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Une Isie s’est glissée dans le référendum

 

Ils étaient en tête-à-tête avec le goal, les messieurs de l’Instance supérieure « indépendante » pour les élections. Le but à marquer était vraiment donné. Tout avait été mis en place pour que les choses marchent comme sur des roulettes jusqu’au résultat attendu sans qu’il n’y ait de couac. Le ballon est pourtant passé à côté.

C’est comme un sprinteur qui se retrouvait seul sur les starting-blocks et qui n’arriverait quand même pas à finir correctement sa course. C’est comme un bolide lancé sur une autoroute vide et qui fait une embardée au dernier moment.

L’instance pour les élections s’est tiré une balle dans le pied et celui du référendum initié par le président de la République. Déjà que de légitimes doutes pesaient sur l’indépendance de l’Isie dont les membres ont été nommés par décret présidentiel. Il y a quelques mois, la dissolution de l’ancienne instance et la désignation de la nouvelle, adoubée par un chef de l’Etat et le changement de la loi l’organisant dans la foulée (toujours par le président !), avaient suscité un tollé général.

L’instance pour les élections, attendue au tournant, a réussi à se torpiller confirmant les craintes quant à sa sujétion. Une erreur s’est glissée dans les documents, arguent les messieurs de l’Isie. Ces derniers temps, il faut dire, beauccoup d’erreurs se glissent dans les documents de la plus haute importance. 46 glissades dans la constitution soumise au référendum. Alors si ce n’est que quelques chiffres inexacts, ce n’est pas trop grave. L’argument est une honte, une aberration.

 

Alors oui, les fans inconditionnels du « oui » se sont transformés en as des tableaux Excel pour blanchir le regrettable cafouillage. Ils ont commencé par minimiser le fait que l’Isie retire les PV après les avoir publiés. Ils ont refait les comptes dans le sens inverse. Ils ont relié par des flèches colorées les totaux des votes et les circonscriptions correspondantes. Ils ont assuré que c’est normal que le taux de participation final monte de 27% à 30,5% comme par enchantement. L’opération de blanchiment se poursuit en ce moment avec, en sus, des attaques virulentes contre les « non-croyants » de cette supercherie. Les Autres, les traitres, les vermines, les vendus aux puissances étrangères, les suppôts de la société civile… On crache le champ lexical de la félonie et de la vilenie à la figure de quiconque relèverait les dysfonctionnements. On déroule l’artillerie linguistique de la troisième République facho-populo-conspirationniste.

Ces agissements ne sauvent en rien la crédibilité entachée d’une instance devenue la risée des Tunisiens sur les réseaux sociaux : « Take it Isie », « Isie من الكذب », « Isie وحدو د » sont un échantillon des jeux de mots inventés par les internautes.

 

Plus sérieusement, les défaillances laissent craindre un retour à des pratiques qu’on pensait révolues. Certains, heureusement, n’ont pas oublié comment les scrutins étaient falsifiés sous les régimes autoritaires passés, comment la fraude se faisait au vu et au su de tous. Certains n’ont pas oublié le trucage des résultats, le bourrage des urnes, les taux contrôlés et modifiés ou encore toute la chaîne de gouverneurs, délégués, omdas impliqués dans l’entreprise. Les craintes sont légitimes d’autant que les élections législatives anticipées se tiendront dans quelques mois. Exprimer ces craintes ne fait pas de leur auteur un traître à la nation, n’en déplaise aux béni-oui-oui prêts à tout gober, prêts à sombrer dans un déni hypocrite pour nous draper tous du vert présidentiel.

Le cirque des chiffres du référendum et les données contradictoires fournies par l’Isie, soulèvent non seulement des questions sur l’intégrité de l’instance désignée par le président, mais également sur sa capacité à superviser les scrutins à venir. L’image véhiculée est le moins qu’on puisse dire honteuse. Si l’attestation de fraude n’est pas explicitement établie, l’échec de l’instance à gérer un événement d’une telle ampleur est flagrant.

Alors que concrètement une grande majorité de Tunisiens a boudé ce référendum, le cafouillage de l’Isie donnera aux opposants du projet présidentiel une marge de manœuvre pour remettre en question l’ensemble du processus. La fracture ne fera que s’étendre et l’instabilité que s’accroitre.

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