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Défendre des principes, mais ni compatir ni oublier

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    Cette histoire avec Noureddine Bhiri commence à bien faire. Que l’on se le dise, les autorités auraient dû procéder autrement. Les soupçons qui pèsent sur le gus ne sont pas anodins. La justice devait prendre son cours. Mais le temps judiciaire n’étant pas le temps politique, le pouvoir en place a cru bon de bousculer les choses en l’arrêtant sur la base du décret du 26 janvier 1978. Le timing, la situation politique floue, où l’hégémonie présidentielle se précise, ont fait envenimer le climat. Ajouter à cela la machine bien rodée de la victimisation nahdhaouie et la mayonnaise a bien pris pour les islamistes. Ce sont les héros de la semaine. Incontestablement. Ils en ont fait des tonnes et ils sont dans leur élément, mais aussi dans leur droit. En politique, tout est bon pour taper sur l’adversaire surtout quand celui-là fait montre d’un amateurisme consternant, quand il ne calcule pas les conséquences du moindre de ses actes.

     

    Défendre des principes et le respect des procédures ne veut pas dire compatir. A la crise des valeurs qu’on traverse (des gens sont immondes et souhaitent la mort à d’autres) s’ajoute un glissement des notions, des idéologies, une désorientation, une certaine lucidité évanouie, et une distance que d’aucuns devraient garder. Pour aborder la chose politique, il faut savoir où se situer, avoir une vision globale, analyser la situation à tête froide, exclure le pathos au bénéfice du logos. Il faut être au fait des dessous et des ramifications de l’Histoire, même toute récente, comme outil qui permettra une grille de lecture cartésienne. D’aucuns sont donc frappés par un nouveau mal, une sorte de « déconcertitude » aiguë. Concentrés sur un seul problème (ici le Président en l’occurrence), ils en viennent à jouer le jeu des islamistes, à leur donner une aura de légitimité, à leur offrir une nouvelle virginité. L’aubaine pour ces énergumènes qui savent très bien comment en tirer profit, jusqu’à ce qu’ils atteignent leurs objectifs et qu’ils mordent en premier les « déconcertés » précités.

    On ne peut mettre cette belle machine qu’est notre cerveau en mode amnésie, parce qu’on s’oppose à un état des lieux, momentanément, problématique (j’insiste sur l’évanescence). C’est bien dommage.

     

    Quoique disent les acolytes de Noureddine Bhiri, il a été arrêté sur la base d’une procédure, controversée certes, mais légale et que les autorités ont toujours appliqué. Il se trouve qu’Ennahdha a régné pendant les dix dernières années. Cependant, le mouvement, ses parlementaires, ses ministres, notamment celui de la Justice, n’ont exprimé aucune opposition contre cette mesure. Ils ont même justifié son maintien, les abus et les arrestations, et n’ont pas ressenti la nécessité d’amender le texte. Pourquoi ? Pour en user comme une épée de Damoclès brandie à la tête de leurs ennemis. Ils se pensaient tenir le gouvernail pendant un bon bout de temps. Ils ont été fauchés bien net dans leurs rêves de suprématie et la magie s’est retournée contre le magicien. Qu’ils hurlent aujourd’hui à l’injustice ou qu’ils contestent cette procédure, n’est que pure hypocrisie.

     

    Un ami qui m’est cher me jette souvent ces derniers temps, au gré de nos discussions, le qualificatif facho. Il se trouve que je ne suis pas très adepte du concept de l’Art pour l’art. Autrement de défendre un Bhiri pour le principe de défendre, sans autre considération politique ou contextuelle que de défendre.  Tout ce remue-ménage autour du personnage, toutes les contorsions de ses acolytes doués en scénographie tragique, n’ont pour seule finalité que de l’extirper d’une belle mouise dans laquelle il s’est enfoncé lui-même. Il ne s’agit pas pour eux de défendre les beaux principes de démocratie et de liberté, ça c’est à géométrie variable. Il s’agit de se prémunir et d’éviter que la boite de Pandore ne s’ouvre enfin.

    Dix ans durant lesquelles on a vu des gens jetés en prison sans autre forme de procès à en mourir. Dix ans qu’aucune réforme de la justice n’a été entreprise, qu’un ministre arrogant et sûr de sa mainmise a défié ses détracteurs, que des juges ont été limogés parce que pas très conciliants et d’autres nommés en récompense d’une allégeance, que des affaires sont reportées à l’infini, que des non-lieux sont prononcés pour des assassins notoires, que des affaires sont étouffées, que des terroristes sont libérés, que des preuves s’évanouissent dans la nature…

    Les personnes, décontenancées par les récents événements, devraient s’en souvenir.

    Non, les péripéties présidentielles ne seront pas abordées dans ce papier. A chaque jour suffit sa peine.

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