe à la télévision nationale, pour s’adresser aux Tunisiens. A nous. Il a parlé un peu de nous, jamais à nous. Dans cette crise, où les Tunisiens subissent le stress de la pandémie, perdent des proches, connaissent des fins de mois (parfois de semaines) difficiles, il a oublié. Oublié de nous parler, de nous expliquer, de nous rassurer, de nous convaincre. Il avait une opportunité de sensibiliser les gens, de matraquer un message institutionnel sur les gestes barrières. Opportunité ratée.

     

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