« Le tabac fait plus de 8 millions de morts chaque année. Plus de 7 millions d\’entre eux sont des consommateurs ou d\’anciens consommateurs, et environ 1,2 million des non-fumeurs involontairement exposés à la fumée », selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pour réduire le nombre de décès liés au tabagisme, plusieurs pays se sont tournés vers la règlementation des produits alternatifs à la cigarette classique tels que la vape ou la cigarette électronique. La partie n’est, toutefois, pas encore gagnée. La désinformation et les contre-vérités qui circulent au sujet de ces produits alternatifs remettent, en effet, en cause leur efficacité dans la réduction des risques sanitaires et l’aide au sevrage tabagique.
Le professeur et doyen émérite de la faculté de Santé publique de l’Université de Michigan, Kenneth Warner, a, d’ailleurs, pointé du doigt une réticence des fumeurs adultes aux États-Unis à l’usage de la vape comme alternative à la cigarette classique en raison de l’emballement médiatique et une focalisation excessive des organisations américaines de santé et des décideurs politiques autour des risques que présente ce produit pour les adolescents et les enfants, cachant ainsi l’essentiel.
Intervenant à l’occasion de l’édition 2021 de l’E-Cigarette Summit qui s’est déroulée virtuellement les 25 et 26 mai, il a soutenu que dans leur démarche pour éviter aux jeunes les risques du vapotage, les autorités locales risquaient de décourager les adultes et les dissuader dans leurs tentatives d’arrêter la cigarette classique alors que les preuves scientifiques indiquent que ces produits alternatifs peuvent, en effet, pousser vers le sevrage tabagique.
Citant une récente étude, le scientifique a fait savoir que 70% des articles de presse au sujet du vapotage mentionnaient ses risques chez les adolescents et seuls 30% indiquaient ses avantages pour les adultes. Les préoccupations majeures des anti-vapotage sont, notons-le, axées autour des risques d’addiction à la nicotine chez les jeunes qui n’ont jamais fumé et un éventuel penchant pour le tabagisme du fait de l’utilisation de la vape.
Ce battage médiatique a, selon Pr. Warner, conduit à de la désinformation auprès des vapoteurs aux États-Unis dont 1/8 pense que le vapotage est aussi dangereux que la cigarette. « Pourtant, il a été démontré que 15,1% de ceux qui utilisent la vape ont arrêté la cigarette au bout de six mois alors que seuls 3,3% de ceux qui utilisent d’autres produits alternatifs et 6,6% de ceux qui n’utilisent aucun produit de sevrage tabagique ont laissé tomber la cigarette après cette même période ».
Dans sa présentation Kenneth Warner a, également, exposé un ensemble de recommandations afin de pallier cette problématique. Il a proposé, dans ce sens, une taxe plus importante sur les produits de vapotage afin d’une part éviter aux jeunes de devenir accro à la nicotine et d’autre part encourager les adultes à adopter ces produits pour ainsi réduire les risques liés au tabagisme.
Il a, aussi, préconisé la règlementation de la publicité sur la e-cigarette et la commercialisation des produits de vapotage pour les vendre uniquement aux adultes.
Pr. Warner n’a pas manqué de souligner la nécessité de mettre en œuvre le plan de la Food and Drug Administration (FDA) sur la protection des jeunes contre le tabagisme. Ce plan inclut, notamment, des restrictions sur l’accès des jeunes au tabac, la lutte contre la vente des produits tabagiques aux jeunes, et leur sensibilisation aux risques du tabac, y compris les cigarettes électroniques, classées par l’OMS comme produits nocifs pour la santé, surtout chez les enfants et les adolescents, même si les preuves ne sont pas sûres.
Dans un rapport paru en janvier 2020, l’agence onusienne admet, en effet, que l’impact à long terme de l’utilisation de ces produits demeurent méconnus. Elle ajoute, également, qu’il est difficile d’établir un bilan définitif sur le degré de nocivité des produits alternatifs en comparaison avec le tabac classique.
En plus des politiques et règlementations américaines sur la cigarette électronique de par l’impact mondial qu’elles pourraient avoir dans les années à venir et du rôle des produits alternatifs au tabac dans la réduction de l’addiction à la cigarette classique, le E-Cigarette Summit 2021 a été l’occasion d’exposer une analyse des preuves empiriques et données scientifiques disponibles ainsi que les stratégies susceptibles de réduire les décès liés au tabagisme.
Neal Benowitz, médecin universitaire américain et professeur de médecine à l\’Université de Californie à San Francisco, a, lui, dressé un tableau comparatif exposant les effets de la cigarette classique sur la santé d’un côté et de l’autre ceux de la e-cigarette.
Notant d’abord que les études épidémiologiques sur les effets de la cigarette électronique sont méthodologiquement difficiles du fait, entre autres, du lent développement des maladies liées au tabagisme – qu’il s’agisse d’utilisation de cigarette classique ou de vape – et d’une éventuelle utilisation de la cigarette électronique par des anciens fumeurs dès l’apparition de symptômes pathologiques liés à la cigarette classique, Pr Benowitz a, surtout, soutenu que la quantité de matières potentiellement toxiques demeurait, largement, plus importante dans l’aérosol du tabac traditionnel en comparaison avec celui de la e-cigarette.
« Des études menées sur les effets de la e-cigarette ont démontré que les troubles respiratoires étaient devenus moins fréquents chez les utilisateurs de la vape, exclusivement, (des anciens fumeurs, en majorité). Certains ont rapporté, également, que leurs fonctions pulmonaires et musculaires se sont améliorées », selon le scientifique.
La cigarette conventionnelle présente, rappelons-le, des risques considérables sur la santé de par son mode de consommation qu’est la combustion. Les substances nocives innombrables présentent dans la fumée sont, d’ailleurs, considérées comme les principaux responsables des nombreuses maladies et cancers qui se développement chez les ou anciens fumeurs.
La e-cigarette présente, elle, un intérêt majeur pour les fumeurs du fait du taux largement réduit de ces substances dans l’aérosol que dégage la vape. Et même si les effets à long terme d’une utilisation soutenue de ces produits demeurent méconnus, ils peuvent être considéré comme une alternative pour arrêter de fumer surtout que l’on peut s’attendre à une réduction des risques en comparaison avec le tabac classique.
Nadya Jennene










