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Pays arabes-Israël: Faire preuve de réalisme

 

Par Raouf Chatty *

La décision du Maroc d\’établir officiellement des relations diplomatiques avec Israël a pris les autres pays maghrébins de court.

Même chose pour la décision – presque concomitamment et illico presto – annoncée par le président des États-Unis d\’Amérique Trump reconnaissant solennellement la souveraineté du Royaume Cherifien sur le territoire du Sahara Occidental, au mépris des résolutions des Nations-Unies qui considèrent que cette question est l\’objet d\’un litige international non encore résolu. Les trois parties concernées estiment que ces décisions sont historiques et constituent pour elles un succès politique et diplomatique. Succès pour la monarchie marocaine et le peuple marocain qui ont toujours réclamé la souveraineté complète du Maroc sur « son » Sahara. Succès pour Israël et pour les États-Unis qui s\’ajoutent au deal du siècle avec les pays du Golfe. Ces succès sont  le résultat  d \’un travail  diplomatique discret, méthodique, méticuleux et efficace  accompli durant ces dernières  années   par les dirigeants  marocains et israéliens, relayés  fortement  auprès des décideurs  à Washington où Israël  bénéficie de l\’appui des lobbies, notamment le lobby juif  très puissant  auprès de la Maison Blanche, du  Congrès, du  Sénat, du Pentagone et du Département d\’État et dans les milieux médiatique, financier et des think tank.

 

 A quatre semaines du départ   du Président Trump de la Maison Blanche, et de l’arrivée de son successeur Joe Biden, ces décisions pourraient contribuer à consacrer une présence effective des États-Unis et d\’Israël au Maroc, au Sahara  Occidental  et indirectement  en Afrique du Nord  et à ancrer davantage le Maroc, comme un allié réellement  privilégié de l\’Occident.

 

Ceux qui croient que l’arrivée du  Président Biden à la Maison Blanche en janvier prochain  pourrait  changer cette nouvelle situation  pècheront par naïveté . Ils n\’ont pas idée de la façon dont se construisent les décisions stratégiques de politique étrangère aux États-Unis. Celles ci sont l’œuvre de l\’establishment et mettent la priorité absolue sur les intérêts stratégiques américains au delà de toutes les autres  considérations. Préparée dans le secret total entre les autorités des trois pays, le Maroc, Israël et les États-Unis, les décisions  sus visées  auront  certainement  des  répercussions  extrêmement importantes sur la cause palestinienne et auront un impact tangible au Maroc, Sahara Occidental inclu, en Algérie, en Tunisie, en Mauritanie, en Libye et  jusqu\’en Égypte, bref dans tout l\’espace politique de l\’Afrique du Nord, en Israël et même en Afrique sub-saharienne. Elles permettront aux États-Unis et à Israël de contrôler l\’Afrique sub-saharienne et d\’entraver les plans russes et chinois dans le continent africain, de plus en plus convoité.

En proclamant ces décisions  trois semaines avant la  fin de l\’année2020, année de tous  les soubresauts, le Maroc, Israël et les États-Unis ont-ils  bien choisi le timing  et le contexte appropriés ?

 

Oui, car ces décisions interviennent  dans un  espace maghrébin  déliquescent, mou, très  affaibli, usé par des problèmes politiques, économiques et sécuritaires  énormes. Les peuples de la région sont complètement esquintés par les déboires du « Printemps Arabe »,

 

Épuisés, ils vivent de plus en plus dans une confusion et dans une instabilité sans précédent et n’auraient d’autres choix que d’avaler la pilule, ne pouvant aller à contre courant  face aux  grands défis économiques, démographiques  et sécuritaires qu\’ils ont  à relever et qui nécessitent un grand soutien de l\’étranger.

 

En prise avec des difficultés énormes en tout genre, les Etats maghrébins semblent aujourd’hui incapables de réagir promptement à cette nouvelle situation qui changera à terme l’équilibre géopolitique de la région, ils n\’ont ni le temps, ni les ressources, ni les capacités, ni la volonté pour se faire. Tout porte à croire qu\’ils s\’en accommoderont probablement dans le cadre d\’un compromis négocié. Ils savent  bien, par ailleurs, que le Maroc n\’aurait jamais franchi le pas s\’il   n’était  persuadé que son environnement géopolitique  est actuellement  propice   à sa   décision ,  qu\’il a  y à gagner, et  que ces deux puissants   partenaires  lui apporteront leur  secours massifs en tout genre, en cas  de résistances, de graves menaces sécuritaires,  au Sahara Occidental  et  sur ses frontières avec son  voisin l\’Algérie.

 

La France, l’Allemagne, l\’Égypte, l\’Italie, l\’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis qui ont d\’excellentes relations avec ces trois pays étaient-ils au parfum ? Incontestablement.

Ils savent bien que ces décisions vont dans le droit fil de la politique américaine dans la région, avec le « grand New deal « qui a vu des pays du  Golfe nouer officiellement avec Israël.

 

Le Maroc avait -il pris soin d\’en informer les autres pays du Maghreb : la Tunisie, la Mauritanie, la Libye,…,le Secrétaire général de l’Union du Maghreb Arabe, l\’UMA dont le siège est à Rabat ? Probablement non.

On sait depuis longtemps que le Souverain marocain s\’est tourné vers l\’Union Africaine et faisait peu de cas de l\’UMA, qu\’il considère comme une entité sans âme, une bureaucratie, sans envergure.

 

Dans ces circonstances troubles et compliquées, plusieurs questions se posent :

 

1- Quelle sera l\’attitude de L\’Algérie vis à vis de ce nouveau Maroc? Elle avait depuis les années 70 du siècle précédent apporté son soutien entier aux populations Saharouis et s\’était toujours prononcée pour le Polisario et l\’indépendance du Sahara Occidental. S’accommodera- t-elle des changements géopolitiques qui vont s\’opérer à ses frontières, avec un nouveau Maroc mastodonte puissant et économiquement en émergence ?

Quelle sera son attitude quant à l\’existence de relations diplomatiques officielles entre Ie Maroc et Israël.., situation  qui pourrait un jour en cas de conflit ouvert avec le Maroc  faciliter une présence Israélienne à ses frontières ? L\’Algérie usée par une instabilité interne et une crise économique endémique, suite à la dégradation des prix des hydrocarbures ( 90 pour cent de ces recettes extérieures,)  a- t -elle aujourd\’hui la force pour réagir ou  agir?

 

Quelle sera l\’attitude de la France dans cette nouvelle situation géostratégique. Appuiera- -t-elle  l\’Algérie au détriment du Maroc ? Se rangera-t-elle du côté des États-Unis ? Gardera-t-elle une quelconque neutralité ? Quelle sera l\’attitude de la Tunisie qui sera directement impactée au premier chef dans sa sécurité et sa stabilité dans un environnement de plus en plus instable et ouvert à toutes les éventualités ? Se rangera-t-elle du côté de son puissant voisin sans se mettre à dos les États-Unis, et le Maroc et les pays du Golf ? Quelles sera l\’attitude de la Mauritanie et de la Libye ? Quelle sera l\’attitude de l\’Union européenne ?

 

Pour L\’Algérie, la Tunisie et la Mauritanie, la question qui se pose pour l\’heure est comment procéder pour préserver leurs intérêts et se préserver contre les aléas du futur ? Ces États pourraient-ils   continuer aujourd\’hui à s\’en tenir au logiciel du passé ?

 

1-S\’agissant de la cause palestinienne, la démarche adoptée dans le passé n\’a donné aucun résultat tangible tout au long des derniers 70 ans. Le rapport de forces est plus que jamais au détriment des Palestiniens.

 

Les récents développements au Moyen-Orient et dans le Golfe en relation avec Israël confirment le fait que la question palestinienne doit \’être examinée sous une nouvelle optique dans un cadre nouveau cadre de nature à permettre aux Palestiniens un tant soit peu d\’aboutir à l\’objectif recherché. Bref, il leur faut volonté   courage et force   et surtout réalisme pour  affronter les réalités en face …et savoir les contourner à leur profit. …

 

Tout en continuant de soutenir la cause des deux Etats, un pour les Israéliens, un autre pour les Palestiniens, il leur appartient de s\’inscrire à temps dans le logiciel de la nouvelle ère  et de négocier aujourd\’hui avant demain, un statut intelligent et crédible  avec l\’Etat hébreu, avec l\’appui des États-Unis  et  du nouveau monde Arabe, Égypte  ,Arabie Saoudite et Maroc en tête…

 

Quant à la Tunisie, à l\’Algérie, et à la Mauritanie quelle sera l\’attitude qu’ils pourraient prendre dans ce nouveau Maghreb qui sera métamorphosé par le statut du Grand Maroc. Là aussi, il serait  intelligent de faire preuve de grande sagesse et de courage et de ne pas  jouer l\’entêtement, la fuite en avant, en  voulant à tout  prix  brouiller les cartes , encourager les tensions, les  hostilités .Les choix non politiques  coûteront très cher à toute la région et la jetteraient dans l\’abime.

Une stratégie concertée, regroupant la Tunisie, la Mauritanie et éventuellement la Libye autour de l\’A Algérie est impérative pour négocier le nouveau statut du Maghreb avec le Maroc et les États-Unis en vue d\’anticiper d\’ores et déjà les difficultés qui pourront naître et essayer de les contourner.

 

Cette démarche réfléchie pourrait  associer ces pays maghrébins  avec les États-Unis et Israël dans une entreprise grandiose qui pourrait aider au développement de ces pays, et pourquoi pas  à terme  à la construction d\’un véritable marché commun maghrébin, préalable à une entité politique de toute la région de l\’Afrique du Nord. Dans cette stratégie, toutes  les questions sensibles et  épineuses pourraient être examinées  comme le statut des Saharouis du Sahara Occidental, les résolutions des Nations unies sur le Sahara Occidental, l\’avenir des relations entre l\’Algérie et le Maroc, les relations diplomatiques éventuelles entre les autres pays du Maghreb et Israël, les dividendes économiques que ces pays pourraient tirer de leurs  relations officielles avec Israël….et avec les États-Unis. Il s\’ agit aujourd\’hui non  prendre le train en  marche, mais  de le prendre à temps  et tant qu\’il est  temps d\’être pragmatique  en sachant se défaire des discours populistes  pour tirer le maximum de profit de la nouvelle situation en se rappelant le discours historique  prononcé  à Jéricho en Jordanie  en 1965 par le président Habib Bourguiba,  non écoutée à l\’époque, mais depuis ancrée dans les annales  de la diplomatie internationale comme l\’un des plus grands discours visionnaires de la seconde moitié du vingtième siècle.

 

* Raouf Chatty est ancien ambassadeur

 

 

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