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Qui a besoin d’une constitution ?

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    Avons-nous vraiment besoin d’une constitution ? Quand on suit le processus par lequel ce projet de constitution a été pondu et quand on voit la teneur des débats autour de ce texte, la question est légitime. Les uns et les autres se placent en fonction d’une seule ligne de démarcation : Pour ou contre le président de la République, et donc, pour ou contre les islamistes. Il est évident que les choses ne sont pas aussi simples, que ce manichéisme est facile et dénué de sens, que nous ne sommes pas obligés de choisir le mauvais et le pire. Mais au diable tout cela, nous Tunisiens avons besoin que les choses soient simples et avons besoin de voter contre quelqu’un ou quelque chose, jamais pour.

     

    Le président de la République, Kaïs Saïed, a réussi à entretenir et à alimenter cette haine des islamistes tout en faisant croire à ses fans qu’il les combattait. Jusqu’à hier soir, ses inconditionnels s’extasiaient de la décision du juge de geler les comptes des Ghannouchi, père et fils, de Hamadi Jebali et ses enfants et de Rafik Abdessalem. Une décision prise par l’un des représentants de cette corporation tant décriée par le chef de l’Etat, mais les fans de Kaïs Saïed ne sont pas à une contradiction près. Pour eux, Sadok Belaïd et Amine Mahfoudh sont devenus des ennemis maintenant qu’ils se sont prononcés contre le projet de constitution de Kaïs Saïed. Ils nous avaient pourtant été présentés comme les garants de la bonne qualité du texte.

     

    Sur la base de la haine et de la soif de vengeance, le président Kaïs Saïed a réussi à réunir une extraordinaire variété de profils. Il y a des gauchistes notoires qui soutiennent une constitution qui commande à l’Etat « d’œuvrer à assurer les finalités de l’islam en sa conservation de la vie, de l’honneur, des biens, de la religion, de la liberté ». Des pseudo-modernistes défendent mordicus un projet de constitution rétrograde qui ne daigne même pas citer le caractère civil de l’Etat. L’impossibilité de destituer ni même de questionner le président de la République ne dérange pas ceux que l’on comptait pourtant dans les rangs des démocrates.

    En réalité, ils sont pour l’ultra-président, le sauveur qui viendra nous sortir de l’obscurité. Ils sont pour celui qui fera mal aux islamistes, peu importe comment, peu importe contre quoi, car leur haire envers eux les aveugle. En fait, ces gens-là n’ont pas besoin de constitution, ils ont besoin de voir le sang couler. Ils n’hésitent pas à évoquer les martyrs et particulièrement Chokri Belaïd pour justifier cette soif de vengeance. Mais croient-ils vraiment que Chokri Belaïd aurait accepté que son pays soit gouverné par la constitution d’un calife ? Le défenseur acharné des droits de l’Homme qu’était Chokri Belaïd aurait-il accepté que des civils soient condamnés par un tribunal militaire ? Qu’un président accapare tous les pouvoirs en violation totale de la constitution ?

    Dans les rangs des soutiens de Kaïs Saïed, on trouve également des ultra-conservateurs comme le président de Hezb Ettahrir, Ridha Belhaj. Ce dernier salue le travail de sape du président de la République qui s’attaque, selon lui, à l’ordre établi. Il est certain qu’un Ridha Belhaj ne peut qu’apprécier le projet de constitution élaboré dans un coin par Kaïs Saïed. Donner une autorité absolue à une personne, qui se trouve au-dessus des institutions et des lois et qui n’est redevable devant quiconque a de quoi plaire aux ultra-islamistes d’Ettahrir. Il ne manque plus que l’extraction divine du président pour compléter le cahier de charges d’un calife en bonne et due forme.

     

    En fait, les Tunisiens n’ont pas besoin de constitution. Le vrai « débat » est autour d’une seule question : pour ou contre Kaïs Saïed. Ce qui est particulièrement décevant c’est de voir toutes ces personnalités autrefois respectables qui s’alignent aujourd’hui derrière un président qui ne les regarde même pas et qui tentent de justifier l’injustifiable. Il est triste de voir des amis, des membres de la scène politique au sens large du terme, perdre tout esprit critique et se laisser guider uniquement par la haine. Il est pénible de voir qu’ils ne comprennent pas que la machine va les broyer à leur tour, qu’ils sont les prochains sur la liste. Ils sont incapables de voir toute l’ingratitude avec laquelle Kaïs Saïed a traité les personnes qui étaient pourtant dans ses rangs.

    On n’a pas besoin d’une constitution pour détester les islamistes et pour souhaiter les pendre en place publique. On n’a pas besoin d’une constitution pour se tenir aux côtés de Ridha Belhaj et souhaiter la fin de l’islam politique. On n’a pas besoin d’une constitution pour haïr. Tous les professeurs de droit respectables du pays s’accordent pour dire que ce projet de constitution est dangereux, rétrograde et faible. Donc, il ne s’agit pas de constitution mais de personnes. Ceux qui plébiscitent Kaïs Saïed n’en ont cure de la constitution, de ce qu’elle peut contenir et du danger qu’elle représente pour leurs enfants. Ils veulent seulement régler leurs comptes et que surtout personne ne les réveille du rêve selon lequel Kaïs Saïed attaque les islamistes. Comme dit le dicton : il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

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