On a souvent tendance à dépeindre avec gravité et sérieux la situation dans laquelle se débat le pays. C’est que les événements, non moins graves, nous contraignent inconsciemment à évincer toute propension à la légèreté. A cause de la pesanteur du climat actuel, beaucoup de personnes ont décidé de se déconnecter de la chose publique afin de préserver leur santé mentale. Les informations et les analyses, forcément anxiogènes, font fuir ceux qui ont choisi de déserter la scène et de vivre dans un cocon de protection. Il s’agit d’un réflexe de préservation compréhensible, mais le déni n’a jamais été la solution et la réalité aura vite fait de rattraper tout ce beau monde.
On omet toutefois tous les aspects comiques de cette période bénie. Le miracle du 25-Juillet, nous disait le président de la République, tout juste avant sa petite escapade de treize jours, toujours inexpliquée. Mais arrêtons de ressasser et de s’exposer à des plaintes inutiles. La vérité est une notion dépassée durant l’ère miraculeuse. Et puisque nous sommes appelés à adopter de nouvelles approches, il faudra plutôt se rabattre sur la véritude portée par une armée de fans en pamoison devant la personne présidentielle. Du comique, il y en a et à la pelle. Vous pouvez donc suivre l’actualité tunisienne tout en vous amusant.
Apparemment, le Fonds monétaire international a pris peur cette semaine et a enclenché un repli stratégique en ce qui concerne le dossier Tunisie. Comment ? Pourquoi ? Le porte-parole du mouvement du 25-Juillet, qui se dit dans le secret des dieux, a lâché une bombe… Mahmoud Benmabrouk, qui commentait les déclarations du président sur le FMI, a assuré avec tout le sérieux du monde que la Tunisie se tournera vers le « Brincs » (comprenez le Brics, on ne fait ici que reprendre la prononciation du monsieur). Et donc, oui le Brics va nous ouvrir les bras pour nous accueillir dans son giron et cela est basé sur des données réelles à propos de négociations et de contacts, d’après Mahmoud Benmabrouk.
Vivats et applaudissements du fan club survolté. « Dans ton œil FMI ! Garde ton pognon ! A nous le Brics ! On a donné des opportunités à l’Occident de nous soutenir, mais il n’a pas saisi sa chance ! Qu’ils ne viennent pas pleurnicher après ! ». De pareilles drôleries, on en a vu circuler par centaines sur les réseaux sociaux cette semaine. Et puis, il y a eu la participation du gouverneur de la Banque centrale et du ministre de l’Économie aux réunions de printemps à Washington. Les gens étaient déboussolés, mais M. Benmabrouk est venu encore une fois dissiper la confusion. Il s’avère que FMI, Banque mondiale, etc., ont changé de position suite à ses déclarations sur une Tunisie qui s’oriente vers le Brics. Pourquoi ? Comment ? Parce qu’ils ont eu peur de la Chine et du Brics. Forcément, ils vont maintenant accepter les conditions de la Tunisie…
Dites que l’actualité tunisienne n’est pas sympa ! Dans l’ordre du sympa, on a eu cette semaine deux journalistes, Monia Arfaoui et Mohamed Boughalleb, convoqués par la police pour une confrontation. Ils sont accusés d’association de malfaiteurs sur la base d’échanges de blagues, en commentaires Facebook, visant le ministre de la Religion. Nos institutions peuvent faire montre de beaucoup d’humour contrairement à ce qu’on aurait pensé.
Sympathique aussi l’analyse illuminée de l’ancien gouverneur de Sfax. Celui qui avait été limogé par le président via deux lignes sur la page Facebook de la présidence, celui qui n’avait pas été mis au courant et l’avait appris d’une journaliste qui l’appelait pour connaître les raisons du limogeage. Bref. Ce même ancien gouverneur est demeuré, quand même, dans le camp des fidèles et il avait des révélations à faire concernant la récente déclaration du Pape François sur la Tunisie. Il s’avère donc que le souverain pontife a été manipulé par un lobby tunisien de l’opposition qui œuvre contre le pays, qu’on lui a glissé un papier, qu’on lui a dicté de le lire et que ceux qui tirent les ficelles sont parmi nous.
Rire est bon pour la santé, ça libère des endorphines, ça évacue le stress et ça oxygène le cerveau. Allez-y sans modération aucune. On peut continuer à égrener les facéties de la semaine et en rigoler, même si le cœur n’y est pas vraiment, parce qu’il faut l’avouer c’est surtout tragicomique. Le comique, lié au tragique, l’allège et nous évite ainsi de tomber dans l’aliénation.










