Les syndicats de l’information, représentés par le SNJT, la Chambre Nationale des Chaînes de Télévisions Privées, le Syndicat national des radios privées, la FTDJ, l’Union Tunisienne des Médias Associatifs, la Fédération générale de l’Information et l\’Association d\’appui au Conseil de Presse, ont adressé le 1er juillet 2021, une lettre à l’ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, exprimant leur mécontentement quant à la marginalisation systématique qu’ils subissent lors de la planification, de la mise en œuvre, du suivi et de l’évaluation des programmes d’appui au secteur des médias.
Les syndicats ont déploré le manque d’implication des structures représentant les médias dans le Projet d’Appui aux Médias en Tunisie (PAMT) financé par la délégation de l’Union Européenne à Tunis.
« Dotée d’une enveloppe budgétaire conséquente, la première phase du projet, clôturée en novembre dernier, présente un bilan très mitigé. Les médias publics ont certes bénéficié de plusieurs formes d’appui tout comme les journalistes et les médias dans les régions. Mais à notre connaissance, aucun bilan public n’a été tiré de cette phase, les recommandations, les bonnes pratiques issues de l’évaluation finale étant à ce jour inaccessibles. Aucune information n’a filtré, aucun atelier de restitution n’a été organisé pour les partager et mener ainsi un dialogue inclusif et apaisé pour que le PAMT 2 soit plus en phase avec les besoins du secteur que nous représentons. Pis encore, aujourd’hui nous nous alarmons de voir le PAMT 2 cultiver sciemment l’opacité autour de ses priorités et de sa stratégie d’action. A bientôt quatre mois d’existence, le projet est complètement invisible pour le secteur médiatique tunisien sauf à travers les informations avérées faisant état de tensions internes à tous les niveaux entre les membres du Consortium en charge de mettre en œuvre le projet. Les luttes intestines sur fond de répartition et d’accaparement des enveloppes budgétaires sont de notoriété publique et nous attristent énormément. Le secteur des médias en Tunisie est déjà en train d’en faire les frais » soulignent les syndicats.
Ils ont lancé un appel à tous les acteurs impliqués dans l’appui aux médias en Tunisie et en premier lieu la délégation de l’Union Européenne à Tunis, afin de replacer la redevabilité, la transparence, les principes de bonne gouvernance et l’inclusivité au cœur de leurs actions et d’ajuster leurs engagements actuels et futurs en conséquence. Les syndicats ont enfin appelé l’ambassadeur de l’Union européenne à organiser une réunion d’urgence avec une délégation représentant les médias pour lancer d’une concertation transparente et inclusive sur les besoins et les attentes du secteur médiatique en Tunisie.
L’ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, Marcus Cornaro, a expliqué dans sa réponse datée du 14 juillet 2021, que le PAMT 1 s’adressait prioritairement aux médias publics.
« Notre approche de mise en œuvre privilégie la flexibilité et l’adaptation permanentes aux besoins a su s’adapter. Ainsi, le SNJT et la FTDJ, par exemple, n’étaient pas des bénéficiaires initiaux du programme, mais ont pu bénéficier de certaines activités. L’Union Tunisienne des Médias Associatifs et le futur Conseil de Presse ont également été des bénéficiaires du programme, en particulier à travers le programme de subvention du PAMT 1 » a-t-il précisé.
Marcus Cornaro a ajouté qu’une évaluation intermédiaire du PAMT 1 a été menée de manière indépendante et a donné lieu à une restitution et des échanges publics, le 25 avril 2019 à Tunis. Sa synthèse a été transmise aux membres du groupe de coordination médias.
L’évaluation finale du programme, explique-t-il, s’est déroulée au mois de mars et avril de cette année et en raison du contexte sanitaire, cette évaluation s’est faite en distancie sur base notamment d’une large enquête en ligne qui a été adressée à plus de 1200 intervenants. Le rapport final de cette évaluation indépendante a été partagé à ce stade avec les partenaires de mise en œuvre.
« La deuxième phase du programme s’inscrit dans un contexte plus large d’appui à la gouvernance économique de l’UE à la Tunisie et a pour objectif global de permettre au public de prendre des décisions éclairées sur les questions socio-économiques affectant leur vie, et de participer plus activement au débat démocratique. Ce nouvel appui, d’une durée de cinq ans, ciblera l’ensemble des parties prenantes du secteur des médias, animé par la volonté constructive d’atteindre l’objectif général susmentionné. Il proposera de l’appui en expertise en recherchant les meilleures synergies, à permettre au secteur de développer des meilleurs modèles économiques, normes professionnelles, niveaux de déontologie et de bonnes pratiques nécessaires, afin d’assurer son rôle d’outil de veille de la démocratie, ainsi que sa propre redevabilité envers les citoyens. Un contrat d’assistance technique a démarré le 11 mars dernier suite à un appel d’offres lancé en conformité avec le Règlement Financier de l’Union européenne. Ce projet est mis en œuvre par un consortium composé d’organisations spécialistes des médias et de son développement (CFI, ANSA, Article 19, Deutsche Welle Academie, France Médias Monde, INA, Thomson Media). Ce consortium, de professionnels des médias, a la totale confiance de la Délégation de l’Union Européenne en Tunisie. Le démarrage en cours de cette assistance est progressif et permettra d’installer le dispositif interne de mise en œuvre du projet » a précisé l’ambassadeur de l’UE en Tunisie.
M. Cornaro a enfin confié qu’une communication sur les principaux résultats attendus et axes du programme sera progressivement déployée à l’issue de sa préparation qui est en cours et qu’une série de consultations participatives, auxquelles seront conviés les représentants tunisiens du secteur des médias, sera organisée.
M.B.Z










