Nous sommes pris en tenailles dans une guerre totale entre les institutions de l’Etat. Préoccupant cheminement que prend la Tunisie. Petit à petit, l’expérience démocratique s’effiloche comme peau de chagrin face à des politiques qui, de par une incompétence notoire, une avidité du pouvoir destructrice et une déconnexion de la réalité du peuple, ont rendu la situation irrespirable.
De chagrin, chaque Tunisien ne pourra pas dire qu’il n’en ressent pas. De pessimisme aussi pour l’avenir d’un pays en déperdition. Crise économique, crise sanitaire, crise des valeurs, dérives policières, menace sur les libertés… la liste est bien longue pour l’égrener.
Pour arranger les choses nous nous débattons dans une énième crise politique, un énième blocage. Les deux têtes de l’exécutif campent sur leur position. Un bras de fer aux relents de vengeance et de défiance. Les optimistes diront que la Tunisie a toujours su s’en sortir, qu’au bord du gouffre on a toujours eu un sursaut de lucidité, qu’on a toujours fait preuve de résilience. Mais à quel prix ? Qui paiera les pots cassés ? Qui assumera les conséquences indélébiles d’un Etat torpillé dans ses fondements, d’un peuple qui a perdu confiance, de la montée en puissance, inévitable, des extrêmes et des fascismes ? Ceux qui disent que la démocratie ne nous réussit pas (de plus en plus bruyants ces derniers temps) s’en délectent, se frottent les mains et attendent patiemment de s’engouffrer dans la brèche. Hitler, parmi tant d’exemples, a utilisé les leviers démocratiques pour accéder au pouvoir. Il ne faut pas jouer au déni. L’histoire peut se répéter sous différentes formes possibles. On risque de se réveiller, trop trad hélas, avec une très sale gueule de bois.
Parce que la crise du remaniement est plus profonde que ça en a l’air. Mais revenons-y. Le président de la République est catégorique. Il a mis au tapis, jusque-là, toutes les tentatives de Mechichi et ses acolytes d’installer les nouveaux ministres. C’est avant tout une question de principe pour lui : pas question d’adouber des personnes soupçonnées de corruption. En sa qualité de garant de la constitution, il s’estime dans son droit. De l’autre côté, le douillet « coussin » du chef du gouvernement s’égosille à dire que le président a méchamment dépassé ses prérogatives, qu’il n’a d’autre choix que d’accepter la prestation de serment et qu’il serait bon pour lui de se contenter de jouir d’un rôle symbolique.
Le désormais fameux « Zakafouna », du chef de l’Etat a sonné comme une fin de non-retour. Mais encore, il apparait clairement que Kais Saied ne conteste pas seulement les quelques noms sur lesquels pèsent des soupçons, mais tout le processus. Il dit rejeter les violations commises sur la base d’un texte dont les dispositions sont inférieures à la constitution. Il s’agit du règlement intérieur du Parlement qui a permis aux ministres de décrocher le vote de confiance. Le président ne laisse aucun choix à toute la bande, surtout qu’il dit que s’il y a dialogue pour résoudre la crise, cela ne pourra se faire que dans le respect total de la constitution et des principes d’intégrité. Autrement, non pas avec l’actuel gouvernement en flagrante violation de la constitution et dont certains membres sont corrompus. Les conditions du président de la République sont limpides. L’après Mechichi se dessine pour lui. La boucle est bouclée. Que reste-t-il comme champ de manœuvre pour Hichem Mechichi. Un passage en force ? Cela ne fera qu’approfondir la crise et dépêcher le naufrage gouvernemental. Les jours à venir nous réservent une myriade de rebondissements.
Au-delà de ces bisbilles, on disait que la crise est plus profonde que ça en a l’air. Il s’agit tout bonnement d’un système politique qui a atteint ses limites jusqu’au point de la presque rupture. Un système politique hybride mis en place par la « meilleure » constitution au monde. Un système, où s’entremêlent les prérogatives des institutions, qui est en soi le premier facteur de blocage. Ajouter à cela un mode de scrutin aux innombrables inconvénients et nous voilà avec une bombe à retardement qui risque d’exploser au moindre couac. Une révision en profondeur s’impose. Il en va de notre avenir.
Le 6 février 2021 coïncide avec les 8 ans de l’assassinat du leader/symbole Chokri Belaïd. Un traumatisme vivace dans la mémoire collective. La blessure reste ouverte, béante plus que jamais et n’est pas prête à se refermer. Les commanditaires du meurtre, les assassins courent toujours et la quête de la vérité se perd, mais sa mémoire, ses combats vivent en nous. شكري فينا حي










