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La liberté de ne pas choisir

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    Une nouvelle tendance semble se dégager de la pratique politique tunisienne : l’obligation de choisir un camp, de se ranger du côté de l’un ou de l’autre. Au vu de la conjoncture actuelle, la question est de savoir si l’on est du côté des nouveaux destouriens sous la houlette de Abir Moussi, ou de celui des islamistes de Rached Ghannouchi.

     

    D’abord, il semble évident pour tous les membres de cette cabale que si l’on se refuse à faire un choix, on ne sert à rien. Parfois, on se retrouve qualifié de traître ou de lâche parce qu’on ne se jette pas corps et âme derrière Abir ou Rached. Toutefois, cette impérieuse injonction de déterminer un positionnement, cette mentalité du « avec moi ou contre moi » est la pierre angulaire du fascisme. Cette tendance, cette volonté de faire des classifications sommaires, de catégoriser les gens et les opinions, de prétendre opérer un « tri » dans les médias ou autres, est non seulement une bêtise intellectuelle mais aussi l’adoption du raccourci et du préjugé comme pratique politique assumée.

    La vie serait tellement simple si l’on pouvait répondre à toutes les questions par oui ou non, ou par, pour ou contre. Ce simplisme est le chemin qui mène vers le fascisme et le totalitarisme. C’est facile de mettre tout le monde dans le même sac et de prétendre détenir des vérités que personne ne connait. La grande Françoise Giroud disait : « Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : C\’est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l\’expulser ». Cette citation est d’une actualité saisissante au vu du contexte tunisien.

     

    Le problème est que les voix de la raison ont du mal à se faire entendre dans le royaume du vacarme permanent. Réfléchir et nuancer sont trop contraignants pour nos esprits fatigués et parfois, simplement limités. Certains vont même jusqu’à faire l’éloge de la bipolarisation, sans se rendre compte de son danger. La bipolarisation entre le Nidaa de feu Béji Caïd Essebsi et Ennahdha, à l’époque, avait fait des victimes comme Lotfi Nagdh. Il y a eu des agressions et des actes de violence qui auraient pu précipiter le pays dans une phase destructrice. La nuance et la mesure, justement, nous font réaliser qu’une victoire dans des élections ne vaut pas tous les sacrifices. Personne de sensé n’a intérêt à devenir le roi ou la reine d’un tas de cendres et d’ordures.

    Ceux qui ne voient pas d’avenir pour la Tunisie, ni avec les fascistes ni avec les dogmatiques, se retrouvent isolés car ils ne font pas assez de bruit. Ils sont assaillis de toutes parts par des jugements à l’emporte-pièce et des injonctions accusatrices. Les deux responsables de tous les maux du pays depuis bien plus d’une dizaine d’années deviennent aujourd’hui patriotes et prennent à témoins une opinion déconcertée. Ceux qui ont trahi la Tunisie, à différents postes, à différentes époques, se tournent aujourd’hui vers les honnêtes gens pour les qualifier de traitres parce qu’ils refusent de se ranger. Le pompon c’est que les deux se fâchent tout rouge quand on leur dit qu’ils ne sont que les faces d’une même pièce.

     

    Nous étions convaincus que nous méritons mieux que ce qui nous est proposé aujourd’hui. Mais apparemment, nous avons été bien trop ambitieux. Faire de la politique proprement, dans l’intérêt du plus grand nombre, sans haine et sans calcul est une chimère dans notre pays. La tension augmente chaque jour et le niveau de violence diffuse est inédit. Aujourd’hui, notre grand objectif est de sauvegarder ce que l’on a comme institutions, au lieu de réfléchir à améliorer la vie de chacun.

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