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Pass vaccinal – Deux semaines de bonheur pour les antivax

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    Cela fait exactement deux semaines que le pass vaccinal est entré en vigueur conformément au décret présidentiel du 22 octobre 2021. Son application, elle, ne fait toujours pas partie des mœurs. Ce qui n’est guère une surprise : les autorités tunisiennes ont décidé de lancer le protocole sans préparatifs, et surtout sans aucune campagne de sensibilisation digne.

    Se rendre compte de la bêtise n’a pas tardé. Le jour même de l’entrée en vigueur du pass vaccinal – le 22 décembre 2021 – et au vu des files interminables devant le centre informatique du ministère de la Santé et le crash sur la plateforme Evax, des membres du Comité scientifique ont fait le tour des plateaux des radios locales pour annoncer que les autorités feraient preuve de tolérance jusqu’à ce que les citoyens tunisiens puissent décrocher le Saint Graal.

    Pour remédier à la maladresse des équipes techniques en charge du site Evax, et sauver sa peau par la même occasion, le ministre des Technologies de la communication a, lui, ordonné la mise en place d’un code USSD en guise de preuve d’un schéma vaccinal complet. Fallait bien trouver un moyen d’exécuter les désirs du locataire de Carthage.

    Cette flexibilité dure déjà depuis deux semaines alors que le bilan quotidien des contaminations au Coronavirus ne fait qu’empirer. Et face à cette nonchalance doublée d’une incompréhension du protocole, les espaces publics supposés imposer un contrôle se sont, de toute apparence, rangé du côté des voix discordantes qui clament une décision liberticide, balayant ainsi les rêves des paranos qui prônent une vaccination obligatoire.

    A Menzah 6, à l’entrée d’un espace de grande distribution dont je tairai le nom (pour éviter que le budget pub ne se volatilise et mon salaire avec), le pauvre vigil d’une cinquantaine d’année se contente de poser une question : « avez-vous le code ? » (en référence à l’USSD mis en place pour pallier les défaillances techniques de la plateforme Evax, ndlr). Si la réponse est un oui – qu’on ne prendra pas la peine de vérifier – vous êtes libres de déambuler entre les rayons pour faire vos courses.

    Ma tête étant familière au vigil – en dépit de mon masque chirurgical – je n’ai, personnellement, plus eu besoin de lui montrer mon pass vaccinal présenté déjà à deux ou trois reprises, alors que l’application de cette décision présidentielle était encore fraîche.

    Ceux qui pensaient que cette mesure allaient encourager les gens à se faire vacciner peuvent encore attendre ! Dimanche, j’ai croisé mon voisin antivax avec ses courses achetées chez le même espace. Pour lui, il n’est plus besoin de se faire vacciner. Son quotidien n’a pas du tout été affecté et son niet est à présent catégorique, m’a-t-il confié en arpentant la centaine de marches de l’immeuble.

    Dans les pharmacies du quartier, aucun vigil, ni même le personnel ne vient réclamer de pass vaccinal à l’entrée. Ma déception fut telle que j’ai demandé à deux reprises si on voulait de mon pass vaccinal. Après tout, j’ai passé trois soirées sur Evax à essayer de le télécharger et j’ai même failli le mettre sur Tinder, tellement j’étais contente de l’avoir!

    De même dans la boulangerie-pâtisserie ou encore les prestigieux salons de thé où j’ai eu droit à un « nes b wjouha, madame ! » (votre visage suffit, ndlr). Nous voici ainsi nager en plein délit de faciès ! Les propriétaires ont bien pris le soin de placarder sur les portes de leurs cafés les affiches exigeant un pass vaccinal mais sa vérification ne sera, visiblement, pas pour aujourd’hui, surtout qu’aucun contrôle n’a pointé le nez.   

    En salles de sport et à la piscine, les habitués ont aussi droit à ce traitement de faveur. Leurs tronches matinales sont leur preuve de vaccination complète.

    Les bars-restaurants semblent, eux, prendre les choses un peu plus au sérieux. A l’entrée de l’un des lounges de la zone touristique de Gammart, un vigil m’attendait à l’entrée pour me demander mon pass vaccinal. Mieux encore, il était en plus bien outillé. Il disposait du fameux lecteur de QR Code développé, pour l’occasion, par l’Agence nationale de certification électronique (ANCE/TunTrust). Dommage que cet effort n’a pas été suffisamment mis en valeur par nos autorités ! Hier encore, plusieurs s’interrogeaient sur cet outil et son efficacité.

    Les établissements bancaires ont, quant à eux, laissé tomber la vérification du pass vaccinal. Du moins deux de ceux que j’ai eu l’occasion de visiter depuis le 22 décembre 2021. Leurs clients souvent de passage en coups de vent, les banques ont choisi de leur épargner une épreuve supplémentaire avant de se présenter devant le chargé clientèle pour quémander l’augmentation du plafond du découvert pour ainsi remédier à l’inflation galopante.

    Dans les salons de coiffure la question ne se pose même pas ! Si vous avez une envie de clope dans cet espace fermé alors que vous avez les fesses posées sur un fauteuil pour deux bonnes heures à se faire une manucure ou une pédicure, le personnel accourra avec le cendrier et vous proposera même un petit café. La médecin qui – dès son entrée – a fait un scandale sur le port du masque ? On n’en a que faire ! Après tout, on est vacciné et ce n’est pas Omicron qui viendra nous priver de cette odeur gourmande de shampoing (ou de clope parce qu’à chacun ses priorités !). 

    Chez nous à Business News, les choses n’ont pas vraiment changé. Toute l’équipe dispose à présent de son pass vaccinal mais personne n’est venu le réclamer en attendant que le grand patron Nizar Bahloul (que Dieu nous le préserve !) mette en exécution sa décision de vérifier lui-même nos pass à l’entrée.

    Mais pour ce faire, il faudrait d’abord qu’il débarque bien avant notre assistante de la Rédaction, notre blonde iconique Nadya Daoud, et au risque et péril de tomber sur le rédacteur en chef principal, Marouen Achouri (que Dieu nous le préserve doublement !) alors qu’il n’a pas encore fumé sa troisième clope de la journée, ou encore mon humble personne, Nadya Jennene, celle qui se croit plus intelligente que les autres et râle de beau matin pour un rien du tout. (Raouf Ben Hédi tu m’excuseras pour le plagiat, les grands esprits se rencontrent !)

    En attendant des contrôles sérieux et une application plus rigoureuse, les antivax peuvent profiter de cette large marge entre la théorie et la pratique.

    Nadya Jennene

     

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