Après avoir vécu sous l’ombre des Journées Cinématographique de Carthage (JCC) des années durant, voilà qu’en moins de dix jours que deux salles de cinéma à Tunis ont fermé définitivement leurs portes. La salle d’Amilcar d’El Manar avait fait ses adieux le 5 mars 2023. Quelques jours après Ciné Jamil annonce également son départ.
La disparition de ces deux icônes des salles de cinéma à Tunis a ému toute une génération.
Ce charmant jeune homme qui a volé un petit baiser à sa copine, cette personne sentimentale qui a pleuré toutes les larmes de son corps devant un film romantique, cet enfant émerveillé face à l’écran géant, ce groupe d’ado qui s’est fait du « ciné samedi » un rituel, et même ce pseudo-cinéphile qui nous agace en mangeant ses pop-corn. Tous ce public a vu ses souvenirs se transformer en souvenir.
Comme a dit l’écrivain polonais Stanislaw Jerzy Lec “bien émouvants sont les souvenirs des souvenirs.”
Au cours de l’année, sans public, les salles de cinéma en Tunisie sont plongées dans un coma profond. Seules les JCC arrivent à les réanimer, en leur donnant une bouffée d’oxygène intermittente.
La projection des films se déroule à guichets fermés, de longues files d’attente et ces gens entassés devant l’écran géant, redonnent vie aux salles de cinéma.
Il est indéniable que l’afflux de spectateurs dans les salles s’est décru au fil de l’eau en raison du secteur numérique en constante évolution. Cependant, à l’arrivée de l’empereur de l’industrie cinématographique française, Pathé, à Tunis, une flambée des projections a été observée.
Le cinéma multiplexe Pathé avait débarqué en décembre 2018, pour déclarer machinalement une guerre où un seul sortira vainqueur pour changer le cours de la culture cinéphile en Tunisie. Pour qu’un empire s’élève, un autre doit tomber !
Quand le nouveau conquérant offre de l’exclusivité, plus de dix projections par jour dans huit salles différentes à la pointe de la dernière technologie, le confort des sièges avec le fameux fauteuil double, un espace dédié aux enfants, et même des bonbons gélifiés (mon pêché mignon), les autres salles adoptaient le rôle de la belle au bois dormant.
En trois ans, Pathé a réussi à s’étendre davantage dans le pays. L’inauguration de son deuxième complexe a eu lieu en 2019 tandis qu’un troisième a été mis en place en 2021.
Cet empereur a littéralement accaparé le champ !
Les salles tunisiennes ont essayé de survivre à leur ultime bataille, en vain. Hélas, « Amilcar » et « Ciné Jamil » ont fini par succomber.
Le coup fatal pour ces « petites salles » était la décision de convertir les JCC en un événement biennal. Prise à l’issue de l’édition 2022 et soutenue par un argument qui ne tient pas la route, cette initiative ne peut être que l’œuvre d’une personne rabat-joie, qui nous a souvent donné le tournis.
Hend Abdessamad










