Bonne année 2021 à tous nos lecteurs, meilleurs vœux de santé et de succès.
Le mois de janvier a souvent été pour les Tunisiens un mois chaud. Les dates du 26 janvier 1978, du 3 janvier 1984, du 14 janvier 2011 demeurent encore dans les mémoires et symbolisent la colère du peuple contre sa classe gouvernante. Les tensions extrêmes trouvent généralement leur épilogue en ce premier mois de l’année, soit avec une cassure profonde caractérisée par des manifestations houleuses ; soit avec une solution acceptable qui calme les esprits et permet un retour à la normale.
En 1984, un discours télévisé de quelques minutes de Habib Bourguiba avait permis de renverser la vapeur et de transformer la colère populaire en « vivats ».
En 2011, les discours télévisés de Zine El Abidine Ben Ali n’ont rien pu faire. On a bien vu quelques « vivats », mais c’était du surfait.
En 2014, l’ANC a enfin pondu sa constitution, avec plus d’un an de retard, ce qui a calmé une tension extrême qui pouvait aboutir à une guerre civile.
En 2021, la tension est palpable un peu partout. A l’exception de la classe dirigeante, qui navigue dans d’autres airs, tout le monde la ressent cette tension. Y aura-t-il une explosion ? La réponse à cette question fait que le mois de janvier soit à la fois le mois de toutes les craintes et celui de tous les espoirs.
Qu’est-ce qui nous attend en ce janvier 2021 ? Une explosion ou une accalmie ? Les signaux sont bien contradictoires.
La même UGTT qui menace ici et là de grèves sectorielles et régionales est celle qui a pondu un projet de dialogue national pour calmer les esprits.
Les mêmes politiciens qui appellent à la réduction des prix pour préserver le pouvoir d’achat du consommateur sont ceux qui ont approuvé moult augmentations de produits à forte consommation. Exemple parmi d’autres, le prix de la bière qui a augmenté de 200 millimes ce qui fait de la bière tunisienne une des plus chères au monde. Les consommateurs de la blonde ne sont pas tous aisés, loin s’en faut, et ils sont bien à 200 millimes près, surtout que c’est la énième augmentation depuis 2011.
Les mêmes gouvernants qui appellent à ce qu’on reste chez nous et qu’on ne fasse pas la fête prennent l’avion pour passer le réveillon à l’étranger en croyant, naïvement, qu’ils pouvaient passer les frontières incognitos.
Le même président qui dénonce la corruption et la magouille est celui qui parle en énigmes et ne dévoile le nom d’aucun corrompu.
Les mêmes médias qui allument le feu s’interrogent d’où provient la fumée.
Au vu des signaux contradictoires ici et là, on ne sait plus quoi penser de ce mois de janvier 2021, s’il va être le mois de l’explosion ou le mois de la solution.
Pour calmer les esprits, rien de mieux qu’un débat national. C’est la solution imaginée par l’UGTT et validée par la présidence de la République. Rien n’est moins sûr pourtant, car ce débat national exclut, dès son entame, ceux que l’opinion publique (et la présidence) désignent comme étant des corrompus. Qui sont les corrompus ? Personne ne le dit clairement. Certains montrent les islamistes du doigt, d’autres les hommes d’affaires rentiers et d’autres encore les dirigeants de Qalb Tounes.
Un des maux qui rongent le pays est, sans doute aucun, la corruption. A un moment ou un autre, il faut se rendre à l’évidence et se dire que l’on doit tous, absolument tous, nous mettre autour d’une table pour regarder les problèmes en face et imaginer, ensemble, une solution réaliste et réalisable.
On ne peut pas faire un débat national et établir un plan national en excluant des membres de la société. C’est un peu comme si l’on voulait signer un traité de paix sans discuter avec son ennemi.
Si l’UGTT et la présidence veulent sauver le pays, elles se doivent de n’exclure personne et de rassembler tout le monde. Il ne saurait y avoir de solution sans parler avec les contrebandiers, les corrompus et la racaille.
Ici et là, on dit que la place de cette racaille est la prison. Soit. Mettez-les en prison !
Sauf que la réalité est toute autre. Notre racaille à nous se trouve à l’Assemblée nationale, elle se trouve dans les hautes sphères du pouvoir, elle se trouve(ait) au gouvernement (pensée au ministre de l’Environnement placé en détention il y a quelques jours), elle se trouve dans les grands groupes industriels et commerciaux.
Soit, on met toute cette racaille en prison et on entame un dialogue national entre personnes propres. Soit, on admet que nos systèmes politique et judiciaire sont incapables d’arrêter tout le monde et on se fait violence en s’asseyant autour d’une table avec les corrompus et tous ceux qui empoisonnent la vie publique tunisienne. C’est une évidence, c’est notre réalité, nos corrompus sont intouchables, car ils sont en train de gouverner le pays.
Le débat que s’apprêtent l’UGTT et la présidence à organiser est un débat hypocrite. La présidence veut éliminer Qalb Tounes, mais accepte que Ennahdha y soit. Or, et c’est un secret de Polichinelle, Ennahdha est cent fois plus corrompu que Qalb Tounes. On exige que Nabil Karoui soit exclu, mais on accepte que Seïf Makhlouf soit présent. Or Nabil Karoui est un évadé fiscal autant que Seïf Eddine Makhlouf. L’UGTT, organisatrice du débat, traine elle-même des casseroles et ne peut pas prétendre à la virginité.
Si Kaïs Saïed et Noureddine Taboubi veulent sauver l’année 2021, il est impératif pour eux de regarder la réalité en face, c\’est-à-dire d’admettre que nos corrompus sont intouchables, car ils sont en train de gouverner le pays. Il est impératif pour eux d’accepter cette amère pilule. S’ils veulent des solutions, et à défaut de pouvoir mettre toute cette racaille en prison, ils se doivent de réunir tout le monde, absolument tout le monde, autour de la table. Il est impératif pour eux de se conformer à la règle établissant que l’on ne peut faire la paix qu’avec l’ennemi. Toute autre solution sera de la littérature et de la poudre aux yeux qui ne feront que reporter le problème à plus tard.










