Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

La Chute

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

     

    Chaque drame, et il y en a eu des masses dans ce pays, rajoute une couche à la tristesse ambiante, à un inconscient collectif qui intériorise les chocs à n’en plus finir. Jusqu’à quand ? Absurde. C’est l’idée qui me vient à l’esprit en apprenant le décès d’un jeune médecin happé dans une cage d’ascenseur déficient. Déficient par le fait de l’incompétence et de l’irresponsabilité de nos gouvernants. Jusqu’à quand ? Absurde dans le sens philosophique du terme. Et comme une réminiscence, cette phrase s’impose à moi : Aujourd’hui, Badr est mort. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai appris cela dans le journal : « Médecin décédé. Chute dans un ascenseur. 26 ans. Ouverture d’une enquête par les autorités ». Cela ne veut rien dire… Je représente à ce moment-là l’archétype de cet Humain broyé par le désarroi face au non-sens, de cet Humain qui se sent étranger dans un monde qui échappe à toute logique.

     

    Après le désarroi face à l’absurde, vient l’imbrication d’une immense tristesse et d’une rage incandescente. Et un leitmotiv, toujours, – jusqu’à quand ? Comment mettre des mots sur une aberration ? Que dire encore quand tout a été déjà dit et écrit à maintes reprises à s’en abimer les articulations des doigts ? Attendre sagement qu’une commission d’enquête soit créée ? Patienter que les résultats de cette enquête soient révélés ? Associer commission et enquête après une tragédie en Tunisie est devenu une blague dont tout le monde se gausse. Si vous voulez enterrer une affaire, créez une commission !

    Le fait est que la mort de Badr aurait pu être évitée. Le fait est que depuis 2016, le personnel a signalé la panne de l’ascenseur. Le fait est que l’hôpital n’a pu payer le prestataire faute de budget. Le fait est que rien n’a été fait depuis. Pas besoin de commission, pas besoin d’enquête pour désigner le responsable. Pas besoin de bouc émissaire qui prendra tout sur le dos afin de passer rapidement à autre chose sans que la situation ne change d’un iota.

     

    Une jeunesse sacrifiée, victime d’années de corruption, d’incompétence, de mauvaise gestion, d’impunité et d’indifférence. Des gouvernants naviguant à vue, adeptes des rafistolages, court-termistes, sans vision aucune, sans planification, sans stratégie. Des gouvernants ne se remuant que quand c’est trop tard pour jouer aux pompiers le temps d’un drame et retrouver tout de suite après leur légendaire nonchalance. Jusqu’à quand ? J’ai lu cette phrase quelque part : « La Tunisie assassine ses médecins par non-assistance à une santé publique agonisante ». Indéniablement, il s’agit d’un homicide. Des médecins jetés, sans équipements adéquats, sans moyens pour pratiquer, dans des hôpitaux qui tombent en ruine, sans entretien, sans maintenance, parce que d’autres n’ont pas fait leur part du travail, parce que l’Etat est démissionnaire.

    Vu comment ça se présente, comment la classe politique continue à se déchirer, un tableau noir se dessine et prédit l\’extinction de tout espoir de réforme. A moins d’un sursaut, ou d’un miracle, l’avenir de toute une génération est scellé, l’avenir de la Tunisie.

     

    Le décès du jeune médecin est une douloureuse métaphore de l\’ère de la chute que traverse le pays. La chute des valeurs et des principes. La chute d’un secteur public à l’agonie. La chute d’une classe politique grabataire et incapable de trouver des solutions. La chute d’une gouvernance qui arrive aux limites de ce qui est supportable. La chute de l’espoir… Badr est un martyr, comme d’autres avant lui, de la chute de l’Etat.

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *