C’est au mois de ramadan que les productions rivalisent le plus pour attirer les téléspectateurs. Mais en ce ramadan 2021, la réalité a dépassé la fiction. Crise politique majeure. Les deux têtes de l’exécutif s’étripent. Aucune concession à l’horizon. Le blocage semble « indéblocable ».
Le chef du gouvernement refuse d’annuler le remaniement rejeté depuis des mois par le président de la République. Il n’y voit aucune raison, fort qu’il est du soutien, conjoncturel, de son coussin. Gare aux coussins ils ne peuvent rester douillets indéfiniment.
Le président de la République franchit une nouvelle étape en s’autoproclamant commandant suprême de toutes les forces armées, histoire de grignoter certaines des prérogatives de son judas d’ancien protégé. Histoire aussi d’envoyer un message clair aux islamistes, qui se découvrent, comme par hasard, une âme de protecteurs de la constitution, de la démocratie, des droits et libertés. Le Parlement, c’est toujours le Parlement. Le cirque se poursuit avec à sa tête l’homme politique le plus honni des Tunisiens qui tire les ficelles à n’en plus finir.
Et puis on a cette pandémie qui fait des ravages en Tunisie. Plus de 10 mille morts. Des milliers de personnes hospitalisées. Des services de réanimation saturés. Des familles endeuillées, d’autres qui pensent qu’il s’agit d’un complot mondial, pour qui gestes barrière et port du masque ne signifient absolument rien. Un gouvernement incapable d’appliquer les mesures sanitaires qu’il annonce, incapable de dispenser le vaccin à son peuple. Des familles appauvries, des secteurs entiers en berne, des entreprises qui suffoquent, une économie à bout de souffle et une dette nationale qui crève le plafond. Dans quelques semaines, la Tunisie ira quémander auprès du FMI de quoi se maintenir un peu à flot avant de sombrer. Nous sommes bien servis.
Comme si cela n’était pas assez suffisant, nous avons droit depuis une semaine à un feuilleton, à rebondissements certes, mais néanmoins de mauvaise facture. Le genre de feuilleton de série Z qui vous tient en haleine par son infinie médiocrité rien que pour le plaisir de s’en gausser. Le député islamiste radical, chercheur de trésors, pourfendeur d’espions, pare-chocs utile… Rached Khiari a lâché une bombe qui s’est vite retournée contre lui.
Au lendemain de la sortie du chef de l’Etat concernant sa prépotence sur les forces armées, Khiari nous sort une vidéo où il l’accuse de haute trahison, d’intelligence avec des parties étrangères et d’avoir empoché de l’argent, beaucoup d’argent acheminé via Western Union (!) pour financer sa campagne. Inutile de revenir sur les détails confus, à la limite du ridicule, le fait est que notre député est tombé dans son propre piège puisqu’il avoue avoir comploté pendant des mois avec des parties étrangères afin de nuire au chef de l’Etat. Le flagrant délit est établi quoiqu’en disent ses camarades députés d’Ennahdha qui lui cherchent une porte de sortie.
Depuis, il a été convoqué par le parquet militaire pour témoigner, mais il a pris la poudre d’escampette. Le fuyard n’a pas daigné présenter les preuves qu’il assurait pourtant détenir. Un mandat d’amener est naturellement lancé à son encontre. Et c’est là que l’orchestre des lamentations et de victimisation s’est emballé. Les Karama, Ennahdha et autres hurluberlus nous présentent Rached Khiari comme étant une victime, un simple civil jugé par le tribunal militaire pour avoir critiqué le président de la République. A un certain moment, il faudra quand même assumer ses actes. Le monsieur n’a PAS critiqué Kaïs Saïed, ça tout le monde le fait tous les jours sans être inquiété, il a porté à son encontre de très graves charges. Il accuse le chef des forces armées de compromission avec des puissances étrangères, de haute trahison tout en refusant de donner les preuves à la justice. Les islamistes découvrent donc que ce n’est pas bien qu’un civil soit jugé par un tribunal martial. Alors qu’ils sont au cœur du pouvoir depuis des années, aucun n’a bougé le doigt pour amender les lois en matière de justice militaire.
Pourtant, il y en a eu des civils qui sont passés par cette case pour moins que ça. Mais quand il s’agit de l’un des leurs -un individu qui n’a jamais caché son opposition aux droits humains et individuels, hostile à la civilité de l’Etat, aux accointances affichées avec les terroristes, qui a avoué avoir comploté avec des parties étrangères-, c’est une autre paire de manches. Et puisque cette histoire sert leurs intérêts dans la guerre avec Carthage, on force sur la victimisation, on utilise les leviers de la démocratie pour se sortir de ce pétrin, on se rappelle qu’on peut user de l’argument de la civilité de l’Etat et des principes des droits humains.
Que ceux parmi les socio-démocrates qui s’inquiètent du sort du député fuyard se souviennent des affaires qui trainent dans les tribunaux civils ne serait-ce que celles de Chokri Belaid ou Mohamed Brahmi, parce que la justice est un tant soit peu « garantie ». La question qui devrait se poser est qui tire les ficelles derrière Khiari ? Qu’ils aient à l’esprit que toute cette affaire n’est autre qu’un épisode de la guerre totale que se mènent Ennahdha et ses acolytes d\’un côté et le président et son entourage de l\’autre.










