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Les médias doivent se taire

 

« J’appelle les médias à éviter de jeter de l’huile sur le feu » a déclaré le porte-parole du ministère de l’Intérieur aujourd’hui après les heurts violents qui ont opposé forces de l’ordre et supporters du CA hier. Les forces de l’ordre ont agressé des supporters venus assister à un match de basket-ball, après quelques tensions. Au menu : gaz lacrymogène et matraques. Scène ordinaire dans les gradins tunisiens. Pas de chats à fouetter. Il s’agit de normaliser avec une situation de violence qu’on n’a que trop connue. Ne pas envenimer une situation déjà bien tendue. Les médias doivent se taire.

 

Cela fait un moment que le pouvoir fait la guerre aux médias. De manière parfois (peut-être) subtile, à travers des déclarations de ce genre, de manière plus franche en leur interdisant carrément de rapporter l’information parlementaire et de manière plus agressive, en les poursuivant en justice.

Aucun parlement n’avait, par le passé, interdit aux journalistes de couvrir son activité. Ni du temps du dictateur Ben Ali, ni des islamistes. Ceci est une première. Ce parlement, déjà bien controversé, commence mal. Comment les Tunisiens peuvent-ils avoir confiance en leurs élus s’ils n’ont pas une information fiable et plurielle de ce qui se trame sous la coupole du parlement ?

Oui, il ne s’agit évidemment pas du droit des journalistes mais celui des citoyens. Ces premiers ne sont que des messagers chargés de véhiculer une information à un peuple qui en a cruellement besoin. Lorsqu’on interdit à un journaliste d’accéder au parlement, c’est au citoyen qu’on décline l’accès et non à des organes de presse.

 

Mais, les journalistes ne sont pas uniquement visés par cette interdiction de couvrir les travaux du parlement. Rappelons que, rien que cette semaine, le journaliste Khalifa Guesmi comparait devant le tribunal de Kairouan après avoir été condamné à un an de prison alors qu’il faisait son travail. Les journalistes Mohamed Boughalleb et Monia Arfaoui sont accusés d’association de malfaiteurs pour avoir fait leur travail. Ils ne sont pas les seuls. Faut-il rappeler que Noureddine Boutar, directeur de média, croupit en prison, depuis le 13 février ?

Rappelez-vous également le tristement célèbre décret-loi 54 en vertu duquel, Najla Bouden a fait traduire Business News devant la Criminelle, à cause d’un article de presse ? Le même tristement célèbre décret-loi qui a permis de placer un jeune homme en garde à vue à cause d’un simple statut Facebook insignifiant. Les exemples seraient trop longs à détailler.

 

Parler de « politique dirigée contre les médias », tel que qualifiée par le doyen des journalistes, ne serait donc nullement exagéré. Le but étant de pousser chaque journaliste à se poser la question, à chaque ligne, à chaque mot et à chaque déclaration, si faire son travail pourrait le conduire en prison. La réponse à cette question est tellement compliquée que rien que le fait d’y réfléchir, continuellement, vous empêche de faire votre travail comme il se doit. Si vous faites le travail que vous avez toujours fait, la peur au ventre, en vous demandant si un article vaut vraiment le coup que vous abandonniez vos proches et votre famille, ne serait-ce que pour quelques heures, jours ou mois, il est impossible pour vous de continuer à le faire. Impossible de continuer à servir aux citoyens l’information qu’ils demandent, l’information qui est leur droit absolu.

Pendant ce temps-là, le chef de l’État continue à clamer, à cor et à cri, qu’aucune personne n’a été poursuivie en Tunisie à cause de ses idées. Que doit-on penser de tout cela ?

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