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Le plus dur pour Bouden sera de gérer le président de la République

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    Par Sofiene Ben Hamida

     

    Encore une fois, il a fallu attendre la publication du communiqué de l’Elysée pour avoir une idée globale sur le contenu de la conversation entre les présidents français et tunisien. En effet, le communiqué de la présidence tunisienne semblait trop édulcoré et prendre les Tunisiens pour ce qu’ils ne sont pas, ou peut-être si : des canards sauvages.

    A croire le communiqué tunisien, l’essentiel de la conversation téléphonique entre Kaïs Saïed et Emanuel Macron a tourné autour de la pandémie de la Covid-19 et la question migratoire.  Cette dernière question a eu droit à quelques mots évasifs à la fin du communiqué de la présidence française, alors que la situation sanitaire y a été totalement escamotée.

     

    Par contre, dans son communiqué, l’Elysée a indiqué que la conversation entre les deux présidents s’est attardée sur la situation politique et institutionnelle en Tunisie. Il a même dévoilé une information qui n’a jamais été annoncée auparavant sous forme d’un engagement du président tunisien qui « a indiqué que le gouvernement serait formé dans les prochains jours et qu’un dialogue national serait lancé dans la foulée ».

    On aurait pu économiser beaucoup de tensions si cet engagement, fait au président français, avait été annoncé quelques jours plutôt aux principaux intéressés, c’est-à-dire les Tunisiens. Mais il semble malheureusement que le président tunisien méprise ces Tunisiens, et surtout leurs élites, tout en continuant de se référer aux désirs d’un peuple au profil indéfini, qu’il confond, parait-il, avec ses propres désirs. Le déficit communicationnel flagrant du système Kaïs Saïed, son caractère propagandiste ainsi que l’attitude hautaine du locataire de Carthage, découlent précisément de ce mépris envers les Tunisiens et leurs élites, qui combien même elles ne sont pas exemptes de reproches, ne méritent pas ce traitement improductif et ne servant en rien les intérêts du pays.

     

    Dans un pays réellement démocratique, apprendre une décision aussi importante que l’organisation d’un débat national par une source étrangère aurait créé un scandale politique. Il n’en sera rien en Tunisie, habituée à toutes les formes de dépassements et où la politique a perdu, depuis longtemps, tous ses repères. Il y a à peine quelques semaines, la chancellerie allemande n’a-t-elle pas recadré la présidence tunisienne après un communiqué erroné suite à un entretien téléphonique entre Kaïs Saïed et Angela Merkel ? Mais dans un pays de plus en plus amorphe, les réactions se font attendre, hormis quelques voix récalcitrantes qui ne cessent de dénoncer l’absence d’un porte-parole de la présidence et de rencontres périodiques aves les médias afin d’informer correctement la population.

     

    A première vue, l’accès des Tunisiens à l’information ne va pas s’améliorer avec la nomination de la nouvelle cheffe de gouvernement, Nejla Bouden. Presque une semaine après sa nomination, elle se mure toujours dans un silence qui ne présage rien de bon. Aucune déclaration à la presse, aucun message à la population qui devra se contenter d’un tweet et de quelques photos très officielles. A croire que Mme Bouden adoptera la même attitude négative envers les médias que son président.

     

    Espérons qu’il n’en sera pas ainsi pour l’intérêt du pays, le respect des citoyens ainsi que pour le succès de sa mission. Pour ce faire, elle ne doit pas limiter l’action de son gouvernement à la lutte contre la corruption et à la réponse aux besoins naturels des Tunisiens. Elle doit aussi et surtout réussir à contenir et à gérer son président, le convaincre de déléguer quelques unes de ses prérogatives, tempérer ses ardeurs discursives, accepter la diversité, et assumer pleinement son rôle de président rassembleur et fédérateur. Cette mission sera sa mission prioritaire et impactera l’ensemble de son action gouvernementale.

     

    Vaste programme, mais prions pour qu’elle réussisse. La cheffe de cabinet présidentiel a bien montré le chemin, alors pourquoi la cheffe de gouvernement ne ferait-elle pas de même ?

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