L’année 2020 a été difficile pour les Tunisiens et pour le pays à tous les niveaux : santé, économie, politique etc..
Il est compréhensible de voir les gens pressés de la voir plier ses journées et déguerpir en laissant la place à une nouvelle année qu’on espère meilleure. Seulement, compte tenu des événements qui ont accompagné les premières heures de la nouvelle année, on peut dire que sur le plan politique du moins, l’année 2021 sera elle aussi difficile.
Pour faire court et donner un condensé de la situation politique, on dira que nous entamons la nouvelle année avec un président de la république qui se sent d’une autre planète, un gouvernement apathique avec un chef qui ne montre aucun signe de leadership, un Parlement éclaté, un parti Ennahdha qui est le premier parti politique dans le pays en pleine crise interne et un parti Qalb tounes qui est le deuxième parti représenté au sein du Parlement en pleine tourmente suite à l’emprisonnement de son président.
Le conseil de la Choura d’Ennahdha qui s’est tenu ce weekend et qui était censé aboutir à une solution concertée concernant la composition du bureau exécutif, dissout en mai dernier, n’a fait qu’exacerber les ancrages entre le président du parti islamiste Rached Ghannouchi et ses adeptes d’un côté et ses opposants du groupe des cent signataires de l’autre côté. Au lieu d’adopter une composition consensuelle comme prévu au départ, la choura islamiste est passé au vote qui a confirmé la fracture au sein d’Ennahdha. Les opposants ont certes marqué des points mais Ghannouchi garde toujours la main sur le nouveau bureau exécutif, même s’il doit se sentir frustré de perdre plusieurs de ses proches lieutenants. En effet, son gendre Rafik Abdesssalem, Anwar Marouf, Fethi Ayadi, Saida Lounici et Mohamed Goumani, pour ne citer qu’eux n’ont pas réussi à récolter les voix des cinquante votants nécessaires au sein de la choura, pour accéder au bureau exécutif. Le prochain congrès d’Ennahdha qui était prévu avant la fin de l’année écoulée et dont on ne connait plus la date précise risque d’être chaud et pourrait même aboutir à l’implosion du mouvement islamiste.
Quant au deuxième parti au sein du Parlement, Qalb tounes fort d’un bloc d’une trentaine de députés, se trouve dans l’œil du cyclone suite à l’incarcération de son président Nabil Karoui pour une sombre affaire de blanchiment d’argent et de fuite fiscale. Même s\’ils se veulent sobres et confiants, ses dirigeants n’ont cessé ces derniers jours de montrer des signes évidents de panique allant jusqu’à accuser les experts mandatés par la cour de faire le jeu des partis de l’opposition, notamment le parti Attayar.
Le plus grand défi pour le parti Qalb tounes se situe à deux niveaux. Le premier est en rapport avec l’absence physique de son président qui était omniprésent et qui a bâti le parti autour de sa propre personne. Au sein des dirigeants actuels du parti, on voit mal qui pourrait assumer l’intérim de Nabil Karoui ; un intérim qui pourrait se prolonger cette fois. Le second défi concerne la cohésion du groupe et la solidarité entre les membres du parti, notamment entre les membres de son bloc parlementaire. Qalb tounes s’est toujours targué d’être un parti pragmatique, sans idéologie. Il est temps maintenant de montrer que son choix est judicieux et viable. Habituellement, dans la tourmente, ce sont les partis idéologiques qui reposent sur un socle théorique solide qui résistent le mieux. Dans la pratique, Qalb tounes ne dispose pas de ces atouts. Au contraire il présente plus de risques d’éclatement que les autres partis d’autant plus que beaucoup de ses membres sont connus pour leur opportunisme politique. Certains ont même changé cinq fois d’appartenance politique durant cette dernière décennie.
On aurait aimé, nous aussi, abonder dans les vœux à l’eau de roses à l’occasion du nouvel an, mais les premiers indices politiques de l’année 2021 n’annoncent rien de bon.










