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Une démocratie au gré des tirages au sort

 

Pourquoi se casser les nerfs à expliquer les pratiques les plus basiques qui peuvent régir une vie publique/politique saine ? À quoi servirait-il de continuer à se faire des cheveux blancs pour démontrer que l’avenir n’augure rien de bon ? Les gens sont contents. On a réveillé en eux les instincts les plus primaires. Ils ont une soif aveugle de vengeance. On a nourri leur défiance. Ils voient des complots partout. On a alimenté leur haine pour tout ce qui pourrait les tirer vers le haut.

La raison a décampé. Il ne reste qu’une folie furieuse, un état de transe collective, un suivisme agressif. Le sens commun a déserté la scène ouvrant le champ libre à des convulsions cacophoniques qui rejettent toute analyse lucide, toute critique constructive, tout bon sens. Inaudibles sont ceux qui pensent en dehors du troupeau. Conspués sont ceux qui n’adhèrent pas aux circonvolutions des hordes ‘applaudissantes’. Biberonnés, matraqués par la démagogie exercée par le chef du pouvoir, vous les entendrez lui crier sans penser aux conséquences : « coupez les têtes ! épurez ! assainissez ! pas de quartier ! brûlez-les tous jusqu’au dernier ! pas besoin de libertés ! pas besoin de démocratie ! rien à faire de ces histoires ! frappez fort »… .

 

C’est ainsi qu’on a applaudi à s’en briser les articulations, la dissolution des conseils municipaux. Quelle joie de démanteler les instances élues par le peuple et de les mettre sous la coupe de l’exécutif. Les foules sont en adoration devant le terme dissolution sous nos contrées et elle en redemande. Pourquoi ne pas dissoudre l’UGTT ? Les associations ? Le syndicat des journalistes ? Les conseils scientifiques ? Les conseils de rédaction ? Les conseils de classe ? On peut continuer à l’infini, toutes les possibilités se présentent.

On a salué la publication dans le Journal officiel d’une série de décrets présidentiels, notamment l’amendement du code électoral et l’organisation de la deuxième chambre, le fameux Conseil national des régions et des districts. Tout ce beau monde n’a pas été interpellé par le fait que le président, à J-3 de l’installation du nouveau parlement, profite de ces derniers jours pour légiférer par décrets.

Un pied de nez à tous ces nouveaux députés, chantres de la nouvelle République et des nouvelles approches. Il est clair que le président n’en a rien à faire qu’un parlement soit sur le point d’entrer en activité et devait exercer ses prérogatives législatives. Attendre ? Pour quoi faire ? Après tout, c’est lui l’auteur de la démarche, pourquoi respecter les formes ? Après tout aussi, il ne s’agit désormais que de la ‘fonction’ législative. Le président ne va pas s’encombrer à attendre que les heureux élus prennent leur fonction et commencent à proposer des projets, pour par exemple dessiner la loi du système de gouvernance par les bases.

 

Comme on dit dans le dialecte tunisien, il a opéré un raccourci arabe. On n’ira pas jusqu’à dire qu’il considère le parlement, fantoche, loin s’en faut. Mais c’est que son projet de gouvernance par les bases lui tient tellement à cœur, qu’il lui a été difficile de laisser le champ libre à ses députés. Et ce projet est vraiment quelque chose. Je vous invite à lire le décret en question et les pépites qu’il contient dont notamment l’introduction d’une méthode de vote révolutionnaire et inédite : le tirage au sort. Les plus grandes démocraties doivent pâlir d’envi face à notre créativité et notre génie national.

Trêve de mauvaise langue. Les gens sont contents. Laissons-les savourer leur envol vers les sommets stratosphériques de la réjouissance. Que le président continue à légiférer par décret n’est pas si méchant que le disent ceux qui pêchent en eau trouble. Que le président continue son œuvre dissolutive est salutaire, c’est pour le bien du peuple. Et si le peuple, à tout hasard, se retrouvait mécontent du nouveau parlement, le président serait là pour le dissoudre. Pourquoi pas ?

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