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Comment le gouvernement Bouden a provoqué la grève de l’UGTT

 

« Grève générale », l’expression qui a fait trembler les différents gouvernements qui s’étaient succédé durant la dernière décennie. Tous craignaient la chose et s’assuraient de trouver un terrain d’entente avec l’Union générale tunisienne du travail (UGTT). Tous organisaient des réunions de travail et multipliaient les propositions afin d’éviter la catastrophe et de maintenir aux yeux des Tunisiens et des pays amis et voisins se semblant d’unité nationale et d’entente.

 

Néanmoins, le gouvernement de Najla Bouden a choisi de ne pas opter pour la même attitude. « Pas de négociations, pas de besoin de préserver cette unité et pas envie de collaborer », voilà un beau slogan pouvant résumer la position adoptée vis-à-vis de la centrale syndicale. Depuis sa formation, ce gouvernement, dont certains ministres ont déjà largement démontré leur incompétence, n’a fait que multiplier les mauvais choix et pousser l’UGTT vers cette grève. On nous avait affirmé au début qu’il existait un lien de proximité entre l’organisation syndicale et l’un des membres du gouvernement, que la situation s’améliorera, que la nouvelle Tunisie sera synonyme de prospérité, de bien-être et de cohésion.

Mais, comme le dit le dicton : « Le rêve sans action est un absurde, l\’espoir sans engagement est un mirage ». Le gouvernement a rêvé sans réaliser des actions au profit d’une possible collaboration et l’UGTT a espéré, malgré l’absence d’engagement de la part de l’équipe de Bouden. Ces espoirs se sont heurtés à plusieurs faits, démontrant l’opposé de tout cela. Au centre de la discordance, la désormais très célèbre circulaire 20 portant sur les négociations avec les structures syndicales. Celle-ci a vu le jour le 9 décembre 2021, soit deux mois après la formation du gouvernement. La circulaire interdit l’entame de négociations et la conclusion d’accords sans consultation et obtention d’une autorisation de la part de la présidence du gouvernement. L’UGTT a violemment critiqué la promulgation de ce texte et a expliqué que l’ensemble des négociations avaient été paralysées. « Les directeurs, PDG et autres hauts fonctionnaires refusent même de nous parler et d’échanger avec nous en raison de cette circulaire », ont expliqué plusieurs figures de la centrale syndicale.

 

L’UGTT a multiplié les appels au retrait de la circulaire et à l’entame de négociations. Résultat : aucune réaction de la part du gouvernement ! Par la suite, l’UGTT s’est retrouvée encore une fois dos au mur et face à des décisions parachutées et résultant des réunions secrètes et fermées de notre cher gouvernement. Une petite secousse fut ressentie lors de la présentation de la Loi de finances 2022. Celle-ci avait été élaborée par le gouvernement sans consultation de la centrale syndicale. Cette dernière a légèrement critiqué la chose et a considéré que le texte en question n’apportait pas de solutions quant à la dégradation de la situation économique des Tunisiens et de leur pouvoir d’achat. Résultat : aucune réaction de la part du gouvernement ! Puis vint le terrible choc : le programme de réformes que le gouvernement comptait présenter au Fonds monétaire international (FMI). L’UGTT a exprimé son étonnement puisqu’elle a découvert le contenu du projet – comme l’ensemble des citoyens – suite à un fuitage du document. La centrale syndicale a dénoncé plusieurs éléments évoqués par le programme de réformes, mais a principalement insisté sur la rupture sans raison d\’échange de la part du gouvernement et l’élaboration du programme sans l’en informer. Toujours aucune réaction de la part du gouvernement !

Face à l’absence d’initiative, à son exclusion de l’élaboration de réformes, au rejet des appels à collaborer pour le sauvetage de l’économie nationale et du pouvoir d’achat des Tunisiens et au refus de respecter les accords sociaux et sectoriels dont l’application devait avoir lieu en 2020 et 2021, la centrale syndicale n’a pas eu d’autres choix que d\’annoncer une grève générale du secteur public.

 

Bien évidemment, les éléments évoqués précédemment ne représentent qu’une partie du problème. Le gouvernement a continué, même après cette annonce, à développer son programme national de réforme de façon unilatérale. L’UGTT n’avait pas été consultée ou invitée à y participer, avait récemment affirmé le secrétaire général adjoint de l’UGTT, Slaheddine Selmi. Ce dernier a, quelques jours après, qualifié une réunion entre la centrale syndicale et une délégation gouvernementale visant à annuler la grève générale de « mascarade ».

Le gouvernement a, à cette occasion-là, confirmé l’absence de cohésion et de vision. La délégation gouvernementale s’est véritablement « illustrée’ » dans l’art de l’amateurisme politique. Il s’est avéré que les propositions de cette délégation étaient inacceptables au point de ne pas être transcrites dans le P.V de la réunion. L’attitude de la délégation gouvernementale traduisait un manque de sérieux et de cohérence puisque ses membres n’étaient pas d’accord entre eux. S’enfonçant dans le ridicule, la délégation gouvernementale est, au début, parvenue à trouver un accord avec l’UGTT au sujet de l’annulation de la circulaire 20 pour revenir sur sa position et tout simplement changer d’avis !

 

Cette attitude ne peut qu’agacer la centrale syndicale, mais aussi les citoyens tunisiens qui en ont marre ! Marre de l’incertitude et du flou dans lequel s’enfonce le pays ! Marre des décisions parachutées et touchant à leur quotidien et à leur pouvoir d’achat; marre de petites querelles politiques ne servant en aucun cas leurs intérêts ; marre de se retrouver à chaque fois sous l’emprise d’un gouvernement les obligeant à subir les faits et à les accepter contre leur gré. Des citoyens n’attendant qu’une chose : un gouvernement au service de leur bien-être, un épanouissement économique, un semblant de sentiment d’appartenance. Résultat : toujours aucune réaction de la part du gouvernement…

 

Sofiene Ghoubantini

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