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2011-2021 : The lost decade

 

Par Khelil Laâjimi*

 

Il y a dix ans, un soulèvement populaire a renversé le régime du président Ben Ali. Une vague de contagion s’en est suivie dans le monde Arabe. Tout de suite les médias occidentaux ont salué le « printemps Arabe ». Erreur ! Il faut se rappeler la phrase prononcée par feu le président Caïd Essebsi au sommet du G7 à Deauville en 2011 : « Il n’y a pas de printemps Arabe, il y a un début de printemps tunisien ». Dix ans plus tard, seule la Tunisie avance encore dans la transition démocratique. Plusieurs responsables politiques, en Tunisie, insistent sur le fait que la transition démocratique a un coût. Toute la subtilité pour réussir cette transition serait de maintenir son coût inférieur à son prix. C’est une évidence mais il me semble que certains acteurs politiques du pays n’ont pas encore saisi cette subtilité. Sinon le processus échouera et les Tunisiens perdront les acquis de cette décade.

Une transition démocratique qui avance malgré les difficultés

Depuis 2011, la Tunisie avance dans sa transition démocratique ; élection de la constituante en 2011 ; adoption d’une nouvelle constitution en 2014 ; élections législatives, présidentielles et municipales en 2014, 2018 et 2019. Seule l’élection des membres de la Cour constitutionnelle connait un blocage depuis 2015. Ce blocage est à l’origine de la crise politique actuelle (refus du président de la République de recevoir les ministres pour prêter serment, pourtant adoptés par un vote du parlement, soupçonnés de corruption ou de conflit d’intérêts). Il y a différentes interprétations et chaque partie fait appel à des experts en droit constitutionnel pour trouver une solution à cette crise. En l’absence de Cour constitutionnelle, qui tranche les divergences d’interprétation de la Constitution, la prépondérance va au président de la République. Celui-ci rejette le remaniement ministériel. Il faut dire que ce remaniement a vu l’éjection de tous les ministres du clan du président, à l’exception des ministres de la Défense et des Affaires étrangères.

Aujourd’hui, la Tunisie est dans une impasse politique. Les parties campent sur leurs positions respectives. Et le passage en force pour ce remaniement ne fera qu’aggraver la crise. Il y a une absence de sagesse politique et une absence flagrante de raison d’Etat. Les appels respectifs des uns et des autres à descendre dans la rue risqueraient d’engager le pays dans la plus grande crise politique depuis 2011, plus grave que celle de 2013.

L’élection des membres de la Cour constitutionnelle devient une urgence pour arbitrer et éviter ce genre de blocage.

Un coût économique et social exorbitant qui risque de compromettre la transition démocratique

Sur les deux décennies précèdant 2011, la Tunisie a enregistré une croissance économique moyenne de 4,5% (4,7% plus exactement). Sur la période 2011-2019 la croissance moyenne a été de 1,9%. Avec la récession de 2020 (-8,8%) la décennie 2011-2020 se terminera avec une croissance proche de zéro. C’est, aux prix courants de 2020, l’équivalent de 55 milliards de dinars (17 milliards d’euros) de richesses carbonisées. C’est aussi l’équivalent de 100 000 emplois qui n’ont pas été créés soit environ 2,5 points de chômage (17,4% taux de chômage à fin 2020).

Aujourd’hui la marge de manœuvre budgétaire est inexistante. Le déficit et l’endettement publics sont à des niveaux très élevés, proches de l’insoutenabilité.

Que faire ?

La confiance est absente. Elle fait défaut. Aux niveaux politique et économique. La machine économique ne pourra en aucune manière redémarrer sans redonner confiance aux investisseurs.

Il ne faut pas se leurrer. Après une décennie de gestion laxiste, le temps est à la rigueur. On n’y échappera pas. Il vaudrait mieux se l’imposer soi-même, par une négociation franche où toutes les parties se mettraient autour d’une table pour se mettre d’accord sur un programme difficile qui demanderait des sacrifices à l’ensemble de la population, que se voir imposer un programme d’austérité dicté par les instances financières internationales qui mettrait le pays sous tutelle. On connait généralement l’issue de cette mise sous tutelle internationale. Il suffit de lire l’histoire économique contemporaine.

Au niveau politique, il faut faire appel à la sagesse et à la raison d’Etat. Les parties en conflit se doivent de faire des concessions pour aboutir à un compromis. C’est ça la politique.

L’enjeu est très lourd. L’expérience démocratique risque d’échouer. L’Histoire est là pour nous le rappeler. Alors pourquoi pas une mission de bons offices confiée au prix Nobel de la paix Houcine Abassi, artisan du dialogue national qui a sorti la Tunisie de la crise politique de 2013 ?

 

*Ancien ministre

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