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Tout le monde s’excite parce que tout le monde s’excite

Une télécommande est un dispositif qui permet de piloter à distance un autre dispositif, notamment un téléviseur. Avant, pour ceux qui sont nés bien avant les années 2000, c’était le plus jeune de la famille qui faisait office de télécommande. La technologie a évolué depuis et ça a facilité la vie à plusieurs enfants. Fait intéressant, il y a des boutons sur lesquels on tape pour changer en un clin d’œil de chaîne. Apparemment en Tunisie, certains n’ont pas intégré cette grande révolution. Chaque ramadan, ils restent bloqués sur une émission sans pouvoir zapper et utilisent après leurs smartphones pour répandre leur mécontentement sur les réseaux sociaux.

Les gardiens de la morale et les chantres des bonnes mœurs sont donc de sortie cette année encore. Après un bon repas copieux, qui pèse lourd sur la bourse familiale (l’inflation étant ce qu’elle est), ils viennent déverser leur discours moralisateur et nous disent qu’il faut censurer tel feuilleton parce qu’il représente un péril imminent. C’est la polémique, des campagnes virulentes sont menées et des plaintes sont déposées, tout cela pour une fiction. Et tout ce beau monde se mettra assurément devant son poste le lendemain pour regarder l’épisode suivant pour après sortir crier son indignation. On peut adhérer ou non au message véhiculé par une production artistique, le fait est qu’un simple bouton mettra fin à la chose. Basique.

 

C’est fou ce qu’une cacophonie collective peut faire transparaitre d’une société. Tout le monde s’excite parce que tout le monde s’excite (emprunt à l’artiste Orelsan), que des débats stériles. Des gens nourris aux jugements, déconnectés du monde qui les entoure, qui s’oublient dans des polémiques secondaires. Des gens qui rejettent la responsabilité d’un échec dans l’éducation de leurs gamins sur un feuilleton. Des gamins qui sont, en passant, hyper connectés et qui n’attendent pas qu’une production ramadanesque vienne farfouiller dans leurs cerveaux et les laver.

Ça aurait pu s’arrêter là ou, à la limite, que la Haica joue son rôle de régulateur en imposant un logo signalant un âge minimal pour le visionnage, mais non. Le pouvoir met les pieds dans le plat. Réunion nocturne urgente entre la cheffe du gouvernement et le ministre de l’Education pour discuter des moyens susceptibles d’interdire la diffusion d’un feuilleton sur une chaîne privée ! Le président de la République est aussi impliqué dans l’affaire.

Cela prend des proportions surréalistes : « Chaque mois de ramadan, cette chaîne diffuse des produits en contradiction totale avec les valeurs familiales …», a insisté le ministre Boughdiri, tout en estimant que puisque le peuple a exprimé son désir d’interdire la diffusion, le gouvernement se devait de répondre à ces appels… Le peuple veut et en bon régime populiste qui se respecte, il surfe sur la vague et se pose comme le gardien en chef de la bonne morale. Demain, le peuple ne voudra pas d’une pièce de théâtre, d’un film, d’une danse, d’un roman, d’une statue, d’un poème, d’un article… le pouvoir fera fonctionner allégrement les ciseaux.  

 

Il est malheureux que l’actualité immédiate nous entraine sur ce terrain. Mais c’est dire l’ordre des priorités chez une grande frange de la société et surtout chez nos dirigeants de génie.

Effondrement, est le mot qui a marqué la semaine internationale concernant la Tunisie et qui a fait le tour des médias dans le monde. Mais peu importe que les Européens disent que la situation est très dangereuse en Tunisie, que Giorgia Meloni (avec son comportement rabaissant) fasse la manche pour notre compte afin que la bombe Tunisie n’explose pas, que les Américains affirment que la Tunisie est sur une très mauvaise pente. Peu importe que le trou noir dans le budget de l’Etat se dilate à vue d’œil, qu’on frôle l’insoutenabilité de la dette et l’insolvabilité, que tous les indicateurs soient au rouge vermillon, que les pénuries et les prix continuent de s’envoler, que l’eau manque, que les boulons sautent de partout et que l’effondrement ne relève plus du mythe.

Peu importe, tant que la brika à l’œuf trône tous les jours sur la table ramadanesque (pour le moment), tant qu’on a une Commission de conciliation pénale qui nous ramènera des milliards de milliards et bouchera tous les trous noirs et tant qu’on a des chariket ahliya qui relanceront l’économie nationale. Voyez-vous, nos priorités sont ailleurs. Donc, surtout, cachez ce feuilleton qu’on ne saurait voir !

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