Les beaux jours arrivent. Aïd mabrouk à vous tous.
Si pour vous, ce beau temps rime avec bières fraiches sirotées sur votre balcon/terrasse/jardin, pour beaucoup d’autres, le soleil est annonciateur de tout autre chose.
Hier, une trentaine de corps ont échoué sur les côtés du gouvernorat de Sfax, nouvelle plaque tournante des départs vers l’Europe pour les Tunisiens, mais aussi pour les voisins subsahariens.
Une trentaine de corps décomposés retrouvés sur les plages. Une quarantaine d’opérations de migration clandestine ont été avortées et plus de 700 personnes empêchées de prendre le large. Le tout en seulement 24 h. Vous imaginiez sans doute autrement le retour du beau temps.
Beau temps oui mais sombre tableau. Le beau temps est malheureusement annonciateur dans nos contrées d’une mer clame, d’une vision plus claire et de conditions météorologiques propices. A l’approche de l’été, nombreux sont ceux qui se préparent pour leur grande traversée.
Si en 2011, ceux qui ambitionnaient de quitter le pays avaient profité du vide sécuritaire postrévolutionnaire, aujourd’hui, les conditions socio-économiques et l’instabilité politiques leur facilitent la voie. Cette année, les départs en mer ont augmenté de 226% (chiffres du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés).
La migration n’est certes pas un phénomène nouveau en Tunisie. Des années de marginalisation des régions et des populations les plus défavorisées ont nourri ce fléau, le transformant en un mal qui ronge toutes les classes de la société. On ne parle plus de la « harka » de chômeurs, fauchés et désespérés, mais aussi celles d’étudiants, de fonctionnaires, de familles entières et d’enfants. L’absence d’espoir et le manque de visibilité sur l’avenir font que plusieurs personnes préfèrent tenter la mort plutôt qu’attendre. Et attendre, il le faudra pour tous ceux qui restent. Car pour améliorer les conditions de vie de tous ces Tunisiens tentés d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs, des réformes de fond s’imposent. L’éducation, le transport, l’infrastructure, la santé… pour ne citer que ceux-là, devront être reconstruits et améliorés afin que la vie devienne moins amère. Ceci prend du temps. Les futures générations auront peut-être plus de chance. Nos enfants ou petits-enfants peut-être dans les schémas les plus optimistes.
En attendant, cette restructuration qui tarde, les esprits sont ailleurs et les priorités encore plus loin. Si le fléau de la migration est traité de la même manière que les autres dossiers urgents, aucune réforme sérieuse n’est prête à voir le jour. Alors que les plages accueillent des corps décomposés et inidentifiables, le pouvoir pense résoudre les problèmes sérieux à coup de slogans populistes et de dénonciations de complots. Sur nos terres, la migration ne touche pas que les Tunisiens en mal d’espoir, elle attire aussi les voisins qui nous utilisent pour passer les frontières. Le problème est donc double et il ne s’agit nullement d’un plan criminel visant à « changer la composition démographique du pays ».
En attendant ces réformes lourdes et lentes à mettre en place, nos voisins européens attendent de nous des solutions concrètes et urgentes. Ils ne sont sans doute pas prêts à attendre que le pays mette enfin en place les changements majeurs qui auraient dû être entrepris depuis longtemps. Pour eux, la solution doit être immédiate et, donc, sécuritaire. La Tunisie acceptera-t-elle les solutions de dernier recours qui seront posées sur la table ? Pourra-t-elle encore continuer de balayer la possibilité d’abriter les centres d’accueil des migrants au lieu de les voir s’entasser sur des terres proches – l’île de Lampedusa plus particulièrement ?
Est-ce que l’accord avec le FMI sera le sésame qui débloquera les réformes d’un coup de baguette magique ? Evidemment que non. Au stade où on en est, il en faudra beaucoup plus. Les réformes entreprises doivent être ressenties et vécues au quotidien pour ôter aux aspirants-migrants toute envie de risquer la traversée de la mort et de les convaincre que leur pays peut leur offrir la dignité, la sécurité et la stabilité auxquelles ils aspirent.
N’est-ce pas là les dossiers urgents dont on devrait être en train de discuter et de trouver des solutions sur le long terme ?
A l’heure de l’écriture de ces lignes et pendant que vous chers lecteurs les avez lues, de très nombreux concitoyens ont tenté – ou envisagé – de prendre le large. Le chef de l’Etat n’a-t-il pourtant pas dit que « notre pays veille à protéger ses citoyens partout dans le monde et ne ménage aucun effort pour les accompagner et les protéger où qu\’ils se trouvent » ? Il semble avoir oublié ces Tunisiens-là…










