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Restriction sur l’importation – Bientôt les Tunisiens sans lunettes ?

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Si vous pensez que vous êtes au bout de vos peines, détrompez-vous, vous n’avez encore rien vu ! Si vous pensez que les problèmes quotidiens s’arrêteraient aux pénuries de sucre, de riz, de lait, de tomates ou encore de médicaments, à l’inflation galopante, à l’économie essoufflée et un paysage politique des plus infects, détrompez-vous, vous n’avez encore rien vu ! Bientôt, il se pourrait que les Tunisiens n’aient même pas le droit à une vision claire, dans le sens propre du terme. Les restrictions à l’importation imposées par le ministère du Commerce, à certains secteurs dont les importateurs du domaine de l’optique, en sont la manifestation. 

 

Sur la liste des produits auxquels le département souhaite appliquer ses nouvelles décisions abruptes, figure un dispositif médical vital : les montures des lunettes et les lunettes solaires. Les importateurs de ces équipements doivent, depuis le 17 octobre, présenter un ensemble de documents au ministère du Commerce pour ensuite avoir l’autorisation d’importer ces produits, dont la fameuse obligation d’importation auprès des usines du pays exportateur.  

« De toute apparence, les gens qui ont élaboré ces mesures ont oublié qu’avec la mondialisation la majorité des marques fabriquent, aujourd’hui, leurs produits en dehors du pays d’origine », affirme, Rami Gouiaa, le vice-président du Groupement des distributeurs- importateurs du domaine de l’optique relevant de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect). « 90% des marques européennes ne sont pas fabriquées en Europe. La marchandise est regroupée dans le pays d’origine pour ensuite être distribuée », nous explique-t-il. 

Appliquer ces mesures dans un pays dont 25% de la population sont porteurs de lunettes est une aberration. Pour notre interlocuteur, les 10% de marques auprès desquelles les importateurs tunisiens pourraient s’approvisionner – suivant les nouvelles conditions préalables à l’importation – ne pourraient subvenir aux besoins d’un marché qui en plus dispose d’un seul fabricant local dont la production ne s’élève même pas à 1% des besoins des consommateurs. « Cela ne fera qu’encourager le marché parallèle et la consommation de produits non-conformes aux normes qui, d’ailleurs, engendrent plusieurs pathologies », précise M. Gouiaa.  

 

Les lunettes sont fabriquées à partir de plusieurs matériaux : du métal ou du plastique, généralement. Le risque réside dans celles fabriquées à partir de matériaux de mauvaise qualité ; les contrefaçons qui inondent les étalages anarchiques et sont issues du circuit informel, notamment. Des lunettes solaires contrefaites sont un vrai poison. Leurs verres ne contiennent aucun filtre contre les rayons de soleil nocifs et peuvent même les accentuer causant ainsi de graves lésions oculaires, sans parler du risque de se blesser, les matériaux étant beaucoup moins résistant aux chocs. « Dans un pays largement ensoleillé, les lunettes solaires sont un dispositif médical indispensable », assure notre interlocuteur.  

Outre la violation du droit du Tunisien à la santé et à la consommation de produits de qualité et conformes aux normes, la décision du ministère du Commerce risque de décimer tout un secteur. « Notre secteur est lié à d’autres domaines d’activité : les ophtalmologues, les opticiens dont le nombre s’élève à 2.000 environ sur le territoire tunisien, les sociétés de transport, les transitaires… D’ici un an, nous aurons perdu 50% d’un secteur qui représente cent mille emplois directs et indirects », déplore Rami Gouiaa. 

Pire, avec de telles mesures, l’État se tire une balle dans le pied. Selon notre interlocuteur, la majorité de leurs marchandises importées est, actuellement, soumise à des droits de douane de 43%. Dans l’incapacité de les importer en raison des conditions quasi-impossibles à remplir, l’État verra ses recettes régresser, en plus de ce que l’économie formelle aura perdu au profit de la contrebande. « En octobre 2021, les droits de douane ont été revus à la hausse. La lunette a été épargnée. Puis en janvier 2022, l’État a décidé d’augmenter les droits de douane sur les produits qui ne disposent pas du certificat EUR.1 (certificat d\’origine préférentielle EUR.1, ndlr) de 13% alors que seuls 10% des marques que nous importons sont capables de délivrer ce document », souligne, M. Gouiaa, expliquant que les produits EUR.1 sont exemptés des droits de douane. 

Cette incompétence systémique ne s’arrête pas là. Si vous êtes importateur et que vous arrivez tout de même à répondre aux nouvelles conditions préalables à l’importation, il va falloir des nerfs en fer, car les services du ministère du Commerce n’ont mis en place aucun processus administratif pour traiter les demandes des professionnels pour l’obtention de l’autorisation d’importation suivant les nouvelles mesures. « Certains des acteurs du secteur ont pu avoir les documents exigés, mais une fois au ministère du Commerce, on leur a expliqué qu’aucune démarche n’a été mise en place et que le temps d’attente d’une réponse demeure, pour le moment, indéterminé », signale notre interlocuteur.  

 

Le secteur des importateurs du domaine de l’optique n’est pas le seul à être touché par les nouvelles conditions ingénieusement élaborées par le département de Fadhila Rebhi. Plusieurs autres ont crié au scandale surtout qu’aucune période d’amnistie n’a été mise en place. Les restrictions du ministère du Commerce ont été annoncées le 16 octobre 2022 pour une entrée en vigueur dans la foulée, soit le 17 octobre. 

Le 19 octobre, la Commission européenne a adressé une correspondance à la ministre du Commerce exigeant la suspension de cette décision. Une demande qui est tombée dans l’oreille d’un sourd. La Tunisie est, rappelons-le, signataire d’un Accord d\’association et de libre-échange avec l\’Union européenne. En vertu de cet accord, le pays s’engage, notamment, à faciliter les échanges tant à l’export qu’à l’import. 

 

 

Nadya Jennene 

 

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