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La Tunisie livrée aux fous

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    Il semble loin le temps où une grande partie du pays avait moqué son ministre des Affaires étrangères de l’époque, Ahmed Ounaïes, quand il avait donné sa célèbre citation sur le « vacarme des masses et les convulsions identitaires ». Pourtant, de citation ces paroles sont devenues prémonition au vu de ce que l’on constate sur la scène tunisienne.

    Que les virages des différents camps se calment, il ne s’agira pas ici de dire qui aurait tort ou qui aurait raison. Les différents protagonistes sont tellement obtus qu’ils ne peuvent pas envisager, ne serait-ce qu’une seconde, l’éventualité d’avoir le mauvais rôle dans ces histoires. Pour eux, la gesticulation est de l’action, et les vociférations sont des discours.

     

    Il y a eu un affrontement hier entre Abir Moussi et ses soutiens contre les membres et sympathisants de la coalition Al Karama. Comme à chaque fois, dès que Abir Moussi et Seif Eddine Makhlouf se trouvent à une distance de moins de dix mètres, ça explose. Ils se sont insultés, ils se sont invectivés, ils se sont poussés et au final, ils ont fait beaucoup, énormément de bruit.

    Le président de la République, Kaïs Saïed, brasse également beaucoup de vent. Il a organisé une rencontre hier avec le secrétaire général d\’Echaâb, Zouhair Maghzaoui et le secrétaire général du parti Attayar, Ghazi Chaouachi. Le chef de l’Etat avait des notes dans les mains pour parler, et pour faire de cette occasion une mini-adresse au peuple, comme d’habitude. Pendant plusieurs minutes, le président de la République a parlé, mais sans dire quoi que ce soit. Il a invoqué des images de grandeur, d’indépendance et de souveraineté sans faire le lien avec des faits, des postures ou des personnes. Des paroles lourdes mais qui ne sont accrochées à rien de réel ni de palpable.

    Quand le président dit qu’il ne souhaite pas le conflit, mais qu’il n’a pas peur de combattre et qu’aller sur le champ de bataille ne lui fait pas peur, de quoi parle-t-il ? Nous voulons bien le croire mais quel combat a-t-il déjà mené ? Qui cherche-t-il à impressionner en roulant des mécaniques comme cela ? « Cette voie est difficile et épineuse mais si nous ne craignons pas la mort, alors comment aurons-nous peur des épines? », pile le genre de phrases qui fait joli dans un discours, qui fait écho à un référentiel ancien, mais ne veut absolument rien dire. Les discours de Kaïs Saïed en sont truffés, mais sans réel impact.

     

    Ce climat de tension et de violence diffuses a amené plusieurs personnes, notamment sur les réseaux, à évoquer des spectres comme celui d’une possible guerre civile. Mais en Tunisie, nous n’en avons ni les moyens, ni les traditions, ni cette forme de « courage » qu’il faut avoir pour en venir à la violence affichée et déclarée. Ces invectives et ces violences ne sont que l’écho que fait le vide politique de ces gens quand ils sont frappés par les différentes crises de la Tunisie. Incapables de proposer ou de construire, ils se murent dans un brouhaha qu’il faut sans cesse alimenter et nourrir par de nouvelles polémiques, de nouvelles formules, de nouvelles batailles.

     

    Pendant ce temps-là, les crises sont innombrables en Tunisie. Une simple conversation avec l’un des intervenants économiques dans le pays, toutes activités confondues, est suffisante pour prendre conscience de la gravité de la situation. Des millions de personnes en Tunisie se retrouvent pauvres au vrai sens du terme. Des familles se nourrissent mal, le spectre de la famine pour certaines personnes n’est plus un fantasme mais bien une douloureuse réalité. La jeunesse tunisienne est opprimée par un système et un Etat qui n’ont pas bougé le petit doigt pour elle. Un rendez-vous décisif attend la Tunisie au printemps prochain lors des réunions du Fonds monétaire international. Nous y allons avec, pour l’instant, une notation en baisse, un demi-gouvernement, une situation sociale explosive et un conflit entre les trois présidences du pays.

    Au lieu de bouger, ils gesticulent. Au lieu de faire, ils défont. Au lieu de nous faire rêver, ils nous empêchent de dormir. C’est ce à quoi nous sommes aujourd’hui confrontés pour un mandat qui va être extrêmement long pour la Tunisie. Ils auront beau crier et faire du bruit, la réalité désastreuse dans laquelle nous nous trouvons est bien plus tenace, bien plus présente et surtout, bien plus silencieuse que leurs joutes à deux sous. Mais ça ne durera pas.

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