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Il faut recadrer le Président Saïed

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    On s’est bien gaussé à travers les réseaux sociaux sur les lacunes manifestes du Président Kaïs Saïed en matière économique. Et, s’il devait y avoir une urgence plus qu’une priorité pour Nejla Bouden et son gouvernement, ce serait de recadrer l’attitude et les prises de position du président de la République en la matière. L’économie du pays souffre déjà de mille maux. Il ne faudrait pas qu’il en rajoute. La lutte contre corruption, la fraude, la contrebande, la spéculation qu’il a résolument engagée ne doit pas se transformer en frein de l’activité économique. Autrement dit, il ne faut pas que les bonnes intentions puissent permettre toutes les dérives. Malheureusement, les exemples se multiplient en faveur d’un tel scénario.

     

    La mise en scène de la visite surprise dans un entrepôt frigorifique pour y dénoncer, à l’occasion, toutes velléités monopolistiques ou spéculatives sur les produits agricoles versait plus dans le populisme qu’elle ne traduisait une vision claire pour améliorer la chaîne de valeur de la production agricole. Le chef de l’Etat ne s’est focalisé que sur un seul maillon de la chaîne, ne voyant dans le stockage des denrées agricoles, et par extension tout stockage de produit de consommation, que des tentations spéculatives, oublieux par ignorance le fait que c’est d’une part un élément-clé de régulation du marché et d’autre part une variable-clé d’ajustement de l’activité d’une entreprise. Du coup, tout opérateur qui stocke devient suspect.

     

    Cela étant, il ne serait pas étonnant que l’activité de vente-achat de récoltes sur pied subisse de fortes perturbations. Certains patrons de sites frigorifiques ont préféré d’ailleurs mettre en veilleuse leur activité sinon de l’arrêter totalement que d’affronter le climat de suspicion qu’a créé autour d’eux le Président Saïed. Que dire alors du sentiment des agriculteurs et particulièrement des petits agriculteurs s’ils voient dans cette perspective l’éventualité d’un pourrissement de leur récolte sur pied et partant une réduction de leur revenu pire que celle qu’ils subiraient dans un climat spéculatif.

    Kaïs Saïed devrait se garder de cette facilité qui consiste à se fabriquer une vision cohérente avec peu de données qui, de surcroît, vont dans le même sens au lieu et place de tenir compte de beaucoup de données même si certaines peuvent paraître contradictoires ou hors sujet.

     

    A cet égard, la sortie du chef de l’Etat sur les critères qui fondent le jugement des agences de notation constitue l’exemple type d’une attitude totalement contreproductive. Certes, le doute est permis. Il n’en est pour preuve que la crise financière de 2008  pour s’en persuader. Les agences de notation en portent une large responsabilité. Plus récemment, c’est le scandale ayant secoué la Banque mondiale au sujet de manipulation des données dans l’élaboration du Rapport annuel de Doing Business sur le climat des affaires dans le monde afin de favoriser le classement d’un pays et de dégrader un autre. Un scandale qui a mis sur la sellette l’ancienne Directrice générale exécutive et actuelle Directrice générale du FMI, Christina Georgieva et une flopée de dirigeants de l’institution financière multilatérale. A telle enseigne d’ailleurs que le Comité d’éthique de la Banque mondiale a décidé d’arrêter définitivement la publication de ce Rapport annuel qui chaque année en cette période-ci était attendu par tous les gouvernements et les communautés d’affaires de par le monde. En 2018, on a manipulé les données concernant la Chine pour maintenir son classement au lieu de la dégrader pour la simple raison qu’il fallait ménager les autorités chinoises qui s’apprêtaient à contribuer à l’opération d’accroissement des ressources de la Banque de 16 milliards de dollars. Plus récemment, c’est l’Arabie Saoudite qui a eu les mêmes faveurs dans le Rapport de 2020. Le royaume wahhabite est un gros contributeur des fonds destinés à couvrir les dépenses des missions d’assistance technique de la Banque.

     

    Pour autant, Kaïs Saïed pouvait-il se permettre un tel écart en mettant en doute la crédibilité de telles institutions, oublieux qu’en dépit de tout, celles-ci demeurent toujours aussi puissantes qu’influentes. En un mot : intouchables. La « Real Economic » l’exige à l’instar de la « Real Politik » qui avait cours durant la Guerre froide. Particulièrement à un moment où le pays est financièrement aux abois.

    Sans aucun doute, il faut recadrer Kaïs Saïed. Son prosélytisme en matière économique est dangereusement contre-productif.    

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