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Le droit des femmes se trouve-t-il entre leurs cuisses ?

 

Philosophique ou anecdotique, la question de savoir s’il faut ou non continuer de fêter la femme est semblable à celle qui s’interroge qui de la poule ou l’œuf est venu le premier. Aucune réponse pour l’instant, ou alors pléthore de réponses. Qui des droits ou des femmes sont venus en premier ?

La femme est-elle née avec des droits propres à elle ou doit-elle se battre pour en acquérir un minimum ? Est-elle venue au monde avec un désavantage ou est-ce la société qui le lui inflige chaque jour ?  

 

Autre question de la plus haute importance, jugée totalement futile par certains, est-ce que la femme se porte bien en Tunisie ? A-t-elle encore des droits à réclamer, elle qui est si bien lotie par rapport à ses malheureuses voisines ?

 

Les droits des femmes sont-ils ce luxe inatteignable pour le Tunisien. Une préoccupation de riches – semblable au stress, aux maladies mentales ou à la notion de bien-être – qui n’a pas de place dans le quotidien de celui qui se bat pour son quota de farine, pour l’éducation de ses enfants, pour son salaire, pour son transport et pour un soupçon de dignité.

 

La femme doit-elle se taire à partir du moment où elle n’est plus brûlée sur un bucher, enterrée vivante ou lapidée sur la place publique ? Doit-elle s’estimer chanceuse puisqu’elle a acquis le droit de vote, la liberté de divorcer et le privilège de faire des études et de travailler ?

La fin des inégalités, des violences de toutes sortes exercées sur elle, des discriminations de genre sont-elles réellement des problèmes de riches ? Les inégalités salariales, les préjugés sexistes, les féminicides et les violences en tout genre sont-elles un véritable sujet ? Peut-on en parler ou faudra-t-il attendre d’avoir résolu la crise économique, la débâcle politique, les violences policières, la corruption, la contrebande et la faim dans le monde ?

 

Historiquement, le 8-Mars a pour origine les manifestations ouvrières et les mouvements de colère liés à l’exploitation des femmes dans les usines et c’est ainsi que la journée internationale des femmes est devenue la journée internationale des droits des femmes. Célébrée partout dans le monde, elle n’a pas pour but de fêter les femmes en leur offrant fleurs et flacons de parfum, mais plutôt de rappeler leurs luttes pour leurs droits et leurs revendications quotidiennes.

 

Dans le débat public tunisien, les luttes féministes restent largement mal vues. On les évoque comme celles de ces marginales qui veulent renoncer à leur féminité et devenir des hommes. Les plus élégants diront que pour une femme, vouloir être l’égale de l’homme dénote d’un manque d’ambition. Les plus rustres hurleront que les femmes veulent émasculer les hommes et prendre leur place. Il n’en est rien. Remarquez-bien que ce sont en majorité des hommes qui ne cessent de clamer que la femme n’a rien à demander de plus sous nos cieux et qu’elle a tout ce dont une femme puisse rêver. Ces mêmes hommes qui ont des opinions très tranchées sur la manière qu’une femme doit s’habiller, s’épiler, se maquiller, comment elle doit vivre sa maternité ou son absence de maternité et comment elle doit choisir de vivre dans l’espace collectif.

 

Mais entre les pays qui s’indignent de voir une crème hydratante glissée par le gouvernement dans un pack de naissance et ceux qui se battent encore pour le droit à l’avortement, où nous plaçons-nous ?

En Tunisie, les femmes ont été précurseures dans le droit de vote,  le droit à l’avortement et la liberté de divorcer. Elles sont actives, elles envahissent les bancs des universités et ont leur mot à dire dans les conseils d’administration et les réunions ministérielles. Mais elles restent fragilisées par une société qui ne leur est pas bienveillante.

Elles doivent relever les défis d’une durée honteuse de congé maternité (l’une des pires au monde, d’une parentalité assumée souvent seule, d’une réputation tributaire de ses choix de vie, de ses mœurs, de sa sexualité…

A force de vouloir être sur tous les fronts, elle sera cet édifice fragile de mère, épouse, employée, fille, qu’on pourra faire vaciller au moyen de remarques sexistes, de harcèlement et de violence. Des hommes lui diront ce qu’elle a le droit de dire ou de ne pas dire, de faire ou de ne pas faire, et surtout, ce qu’elle peut être et ce qu’elle n’a pas droit d’être. Ses choix, ses préférences, sa manière de s’habiller, de parler ou de vivre ne lui appartiendront pas, ils seront ceux d’un époux, un frère, un père ou n’importe quel homme dont l’honneur dépendra de ce qu’elle porte entre ses jambes.

Et peu importe si elle deviendra cheffe de gouvernement, cheffe de cabinet présidentiel, femme d’entreprise, rédactrice en chef, ouvrière, femme au foyer ou enseignante, elle dépendra toujours d’un homme qui sera le tuteur de ses enfants, ou la boussole de sa vertu…

 

 

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