Devisons dans le clame, parce que depuis quelques jours c’est la débandade. Le 22 septembre, le président de la République dévoilait, enfin, son plan d’action. Stupéfaction, effarement, surprise, lamentations ont suivi l’annonce présidentielle. Ce qui est étonnant, c’est que tout cela nous pendait au nez depuis longtemps. Le professeur de droit constitutionnel, puis le candidat et enfin le Président Saïed ne cachait pas ses intentions.
Est-ce du fait d’une mémoire courte, un mal dont souffrent indéniablement les Tunisiens, ou d’une sorte de déni face à des énormités, ou encore parce que pratiquement personne de la classe politique ne le prenait au sérieux jusqu’à tout récemment…
Pourtant, Kais Saïed a bien annoncé la couleur il y a belle lurette. Il porte une vision et un projet politique exposés à différentes occasions. Il était très clair sur la marche à suivre s’il accédait au pouvoir. Ceux qui se disent étonnés et choqués aujourd’hui, on fait montre d’amateurisme et surtout d’un mépris hautain à l’égard d’un personnage atypique, en dehors du cercle de l’establishment, et qu’ils pensaient, donc, inoffensif. Les sondages le donnaient en tête des intentions de vote ? Balivernes, c’est truqué. Il passe au deuxième tour ? C’est un naïf, il est là par accident, on va en faire notre pantin et le manipuler à souhait. Devenu président, il menace à maintes reprises de lancer ses fusées constitutionnelles ? Qu’il essaie, il ne pourra rien faire… C’était mal connaitre le personnage : inflexible, obtus et déterminé à en découdre avec tout le système. Et quand je dis tout, c’est vraiment tout.
Que nous disait Kais Saïed avant même qu’il ne soit chef de l’Etat ? Un petit retour en arrière s’impose pour que la grille de lecture soit claire et que les « étonnés » se réveillent enfin de leur étonnement.
Tout d’abord, il faut savoir que Saïed a exposé son projet depuis 2011. L’enjeu fondamental est la mise en place d’une nouvelle pensée politique traduite par un texte constitutionnel adéquat. Durant sa campagne « explicative », le candidat énonçait tous les éléments de langage qu’il reprenait en étant président. Et tenez-le-vous pour dit, il avait annoncé sans détour que lorsqu’il sera élu, il procèdera à l’amendement de la constitution pour notamment une refonte du régime, la fameuse démocratie directe. Cela implique l’annulation des élections législatives telles qu’on les connait et que ça parte du local vers le national en passant par le régional (mode de scrutin indirect). Cela implique aussi un chef de l’Etat élu au suffrage direct et aux pouvoirs étendus. Ce qui, selon la vision de Saïed, garantirait une gouvernance transparente et efficace. D’un revers de main, il écartait les limites des prérogatives présidentielles dans la constitution de 2014. Il disait que le moment venu, il fera le nécessaire selon la volonté du peuple… Et qu’est-il arrivé le 25 juillet et le 22 septembre ?
Il était presque inaudible auprès de la scène nationale, médias, organisations, partis… Tous ont fait fi de l’évidence même. La plupart des partis pensaient le maîtriser tablant sur l’absence d’une assise parlementaire du Président. Certains qui ont tenté de l’amadouer et de l’encourager à « faire quelque chose », s’en mordent aujourd’hui les doigts. Tous oublient que Sa Majesté pense (et l’a dit aussi) que s’en est fini du rôle des partis politiques, que leur temps est révolu et qu’ils sont voués à disparaitre. Il n’envisage pas de dissoudre les partis, mais il est convaincu qu’une nouvelle configuration mènera à tourner cette page. Toutefois, en ce qui concerne les associations ce serait l’hécatombe s’il venait à concrétiser son projet. Les considérant comme étant des outils d’ingérence dans les affaires internes, il aimerait bien mettre fin à leur financement.
Au final, Kais Saïed n’a pas renié sa vision. En devenant président de la République, il n’a pas hésité à lancer des avertissements, mais nous avions continué à ne pas y prêter attention. Mais encore, la classe politique n’a fait, depuis 2019, que de lui créer toutes les conditions optimales pour qu’il mette en œuvre son projet.
Ce qu’a accompli Kais Saïed le 22 septembre n’est autre que la manifestation de sa vision. Une Tunisie qu’il voit comme un laboratoire pour ses idées et dont on sera les cobayes. Cette affaire était bien sous nos yeux, mais nous avions semble-t-il été frappé de cécité pour feindre aujourd’hui l’étonnement. Ce qu’il vaudrait mieux faire, c’est de limiter la casse et maintenir la pression. Un retour au système pourri d’avant le 25 juillet n’est pas envisageable. Nous sommes bien passés à une nouvelle étape et dans toute nouvelle configuration les luttes doivent s’organiser en ne se trompant surtout pas d’ennemi.










