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Règne de Kaïs Saïed : de la démocratie à la démocrature ?

 

« Les Arabes ne peuvent pas vivre en démocratie ! », « Les Tunisiens doivent avoir un système simple avec un seul leader afin de pouvoir vivre normalement ! » et bien, on pourrait dire que les vœux de certains viennent d’être exaucés. Le chef de l’Etat, kaïs Saïed, vient de promulguer le décret n°11 relatif à la création du Conseil supérieur provisoire de la magistrature. Un organe sur lequel il aura un pouvoir plus que absolu !

L’officialisation de la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) vient clôturer une semaine mouvementée et bourrée de déclarations et de révélations plus surprenantes les unes que les autres. A première vue, la dissolution du CSM, organe très controversé, et sa substitution par une autre instance provisoire contribuera au déblocage de plusieurs affaires, améliorera le fonctionnement des tribunaux et renforcera l’indépendance de la justice.

Malheureusement, cette instance n’a rien de « supérieur ». Elle doit soit rendre des comptes au président soit se soumettre à sa volonté. Le décret n°11 est une concrétisation de la soumission du pouvoir judiciaire au pouvoir exécutif et politique en place. Le président contrôle tout : nomination, révocation, suspension, promotion, questions d’ordre disciplinaire, et même le droit de faire grève. La combinaison des décrets n°11, 69 et 117 fait de Kaïs Saïed le maître de ce qui reste de la République. Une mauvaise parodie ? Une caricature dépourvue d’humour ? Une démocrature !

Le terme démocrature est une combinaison des mots démocratie et dictature. Il a vu le jour durant le 20ème siècle parallèlement à la montée du courant populiste et le culte de l’Homme fort dans plusieurs pays du tiers-monde. La popularité de cette pensée a permis à plusieurs leaders de s’emparer des pouvoirs et de régner seuls tels que Ben Ali en Tunisie, Abdelaziz Bouteflika en Algérie ou encore Hosni Moubarak en Egypte. Les trois exemples que nous avons cités s’inscrivent dans le cadre d’une démocratie de façade. Des gouvernements qui, vu de l’extérieur, organisent des élections, nomment des instances, promulguent des lois servant l’intérêt public et le bien-être des citoyens.

Néanmoins, l’analyse des faits nous montre que ces régimes ont excellé dans la création du culte de l’Homme fort et du justicier luttant contre l’ennemi qui se cachait dans l’ombre et dans la fragilisation des institutions de l’Etat en les soumettant au contrôle direct du leader et guide suprême du peuple. La démocrature, contrairement à la dictature classique, ne porte pas de discours ciblant directement et ouvertement le modèle démocratique. Elle cherchera à créer cette illusion de concrétisation de ce dernier par une approche plus authentique et plus représentative du peuple et de ses revendications. Il s’agit d’un régime simulant l’exercice démocratique, mais le contrôlant dans le plus petit de ses détails.

Un tel régime n’aura pas de gêne à organiser des élections puisqu’il se contentera de fixer ou de changer les règles du jeu comme bon lui semble et à n’importe quel moment sous prétexte de rendre le pouvoir au peuple et d’exprimer sa volonté, car souvenez-vous, l’ennemi se cache dans l’ombre et attend le bon moment pour attaquer et s’emparer du pays !

Pour ce qui est des institutions de l’Etat de droit, la démocratie ne cherchera pas à les éradiquer, mais à les soumettre. S’appuyant encore une fois sur l’image du justicier luttant contre les ténèbres et les démons qui s’y cachent, le leader n’aura qu’à claquer des doigts pour révoquer, remplacer et remodeler toute institution le gênant dans son élan de concentration des pouvoirs. Toute entité hostile au peuple et à sa volonté cherche à détruire l’Etat ! Toute entité de la sorte doit disparaître pour laisser place aux vrais patriotes dotés de cette haute capacité leur permettant de comprendre le projet politique extraordinaire du guide suprême !

 

Sofiene Ghoubantini

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